Les Xarhonnais. v
LES RÉCITS I GROUPE D'AYMERI
ils ainsi à point nommé? Nul ne sait. Ils combattent, et, quand le péril est dissipé, la noire troupe se remet en marche et déjà s'enfonce vers l'Espagne1.
Ce ne sont donc pas des traits individuels qui font la grandeur de ces caractères, ce sont des traits héréditaires et communs à tous ceux du « lignage». Les Narbonnais en ont bien eux-mêmes le sentiment : nulle rivalité entre eux, nulle jalousie; dès que l'un d'eux est menacé, tous accourent. Pas un qui se croie meilleur que ses frères : ils ne tirent pas vanité de leur propre prouesse, mais de leur lignage, et chacun d'eux s'enorgueillit à contempler dans tous les autres, comme en des miroirs, sa propre image multipliée. Plus le lignage croît en nombre, plus ils se sentent valeureux. « Par Mahomet, dit un païen dans la mêlée,
Tant par foisonnent li fil dant Aymeri 2 ! »
Ils foisonnent aussi, ses petits-fîls : Bertrand le palazin et Guielin, Gautier de Termes ou le Tolosan, Huon de Flori ville, Guibert deTerragone, Sohierdu Plessis3, Girard et Gui4, Guichardet et Vivien, et tant d'autres. Dès l'enfance, ils se réjouissent d'être nés de cette
1. Sur Aimer, voir Demaison, Aymeri, 1. 1, p. ccxn, Raymond Weeks dans les Publications of the Modem Language Association of America, t. XVII, 1902, p. 411-434; H. Suchier, dans la Romania, t. XXXII, 1903, p. 364-71.