LA VIA TO LOS AN A
dons « quelques petites pièces en vers latins du ixe et du xc siècle en l'honneur des différentes fêtes de Tannée, qui toutes se terminent par une invitation à boire », telle que celle-ci : Sumite nunc leti presentis pocula musli. M. A. Thomas a montré qu'elles ont été composées par des chanoines de Brioude et que le comteabbé Guillaume Ier est nommé dans l'une d'elles. « Ces vers, écrit-il, nous révèlent de la façon la plus authentique que la vie qu'on menait à Brioude sous l'administration du comte Guillaume le Pieux n'avait rien d'ascétique, et c'est peut-être de là, et non pas de Gellone, que viennent les récits du Moniage Guillaume. Il ne sera donc plus aussi facile que le croit encore M. Léon Gautier de débouter Guillaume le Pieux de la part légitime qui lui revient dans la formation de la légende de Guillaume d'Orange. »
L'analogie est pourtant vague et fugitive. Ces poésies des chanoines de Brioude nous révèlent que leur vie n'avait rien d'ascétique, d'accord ; mais le Moniage Guillaume ne parle ni en bien ni en mal des chanoines de Brioude; il ne connaît que les moines d'Aniane, auxquels il fait mener une vie fort régulière. Ces poésies nous révèlent, en outre, que Guillaume le Pieux aimait les vers latins et peut-être le bon vin, et qu'il tolérait qu'on le nommât dans une innocente chanson à boire ; mais le Moniage Guillaume ne rapporte rien de tel de Guillaume Fièrebrace : il dit seulement que son appétit formidable épouvantait les moines d'Aniane ; les vers composés à Brioude n'indiquent pas que Guillaume le Pieux ait été gros mangeur.
Ils n'indiquent pas davantage qu'il ait été un géant.
Or, la Vit a. témoigne que l'écu conservé dans l'église de Brioude était d'une grandeur surprenante l. Il y a donc indication ( les géants étant rares par définition) que cet écu avait été choisi exprès ou fabriqué exprès pour être montré aux pèlerins comme étant le bouclier du héros gigantesque des chansons de geste.
Il reste donc simplement que, dans la liste des abbés de Saint-Julien de Brioude, on trouve un comte-abbé nommé Guillaume. Le fait n'a rien de surprenant, vula fréquence du nom de Guillaume. Que ce personnage ait pu donner son bouclier à l'église et qu'il ait pu être un géant, je le veux bien, n'ayant cure de le « débouter » de sa prétention, s'il tient à revendiquer quelque part dans « la formation de la légende de Guillaume d'Orange. » En quoi, en effet, aurait consisté cette participation, selon les auteurs mêmes de ce rapprochement? Ils ne vont pas jusqu'à supposer que ce Guillaume le Pieux ait été le héros de « chants lyricoépiques » qui se seraient par la suite « amalgamés » avec ceux qui célébraient d'autres Guillaumes. Il ne s'agit pas ici de la confusion de deux héros, mais de la confusion, faite par quelque sacristain, du donateur d'un certain bouclier avec saint Guillaume deGellone. Réduite à ces termes, il ne coûte rien d'accepter cette identification, invraisemblable, mais sans intérêt. Que le bouclier de Brioude ait appartenu à Guillaume le Pieux ou à tout autre personnage, ou qu'il ait été commandé par nos chanoines à un fabricant du voisinage,
1. Ex quibus clypeus in templo hodieque conservatur, qui et. ipse de Wilhelmo quis et cujus modi fuerit satis testificatur.