Visite rétrospective à Saint-Guilhem-du-Désert, p
SAINT GUILLAUME DE GELLONE
richesses tout ce qu'il voudrait en emporter. Guillaume n'en voulut rien prendre, mais supplia l'empereur de lui donner pour son monastère de Gellone ce morceau de la croix. L'empereur hésita à se séparer du plus précieux de ses trésors ; il céda enfin ; « Prends, cher ami, cette dernière récompense de tes services ; emportela comme un gage de mon affection et de mes regrets ; chaque fois que tu la rêver ras, elle te rappellera Gharlemagne. »
On voit la portée de ce récit, et c'est une des pièces de résistance de la Vita : si c'est Gellone, non pas Aniane, qui possède cette relique, c'est donc que Gellone n'a jamais été l'humble cclla que disent ses ennemis. Or il faut savoir que les moines d'Aniane montraient, eux aussi, un morceau de la croix : ils prétendaient, eux aussi, que le patriarche de Jérusalem l'avait envoyé à Gharlemagne. C'était donc la même relique que les deux abbayes se disputaient ; mais ceux d'Aniane assuraient que Gharlemagne la leur avait donnée. Pour accréditer cette histoire, ils l'avaient insérée dans le Chronicon Anianense 1 . Comme l'a très bien remarqué M. Pùckert2, c'est de cette interpolation que part l'auteur de la Vita sancti Wilhelmi (il en reproduit certaines expressions, etc.). Ici encore, il a donc recours à son procédé familier : pour ruiner les documents de l'abbaye rivale, il commence par les exploiter ; ici encore, il falsifie un faux d'Aniane.
1. Monumenta Germaniae historica, Scriptores, t. I, p. 309 et 310.