‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 30 sur 152 · Pùckert, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Pùckert, ouvr. cité, p

appelé par deux fois heatus : comment aurait-on pu lui donner ce titre si peu de temps après sa mort, dès 823 ? Par tout le reste de son ouvrage, le vrai Ardon nomme souvent son héros : nulle part il ne l'appelle comme ici heatus Benedictus. — Enfin, le vrai Ardon nomme d'autres colonies d'Aniane : toutes celles qu'il nomme, les plus modestes et les plus obscures, comme les maisons bénédictines de l'Ile-Barbe, de Saint- Mesmin, de Cormery, il les appelle des monasteria: mais dans notre passage, seule entre toutes les colonies d'Aniane, Gellone. qui pourtant fut riche dès sa fondation, est désignée sous le nom plus humble de cella, comme si l'auteur avait voulu la déprécier.

C'est qu'un ardent conflit a longtemps animé l'une contre l'autre l'abbaye-mère et l'abbaye-fille, la question étant précisément de savoir si Gellone avait été k l'origine une relia qui dût demeurer éternellement soumise à la domination d'Aniane. Telle était la prétention d'Aniane. Les moines de Gellone prétendaient, au contraire, au droit d'élire librement leur abbé, et se déclaraient indépendants de leurs voisins. La lutte, ayant commencé sous l'abbé d'Aniane Emeno 1062- 1093). ne s'acheva que soixante ou quatre-vingts ans plus tard, après force condamnations d'Aniane par les papes Alexandre II [i 066), Urbain II (1092), Calixte II (1123), Honorius II 1127). etc.

La cause des moines de Gellone était la bonne sans doute, p uisque les papes en ont jugé ainsi. Pourla soutenir, il ne leur manquait que des actes authentiques : ils en produisirent donc de faux. Aniane se prévalait, comme on a vu, d'un acte de donation en sa

SAINT GUILLAUME DE GELLONE

faveur dicté par Guillaume le 15 décembre 804, qui lui soumettait pour la durée des temps la cella deGellone. Pour riposter, Gellone brandit un acte de donation du même Guillaume, daté de la veille, 14 décembre 804, calqué sur l'autre : mais, ici, la cella devient un monasterium et la donation se fait, sans l'intermédiaire de Benoît d'Aniane, sans qu'Aniane soit seulement nommée, — directement au monastère de Gellone. Et l'on a reconnu depuis très longtemps que le document de Gellone est une contrefaçon de celui d Aniane ; mais du moins croyait-on celui d'Aniane authentique : à peine soupçonnait-on qu'il avait pu être, à son tour, « quelque peu paraphrasé » 1 pour les besoins du procès. Voici que M. Pùckert vient de montrer par une longue discussion qu'il est, lui aussi, en partie falsifié 2.

Interpolations tendancieuses dans le Chronicon Anianense et dans la Vie de saint Benoît, testament supposé d'un abbé Juliofroi, prétendu cousin de Charlemagne, falsification des diplômes royaux et impériaux, il apparaît bien, à la lecture du livre de M. Pùckert, que moines d'Aniane et moines de Gellone se sont battus à coups d'actes faux, et je plains les historiens qui ont à se débrouiller parmi de tels documents.

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