Ibid.,p
3. Éd. Kurze, ad ann. 796. Les autres chroniqueurs qui rapportent le fait (voy. Gregorovius, t. I, p. 663 et 688) ne font que copier les Annales royales.
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(os cum muneribus ad regem; claves etiam confessionis s. Pétri et vexillum Romanae urbis direxit. »
Charlemagne a donc reçu de Rome la bannière ; il n'est pas venu la recevoir à Rome. En avait-il reçu une autre auparavant, lors d'un séjour à Rome, des mains du pape Hadrien ? Ce n'est pas imposssible * : ce qui est sûr, c'est que pas un chroniqueur ne parle du don d'une autre bannière, ni à propos de Charlemagne, ni à propos d'un autre patrice de Rome quelconque.
Supposé pourtant que Charlemagne ait reçu une bannière à Rome même, des mains du pape Hadrien, y at-il quelque apparence que la cérémonie ait eu lieu sur la colline de Montjoie ? Tout ce qu'on peut constater,
1. De Rossi (Inscriptiones christianae, t. II, p. 146) et Gregorovius (t. I, p. 628 et p. 666) l'admettent pourtant, à titre d'hypothèse plus ou moins probable (Paene certum videtur, dit de Rossi). Ils se fondent uniquement sur cette inscription (dont l'original est perdu), que le pape Hadrien avait fait placer sur l'autel dressé au-dessus du tombeau de saint Pierre :
Caelorum dominus qui cum patri condidit orbem
Disponit terras Virgine natus homo Ut quac sacerdotum regumque est stîrpe creatus,
Providus huic mundo curât utrumque geri.
Tradit oves fidei Petro pastore regendas
Quas vice Hadrianus crederet ille sua :
Quin et Romanum largitur in urbe fideli
Vexillum famulis qui placuere sibi.
Quod Carolus [merito] peaecellentissimus [et] rex
[Suscepit] dextra glorificante Pétri.
Si cette inscription avait porté Vexillum suscepit, la question serait tranchée. Par malheur, la seule copie faite sur l'original que nous en ayons porte Pontificatum famulis etsuscipiet. Pour écarter Pontificatum, les commentateurs ont proposé tour à tour Vexillum, Imperium, Patriciatum. Vexillum est, comme on voit, une simple conjecture, et peu vraisemblable.
234 LES CHANSONS DE GESTE ET LES BOITES D'iTALlE
c'est que cette colline ne s'appelait pas ainsi au temps de Charlemagne. Tous les textes connus de Du Cange et qui parlent du Morts Gaudii sont du xn e siècle 1 . Le dépouillement des Tables des Monumenta Germaniae historié* ne m'a fourni de ce nom qu'une mention plus ancienne r dans un texte des premières années du XI e siècle 2 . Jusque-là la colline est toujours appelée, chez Benoit du Mont-Soracte par exemple, Mons Malus, ou Morts Marius 3 , et ce nom subsiste d'ailleurs aux époques plus récentes auprès de Mons Gaudii. On voit la conséquence : ce fait que la remise de la bannière aurait eu lieu sur la colline de Montjoie, s'il est historique, de quelle source le poète du Roland peut-il l'avoir appris? Nécessairement d'une tradition (récit oral ou « cantilène ») qui remontait au lendemain même de l'événement : mais alors c'est le nom de Morts Malus que connaîtrait l'auteur de la Chanson de Roland et non le nom de Montjoie', pour expliquer le Monjoie du Roland, il faudrait supposer qu'une tradition, implantée en France depuis le vm e siècle et relative au Morts Malus se serait transformée en France en une tradition relative au Morts Gaudii, dans le même temps que là-bas, à Rome, la colline prenait ce nom nouveau, et ce serait la plus romanesque des suppositions. En outre, si la colline ne s'appelait pas Montjoie au temps de Charlemagne, comment Charlemagne, voulant prendre pour son cri
1. Textes d'Otto de Freisingen (f 1158), de Gunther (vers 1186-7), d'Acerbus Morena (f 1167), dç la Chronique du Mont- Cassin (rapportant un événement de Tan 1111), etc.
2. Le Chronicon Venetum (991-1008), dans PerU, SS., t. VII, p. 31.