Sa géographie est d'ailleurs, à l'ordinaire, absurde
2. Pour tout l'exposé de cette question malaisée, voyez l'important travail de M. Raymond Weeks, Études sur Aliscans (Romania, t. XXXIV, 1905, p. 237 et suiv.).
bonne heure aux abords du Rhône ; les auteurs du Covenant et Aliscamps, ces poèmes remaniés, ont beau, par ignorance ou par indifférence, ne nous donner que les indications géographiques les plus incertaines et les plus contradictoires, le seul fait qu'ils emploient le nom d'Aliscans suppose que de leur temps, donc en 1 150 au plus tard, s'était déjà produite la localisation de la légende aux Aliscamps d'Arles 4. En outre, quelques passages des chansons de geste ajoutent des indications précises. Le Covenant Vivien s'exprime en ces termes :
1784 Ainz puis cel jor que Jhesu Crist fu nez Ne fu tel chaples ne tel mortalitez . Gom ot le jor en Aleschamps sor mer. Del sanc des cors fu toz vermeus li prez. Encor le voient li pèlerin assez Qui a Saint Jacque2 ont le chemin torné.
1. Sans quoi, si le premier poète qui a employé ce nom avait entendu désigner un autre Aliscamps qu' Aliscamps près Arles, ou que c'eût été pour lui un nom de fantaisie, il serait miraculeux que ce nom sans signification, arbitraire ou de fantaisie, se fût trouvé par hasard être précisément le même que portait la vieille nécropole gallo-romaine, si propice à abriter la légende d'une grande bataille et à accueillir les martyrs de ce désastre. J'ai bien conscience que j'exprime ici une vérité trop vraie. Il faut pourtant qu'elle se soit obscurcie dans quelques esprits, puisque plusieurs critiques s'acharnent à démontrer que les poètes du Covenant, tVAliscans, etc., quand ils parlent de la bataille d'Aliscans, n'entendent pas sous ce nom les Aliscamps d'Arles. Et il est vrai que ces poètes ne semblent pas savoir très bien ce que c'est, ni où c'est ; il n'en reste pas moins que leurs modèles le savaient.