‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 78 sur 161 · Fôrster, p. 10, n · texte numérisé non relu

Fôrster, p. 10, n

ayant faim, il entre dans l'église, s'agenouille devant le saint Vou et joue de la vielle. Le crucifié lui jette l'un de ses souliers. L'évêque de Lucques reprend le soulier et le remet au pied du Christ ; mais la merveille se renouvelle et l'église est obligée de racheter à grand prix au ménestrel la relique précieuse.

Les jongleurs de France tiraient gloire de ce miracle, et volontiers ils le rappelaient à leurs auditeurs pour forcer leur générosité. Ainsi, dans Aliscans, le jongleur, quêtant auprès de son public forain, lui adresse ce boniment fier :

Bien vos puis dire et por voir afermer Prodom ne doit jougleor escouter S'il ne li veut por Dieu del sien douner, Car il ne sait autrement laborer.

De son service ne se peut il clamer; S'on ne li done, a ta ni le laisse ester.

Au Vout de Luques le poés esprover, Ki li jeta el mostier son soler ; Puis le covint cierement racater Que il pesoit.II. c. mars d'argent cler.

Les jougleors devroit on molt amer : Joie désirent el aiment le chanter * .

C'est là, avec le Tombeor Nostre Dame ou l'histoire de la sainte Chandelle d'Arras, un des joyaux de ce petit cycle de légendes que les jongleurs aimaient à raconter pour relever leur métier du décri ; de même, disaient-ils, un jour que Pierre de Siglar, agenouillé devant Notre-Dame de Rocamadour, lui offrait une de ses plus belles mélodies, la Vierge avait voulu qu'un cierge de

Page 1