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N'ot que trois gestes en France la garnie

Du roi de France est la plus seignorie, Et l'autre après, bien est droiz que gel die, Est de Doon a la barbe fïorie...

La tierce geste qui molt fist a proisier Fu de Garin de Monglane le fier.

(Girard de Vienne, éd. Tarbé, p. 2.) J. Bédier. — Les légendes épiques. 1

geste de Monglane ou de Guillaume d'Orange. « Ils nous offrent, écrit Gaston Paris, le spécimen le plus complet de la formation et de l'évolution, à moitié spontanées, à moitié factices, d'un grand cycle épique l. » De fait, c'est ce groupe qui présente- au premier regard le plus d'unité et de cohérence.

D'abord il est le seul où circule d'un roman à l'autre une même idée poétique. On peut la définir ainsi : Il s'agit de défendre la France contre les Sarrasins d'Espagne ; mais Charlemagne est trop vieux ou bien (selon les romans) il est mort déjà, et à sa place règne son fils Louis, débile et couard. Or, là-bas, à Narbonne, à Orange, à Gérone, campée en pleine terre païenne, une famille héroïque se charge de remplir la tâche du roi défaillant. C'est la geste de Monglane, le fier lignage

Qui tant sofri de peine sor sarrazine gent.

Tous ses membres se reconnaissent à ces deux traits, qu'ils consacrent leur vie à se battre contre les Sarrasins et qu'ils servent en bons vassaux le roi, bien qu'ils attendent peu de son appui et que parfois ils le méprisent. Ils représentent sous ses formes les plus diverses l'esprit de sacrifice et de fidélité vassalique. Gomme ils sont isolés au milieu des Sarrasins et presque abandonnés, les romans qui les mettent en scène sont remplis d'une sorte d'effroi tragique ; mais de joie aussi, car le « fier lignage » aime joyeusement la bataille, l'aventure, la conquête.

1. La Littérature française au moyen âge, Paris, 1888, § 38, 3e édition (1905), p. 65.

PROJET DE CETTE ÉTUDE

Lors même que les poètes, comme il arrive souvent, s'écartent de ce thème fondamental, la liaison et la cohésion des vingt-quatre chansons du cycle apparaît encore en ceci qu'elles mettent en scène le même personnel de héros, unis par des rapports de parenté à peu près constants.

Si l'on considère, en effet, le héros central, Guillaume d'Orange, il est le principal personnage de sept chansons, où tient l'essentiel de son histoire poétique :

(1) Les Enfances Guillaume, consacrées à ses premiers exploits, du vivant de Charlemagne ;

(2) Le Couronnement de Louis, où Charlemagne, aux approches de la. mort, lui confie le jeune roi, son fils, que Guillaume défendra contre ses ennemis du dedans et du dehors ;

(3) Le Charroi de Nîmes et (4) La Prise d'Orange, qui disent comment, payé d'ingratitude par le roi Louis, Guillaume s'en va, pour s'y tailler un fief, saisir la terre des Sarrasins, reprend sur eux, par la ruse et parla force, Nîmes, puis Orange, conquiert, convertit, épouse la belle princesse sarrasine Orable ;

(5) La Chanson de Guillaume et (6) son double, la Chanson d'Aliscans, qui retracent une défaite glorieuse du héros, finalement vengée ;

(7) Le Moniage Guillaume, où Guillaume, las d'une longue vie d'aventures guerrières, se retire dans le cloître, mais sait en sortir au besoin et reprendre le haubert et l épée, quand son seigneur est en péril.

Dans ces poèmes, Guillaume d'Orange apparaît à l'ordinaire entouré de son père, Aymeri de Narbonne; — de ses six frères: Bernard de Brusban,

Bovon de Commarcis, Hernaut de Gérone, Garin d'Anseùne, Aimer le Chétif, Guibert d'Andrenas, — et d'une troupe de neveux ; ce sont tantôt Vivien et Guichardet, fils d'une de ses sœurs, tantôt Bertrand et Guielin, fils de Bernard de Brusban, ou Girard et Gui, fils de Bovon de Commarcis. Ce père, ces frères et ces neveux ont aussi chacun sa biographie poétique, plus ou moins détaillée, qui peut se résumer schématiquement, comme celle de Guillaume luimême, en ceci que tous vivent aux dépens des Sarrasins et qu'ils conquièrent sur eux leur terre et parfois leur femme. En plusieurs poèmes, ils cessent d'être de simples satellites de Guillaume ; tantôt ils occupent tous à peu près le même plan que lui :

(8) dans Les Narbonnais, par exemple, où les sept frères adolescents, congédiés par leur père, quittent ensemble le château natal, en aventuriers ;

tantôt tel ou tel des frères, réduisant Guillaume à un rôle épisodique, devient le protagoniste de l'action. C'est le cas de Bovon de Commarcis dans

(9) Le Siège de Barbastre et dans (10) Bovon de Commarcis.

C'est le cas de Guibert d'Andrenas, dans

(11) la chanson de Guibert d'Andrenas et

(12) dans la Prise de Cordoue.

A son tour le père de ces sept frères devient l'un des principaux personnages de trois chansons :

(13) Girard de Vienne, qui le représente tout jeune encore ;

(14) Aymeri de Narbonne, où on le voit conquérir sa ville et la défendre ;

PROJET DE CETTE ÉTUDE

(15) La Mort Aymeri, où il achève en pleine guerre, entouré de ses enfants, sa longue vie belliqueuse.

Mais l'histoire des Aymerides a des prolongements, qui se rattachent à l'événement le plus tragique du cycle, à la bataille des Aliscamps (ou de Larchamp) : d'une part, Tun des héros de cette bataille est un neveu de Guillaume, Vivien, et deux poèmes chantent les exploits de ce Vivien :

(16) Les Enfances Vivien;

(17) La Chevalerie Vivien ;

d'autre part, pour venger la défaite des Aliscamps, les poètes ont imaginé deux groupes de légendes : dans l'un, le héros de la revanche est un petit-neveu de Guillaume, principal personnage de la chanson qui porte son nom :

(18) Foucon de Candie ;

dans l'autre, c'est un neveu de Guibourc, femme de Guillaume, Rainoart. Rainoart épouse Aelis 4, fille de Blanchefleur et petite-fille d' Aymeri : leur fils, Maillefer, a lui-même un fils, Renier, qui est le père de Tancrède, et par là le cycle d' Aymeri rejoint le « cycle de la croisade ». A Rainoart et à sa postérité, trois poèmes sont consacrés :

(19) La Bataille de Loquifer,

(20) le Moniage Rainoart,

(21) Renier.

Mais, de même que l'histoire d'Aymeri se prolonge en ligne descendante, elle remonte aussi vers ses ascendants : vers son père, Hernaut de Beaulande, et

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