‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 111 sur 152 · Nîmes · texte numérisé non relu

Nîmes

J. Bédier. — Les légendes épiques. 25

Jou lais pour Deu mes castiaus et mes marches Et mes chités et tout mon iritaige.

Saint Julienz, jo vos commant ma targe : Par tel convent le met en vostre garde, S'en a mestier Loeys, li filz Charle, Et mes filleus, qui tient mon iritage Contre paiens, la pute gent salvage, Reprendrai le, si vos rendrai trouage, Trois besans d'or; au Noël et a Paske Les vos rendrai a trestout mon eage. » Li quens Ta prise par la guige de paile, Portée Ta desour l'autel de marbre.

Le poète ajoute :

Encor le voient et li fol et li sage. Tôt chil qui vont a Saint Gille en voiage, Et le tinel dant Rainoart l'aufage, Dont il ocist maint Sarrazin salvage.

Donc, s'il faut en croire ce texte, on voyait à Brioude, auprès de l'écu de Guillaume, la massue monstrueuse de Rainoart, ou plutôt la moitié du tinel, car Rainoart Pavait rompu à force de frapper sur les païens :

La (à Bride) lessa il la moitié du tinel : Li pèlerin qui parla ont passé Encore le voient par clejoste l'autel.

L'un des manuscrits à'Aliscans (celui de l'Arsenal) parle de la même relique :

7822 Assés l'orrés cha avant au chanter Gom Rainoarz se fist puis corouner

LA VIA TOLOSANA

Au mouniage ou il vaut converser ; Ghe fu a Bride ou son fust fîst porter. Qui la iroit bien le porroit trover.

Encore i vont li pèlerin garder Qui en Galiscevont l'apostle aourer.

C'est à Brioude, en effet, que, selon le Moniage Rainoart, le bon géant se fait moine. Un jour, au cours de ses multiples aventures, il est emporté vers la haute mer sur une barque qu'il ne sait pas gouverner ; il invoque en son péril saint Julien, qui vient à son secours ; une autre fois encore, saint Julien, assisté ici de trois autres saints, vient le réconforter sur la mer pendant une tempête et conduit sa nef au port {.

En outre, au témoignage du poète de la Prise d'Orange, les pèlerins de Saint-Gilles voyaient aussi à Brioude l'ëcu de Bertran le palazin :

Icil le seventqui en vont a Saint-Gille, Qui les enseignes on ont veù a Bride, L'escu Guillelme et la targe florie Et la Bertran son nevou, le nobile 2 .

Si Ton montrait, en effet, à Brioude tous ces trophées, ces deuxécusetle tinel de Rainoart, c'est donc que les chanoines de Saint-Julien avaient encombré leur sanctuaire d'un bric-à-brac d'ex-voto épiques.

1. Lipke, Ueber das « Moniage Rainoart », p. 72 ; cf. J. Runeberg, Études sur la geste Rainoart, p. 50 et p. 55.

Page 1