Alias Ermentrude
PROJET DE CETTE ÉTUDE
vers les frères de celui-ci, Girard de Vienne, Milon de Pouille, Renier de Gennes : Renier de Gennes est le père d'Olivier et de la belle Aude, et par là la geste d'Aymeri, comme elle rejoignait tout à l'heure le cycle de la croisade, rejoint le « cycle du roi ». Enfin, tous ces héros sont issus d'un auteur commun, Garin de Monglane, fils de Savari d'Aquitaine, et l'histoire des générations antérieures à Aymeri est racontée dans trois romans :
(22) Les Enfances Garin,
(23) Le Roman de Garin de Monglane,
(24) La Geste de Monglane.
Ce premier dénombrement est propre à donner une impression de cohérence et d'harmonie. Nos vingtquatre chansons se distribuent en trois groupes assez nets : groupe de Garin, groupe d'Aymeri et groupe de Guillaume, celui-ci comprenant les chansons formées autour de la bataille des Aliscamps [Foucon de Candie, geste de Rainoart, geste de Vivien). A voir ces héros, associés comme les personnages de la Comédie humaine par des rapports constants, passer d'une chanson à l'autre, disparaître pour reparaître toujours fidèles à leur rôle, on dirait d'abord qu'un poète héraldiste a dressé d'avance leur arbre généalogique et imposé aux autres conteurs le système une fois arrêté de leurs relations. Savari d'Aquitaine est père de Garin de Monglane, qui est père d'Hernaut de Beaulande, qui est père d'Aymeri de Narbonne, qui est père de Blanchefleur, qui est mère d'Aelis, qui est mère de Maillefer, qui est père de Renier,
qui est père de Tancrède : ainsi, pendant sept ou huit générations, il semble qu'une seule histoire se déroule, soutenue par l'unité du plan et de l'inspiration.
Cette impression de cohérence est renforcée encore par le fait que ce groupement des chansons n'est pas l'œuvre des critiques modernes, mais des jongleurs eux-mêmes : les vingt-six manuscrits qui nous ont conservé les romans en vers du cycle sont tous 1 des « manuscrits cycliques », c'est-à-dire des collections plus ou moins riches de ces poèmes : tel le manuscrit 24.369 du fonds français de la Bibliothèque nationale, qui en renferme, à lui seul, dix-sept. Tel autre, le manuscrit de Boulogne, qui en contient onze, se termine par ces mots : Explicit li Roumans de Guillaume d'Orange, et cette rubrique nous est témoin que les hommes du xme et du xive siècles, lisant nos chansons, croyaient lire un seul roman. C'est aussi sous la forme d'un récit unique et continu que les remanieurs du xive siècle les présentent : l'auteur du Roman en prose de Guillaume d'Orange, et Andréa da Barberino, qui, vers l'an 1400, en ses Storie Nerbonesi, rassembla en une histoire suivie une quinzaine de ces chansons.
Ainsi, au premier regard, le cycle de Guillaume d'Orange produit l'effet d'un monument distribué selon un plan calculé. Dès qu'on approche pourtant, et plus on y regarde, plus on y aperçoit de disparates, de confusion et de désordre. Ces vingt-quatre chan-