‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 87 sur 161 · Voy. P. Rajna, dans la /îomania, t. XXVI (1897), p · texte numérisé non relu

Voy. P. Rajna, dans la /îomania, t. XXVI (1897), p

4. Voyez notamment Gaspary, Geschichte der italienischen Lileratur, t. 1 (1885), chapitre v, p. 122.

5. Ce qui n'empêche pas que les grands seigneurs pour qui Nicolas de Vérone composa sa Phar$2le et sa Prise de Pampelune aient pu s'y plaire.

224 LES CHANSONS DR GESTE ET LES ROUTES D'iTALIE

oieux de la fin du xni e siècle nous peint au vif l'un de ces chanteurs de geste d'Italie : juché sur une haute estrade, il lance à toute voix des tirades qui célèbrent Charlemagne. Ce sont des vers français, qu'il émaille de barbarismes : autour de lui, la plèbe charmée (plebecula, popellus) écoute son Orphée *:

Fontibus irrigua m spatiabar forte per urbem Que Tribus a vicis nomen tenet, ocia passu Castigans modico, cum celsa in sede theatri Karoleas acies et gnllica gesta boa n te m Cantorem aspicio: pendet plebecula circum, Auribus arrectis ; illam suus allicit Orpheus. Ausculto tacitus : Francorum dedila linguae Carmina barbarico passim déformât hiatu, Tramite nulla suo, nulli innitentia penso Ad libitum volvens. Vulgo tamen illa placebant; Non Linus hic illum, non hic equaret Apollo...

Ce pauvre hère faisait de son mieux : s'il avait su manier le bel françois de Chrétien de Troyes et de Raoul de Houdenc, il aurait sans doute préféré ce langage ; mais les petites gens qui l' écoutaient ne l'eussent compris ni plus ni moins. Ses auditeurs n'avaient besoin, pour se plaire à ses chants, que de regarder sa mimique, de comprendre en gros la teneur générale du récit, et de savoir que la geste de Charlemagne devait nécessairement être chantée en cette langue mystérieuse, presque hiératique, consacrée par la tradition. Cette tradition, d'où pouvait-elle provenir, sinon de plus anciens jongleurs,

1. Epistole inédite di Lovato de Lovali, p. p. C. Foligno dans les Sludî medievuli, diretti da F. Novati e /*. Renier, t. II (1906), p. 49.

Français ceux-là et s'a dressant à un auditoire composé surtout de Français ? Ces jongleurs et ces auditeurs français, où les gens d'Italie ont-ils pu les voir, sinon sur la via francigena peregrinorum ?

Dans la première branche de la Chevalerie Ogier, on raconte comment Ogier a refoulé les Sarrasins vers Rome et les a poursuivis jusqu'à Monjoie :

Dusqu'a Monjoie si ferrant les mena Vi ot païen qui aine i demorast '.

Dans Ami et Amile 2 , le comte Ami, devenu lépreux, s'achemine vers Rome, accompagné de deux serfs fidèles, pour y demander asile au pape, son parrain. Ils suivent cette route du Monte Bardone que nous venons de parcourir :

Par Monbardon s'en sont outre passé ; Ne me chaut mais des jornees conter.

Tant ont tuit troi esploitié et erré De Rome virent les murs et les pilers.

Droit a Monjoie descent Amis li ber.

Comme on doit l'attendre de poètes qui connaissent si bien la via peregrinorum, leur Monjoie n'est pas un

\. La, Chevalerie Ogier, éd. Barrois, v.947. Voyez, sur Monjoie, P. Rajna dans YArchivio storico délia letteratura italiana, art. cité (4887), p. 48-9.

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