‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 77 sur 161 · Qu'est-ce que ce Saint Malme ? Le ms. 24403 de la BibL · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que ce Saint Malme ? Le ms. 24403 de la BibL

LUGQUES 211

Le Veu de Luques i esloit a cel tans ; Encor i est, ce client li auquant:

Nicodemus le fist en Jersalem.

Kalles i offre un paile a or luisant Et trente mars entre or fin et argent, Que au Danois envoist Dex honte grant.

Du mostier ist et ses barnages granz.

La légende de saint Vou n'est pas une légende épique ; pourtant, me fondant sur une monographie récente de M. W. Fôrster, qui est un modèle d'information et de critique ! , j'en dirai quelque chose, et ce ne sera pas une digression.

Le saint Vou est un crucifix de bois, de proportions plus qu'humaines 2 . Le travail en est byzantin. Les yeux du Christ, faits de cristal et largement ouverts, donnent à sa face un aspect terrible : c'est le rex tremendae maj estât is 3 . On l'habille et on le déshabille à volonté :

nationale, f° 249 v°, porte Et s'oï messe desus maine le grant, ce qui ne m'est pas plus clair. Le saint Vou était, alors comme aujourd'hui, de notoriété publique, dans l'église Saint-Martin, à Lucques. C'est à Lucques aussi que le place le poète : le sens général de ces vers est qu'il y était déjà à l'époque de Charlemagne.

1. Le saint Vou de Lucques, au t. XXIU des Romanische Forschungen (Mélanges Chabaneau), 1906.

2. La croix a 4» 34 de haut, 2 m 65 de large ; le corps a 2 m 50 de la tête aux pieds (Fôrster, p. 29, n. 4).

3. Le rhéteur Buoncompagno en donne (au commencement dit xiii* siècle) cette description : « Imaginem crucifixi. . . asseris de ligno retorto fuisse quod faber lignarius arte sua polluit, rescindons prius ab eo ligna cum ascia et securi, que igni paruerunt et in favillam et cinerem sunt conversa, residua vero pars Hgni fuit ingenioso sculptori commissa, qui subtili dolatura et artificio membra in ipsa distinxit, infigens ei oculos in capite cristallinos

on le couvre de riches étoffes et de pierres précieuses, on charge sa tête d'une couronne ; on le chausse de souliers d'argent ou de pantoufles de velours cramoisi 1 .

Depuis quelle époque est-il à Lucques ? On ne sait : les témoignages ne remontent guère au delà du xn e siècle. Déjà Guillaume le Roux, duc de Normandie et roi d'Angleterre, jurait volontiers, nous dit-on, par le volt de Luche 2 .

C'est une relique insigne, puisque l'artisan qui l'a sculpté a reçu une aide surnaturelle : sanclum vullum non sua, sed arte divina disculpait 3 . Des récits qui rapportent ce miracle, qu'il nous suffise de rappeler sinon le plus ancien, du moins le plus beau. Après l'ascension du Christ, Nicodème voulut sculpter de mémoire l'image de son maître, tel qu'il l'avait vu sur la croix. Déjà il avait taillé dans le bois la croix et le buste et il s'efforçait de se rappeler les traits du Sauveur, quand il s'endormit : à son réveil, la sainte tête était sculptée. Sur un ordre céleste, il jeta le crucifix à la mer et les flots le déposèrent au port de Luni ; il fut transféré de là à Lucques, toute voisine.

Sur cette légende, une autre s'était greffée. Un jour, un jongleur i.vait chanté à Lucques, sur les places, tout le long de la journée, sans recueillir un denier. Las,

et in pedibus argenteos subtellares. Postmodum vero varietate colorum totam substantiam deauravit, superimponens capiti ejus coronam de lapidibus pretiosis insertam et lumbos exquisita zona precinxit (Fors ter, p. 43).

1. D'après Lalande, en son Voyage en Italie (1786), cité par G uessard, Aliscans, p. 301.

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