Éd. Tarbé, p
LA VIA TOLOSANA
« Troi principal sièges», dit la Chronique de Turpin 1 , .« sont devant tous les autres sièges ou monde : Roume, Gompostelle et Ephese, si comme Nostre Sire establi devant tous les apostles saint Pierre, saint Jacques et saint Jehan, a qui il révéla ses secrès, si com les ewangiles monstrent. Aussi sont ces trois sièges par ces trois devant les autres sièges en révérence : Roume, pour ce que monsigneur saint Pierre, prinches des apostles, i preschâ et arousa de son saint sanc la terre de Roume ; Gompostelle, pour ce qua saint Jacque, qui fu entre les autres apostles de grignour dignité, la saintefïa de sa sainte sépulture ; encore i fait Dieux aperz miracles pour lui ; Ephese, pour ce que monsigneur saint Jehan l'esclaira premier et prescha son évangile In principio erat Verbum, et fu illuec sa sépulture. »
Il est faux, comme chacun sait, que saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, frère de saint Jean l'Evangéliste, soit jamais venu en Espagne, de son vivant,, pour Tévangéliser, ou, après sa mort, pour la sanctifier ; mais, vers l'an 830, des gens d'Amaea, au diocèse dlria Flavia, en Galice, découvrirent sous des broussailles, dans un bois, un tombeau de marbre
i. Éd. Castets (1880), p. 37. Je cite ici d'après la vieille traduction publiée par Theodor Auracher, Der Pseudo-Turpin in altfranzôsischer Uebersetzung (Programm des k. Maximilians- Gymnasiums), Munich, 1876, p. 49.
blanc, qui était celui d'un riche Romain. Ils dirent, on ne sait pourquoi, que c'était la tombe de saint Jacques, et, par la suite, des pèlerins sans nombre s'acheminèrent de toutes parts vers le sépulcre de ce Romain inconnu1. La vogue de ce pèlerinagé, déjà prospère au xe siècle, s'accrut brusquement et singulièrement dans le premier tiers du xne siècle, par l'action d'un homme énergique et ambitieux, Diego Gelmirez, évêque, puis archevêque de Compostelle 2. Ce n'est pas le lieu de décrire ses efforts et ceux de ses successeurs, ni d'expliquer quelles habiles opérations de propagande et d'organisation représentent le Guide des pèlerins, la Chronique du faux Turpin et toutes les pièces, en général d'origine française, qui furent rassemblées, vers 1150, dans le Codex Calixtinus3. Qu'il suffise de rappeler quelques indices de leur succès 1 : le fait que la vieille route romaine de Pampelune à Compostelle garde encore par endroits
1. Sur la légende de Saint Jacques en Galice, voyez la belle étude de Mgr Duchesne, Annales du Midi, 1900, p. 145,
2. Voyez YHistoria Compostellana (qui va jusqu'en 1 139), au t. XX de 1' Espafia sagrada de Florès. Cf. V. Friedel, Études Compostellanes, dans les Otia Merseiana, vol. I (Liverpool, 1900).