‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 35 sur 152 · Vulgo cnnitur de eo cantilena · texte numérisé non relu

Vulgo cnnitur de eo cantilena

SAINT GUILLAUME DE

GELLONE

le porteur de cette relation avait hâte de s'en aller et que j'avais froid aux doigts, j'en ai fait un extrait exact, mais abrégé... » Suit un extrait de la Vita de Gellone.

Il v a deux choses à tirer de ce texte. Si l'anecdote relative au bon chapelain Gérold est authentique, s'il est bien vrai qu'au temps de Guillaume le Conquérant, vers 1070, prêchant les barons, Gérold leur proposait comme modèle, auprès de saint Maurice et de saint Georges et des martyrs de la légion thébaine, cet autre saint, Guillaume, il s'ensuit 1 quela légende duMoniage Guillaume s'était répandue jusqu'en Angleterre dès cette haute époque 2.

En outre, on voit que, lisant la Vita, en 1141 au plus tard, Orderic a reconnu d'emblée en saint Guillaume de Gellone le même personnage que chantaient les jongleurs du Nord de la France. Gomment a-t-il pu le reconnaître, si la cantilena dont il parle, répandue déjà en Normandie, n'était pas une chanson de la Prise (F Orange 6 ?

t. Puisqu'il n'y a nul indice qu'à cette date ait déjà existé une Vie latine de saint Guillaume. Le chapitre d'Ardonle dépeint comme un bon moine et ne souffle mot des qualités guerrières qui eussent permis au chapelain Gérold de le rapprocher de saint Maurice ou de saint Georges.

2. On a un indice, faible il est vrai, que l'anecdote relative à Gérold n'est pas fictive : Gérold se fit moine à Winchester ; or, c'est un moine de cette même abbaye de Winchester qui avait apporté à Orderic la Vif a. (Je tire cette remarque des notes d'un cours de G. Paris.)

3. M. Ph.-Aug. Becker {Die Wilhelmsage, p. 40) admet que la cantilena connue d'Orderic pouvait être le Couronnement de

11 résulte donc du témoignage d'Orderic Vital qu'il n'y a qu'une façon légitime d'interpréter le texte de la Vita : les moines de Gellone ont connu et exploité des romans sur Guillaume d'Orange. Dans le Préambule de la Vita, pour se dispenser de raconter la vie guerrière de Guillaume, ils renvoient aux chansons des jongleurs ; dans leur chapitre v, ils résument la Prise d'Orange, une chanson de jongleurs.

Le fait est assuré, et le problème singulier que nous avons défini est réel : Gomment les moines de Gellone ont-ils pu connaître ces chansons de la France du Nord ? Gomment ont-ils pu leur faire une place dans la biographie de leur saint ? Quelles sortes de relations unissaient ces moines et ces jongleurs ?

Fréquence et constance des relations des moines de Gellone avec les jongleurs.

Avant de proposer une réponse, j e grouperai quelques

Louis : entendez une forme primitive du Couronnement, dont le héros était un homme du Nord (Guillaume de Poitiers, mort en 994, confondu avec un Guillaume au court nez qui s'était illustré en Italie), héros légendaire qui n'avait encore rien de commun avec Guillaume de Gellone ni avec aucun autre Guillaume du Midi. — C'est supposer que l'accident, bizarre par lui-même, de la confusion de ce Guillaume du Nord avec saint Guillaume de Gellone se serait produit deux fois ; d'abord dans l'esprit d'Orderic Vital, puis, indépendamment d'Orderic Vital, dans l'esprit de ce poète-voyageur, supposé par M. Becker, qui, passant par Brioude et Gellone, y aurait appris à connaître saint Guillaume.

SAINT GUILLAUME DE GELLONE

faits encore, propres à montrer que ces relations entre moines et jongleurs furent anciennes, régulières et constantes.

1° Ce n'est pas seulement dans la Vi(a que les moines ont introduit les fictions des jongleurs ; c'est aussi, semble-t-il, comme on l'a dès longtemps remarqué *, dans un texte diplomatique : dans l'acte de donation du 14 décembre 804, par eux attribué à Guillaume, et fabriqué sensiblement à la même époque que la Vita. On lit dans ce document :

In nomme Domini ego Vuilhelmus, gratia Dei cornes, recogitans fragilitatis meae casus humanum, idcirco facinora me a minuanda vel de parent ibus meis qui defuncti sant, id est ge ni tore meo Theuderico et genetrice mea Aldana, et sororibus meis Abbana et Bertana, et filiabus meis et filiis Barnardo, Vuitcario, Gotcelmo, Helinbruch etuxoribus meis Cunegunde et Guitburgi ; et nepote meo Bertranno ; pro nobis omnibus superius nominatis dono ad monasterium quod dicitur Gellonis...

On reconnaît ici à peu près la même liste de parents c[ue dans l'acte du 15 décembre dont celui-ci est la contrefaçon. Mais qui est ce parent nouveau et qui ne figure pas dans l'acte du 15 décembre : et nepote meo Bertranno? Les historiens et généalogistes de l'époque carolingienne ignorent ce personnage ? ; mais les

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