‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 39 sur 152 · Voyez Abel et Simson, ouvr. cité, t. II, p. 13, et Joseph · texte numérisé non relu

Voyez Abel et Simson, ouvr. cité, t. II, p. 13, et Joseph

GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE

Franc, le comte Thierry, et d'Aude, l'une des trois filles connues de Charles Martel : il était donc cousingermain de Charlemagne. Venu dans son duché de Toulouse, il soumit les Gascons. « Il eut bientôt fait, écrit l'Astronome, de les réduire par la ruse autant que par la force et d'imposer la paix à cette nation. »

2°) Année 793. Depuis les temps de Charles Martel et de Pépin, les Sarrasins n'avaient plus osé franchir les Pyrénées. Mais en 793, le calife Hescham Ier profita de ce que Charlemagne guerroyait au loin contre les Avares et de ce que son fils Louis venait d'emmener dans une expédition en Italie les contingents que l'Aquitaine avait pu lui fournir. Hescham fit une entreprise contre la Septimanie, et c'est le comte Guillaume qui, aidé par les autres comtes du royaume d'Aquitaine, organisa la résistance. Voici la seule relation un peu précise que nous ayons de ces événements ; elle se lit dans la Chronique de Moissac ou d'Aniane : « Exam (Hescham) envoya un de ses principaux lieutenants, Abd-el-Melec, à la tête d'une grande armée pour ravager les Gaules. Venus à Narbonne, les Sarrasins en brûlèrent les faubourgs; ils y prirent un grand nombre de chrétiens, firent un large butin et se dirigèrent contre Carcassonne ; mais Guillaume sortit à leur rencontre, et d'autres comtes des Francs avec lui. Ils engagèrent la bataille super fluvium Oliveio (très probablement FOrbieu) 1 ; elle fut

Calmette, La famille de saint Guilhem, dans les Annales du Midi, 1906 (p. 4 du tirage à part).

1. Cette identification a été contestée par M. W. Pûckert, Aniane und Gellone, p. 108, note 2.

violente et la plus grande partie de l'armée chrétienne périt en ce jour. Mais Guillaume combattit courageusement. Voyant qu'il ne pourrait pas tenir, parce que ses compagnons avaient fui et l'avaient abandonné, il battit en retraite. Pourtant les Sarrasins, emportant d'ailleurs leur butin, rentrèrent en Espagne1. » Jamais plus ils ne repassèrent les Pyrénées.

3°) Année 803. Sous cette date, la même Chronique de Moissac ou cVAniane rapporte ce qui suit: « A la mort d'Hescham, son fils Abulaz régna sur les Sarrasins et fît le mal comme son père et son grand-père. Au temps où il régnait en Espagne, l'empereur Charles envoya son fils Louis, roi d'Aquitaine, assiéger et prendre la ville de Barcelone. Louis, ayant ras-

1. Chronicon Moissiacense vel Anianense (SS., t. I, p. 300) ; ce texte est reproduit par la Chronique d'Uzès [Histoire de Languedoc, nouv. éd., t. IIb, p. 27), dont j'aurai à discuter plus loin l'autorité. — Les Annales d'Einhard (SS. , t. I, p. 179) rapportent sommairement les événements, sans nommer Guillaume et sans désigner le lieu de la bataille : « Sarraceni Septimaniam ingressi praelioque cum illius limitis custodibus atque comitibus conserto, multis Francorum interfectis, victores ad sua regressi sunt. » De même les Annales Laureshamenses (SS., t. I, p. 35). Deux autres Annales, nommant Guillaume, résument ainsi cette guerre : « Wilhelmus pugnavit cum Sarracenis ad Narbona ; et perdidit ibi multos homines et occidit unum regem ex ipsis cum multitudine Sarracenorum » (Annales Sangallenses majores, SS., t. I, p. 75, et Annalium Alamannicorum continuatio Murbacensis, SS., t. I, p. 47). Pour trouver la liste complète et la critique des témoignages, voyez Abel et Simson, Jahrhùcher, t. II, p. 57, et Bohmer-Mûhlbacher, Die Regesten des Kaiserreiches unter den Karolingern, p. 123.

GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE

semblé des troupes venues de l'Aquitaine, de la Gascogne, de la Bourgogne, delà Provence et delà Gothie, les envoya devant lui mettre le siège devant cette ville. L'armée l'investit, l'assiégea pendant sept mois et fît prisonnier le roi de Barcelone, nommé Sathon (Zeid ou Saidoun). Quand le pain manqua dans la ville et qu'elle fut sur le point d'être prise, les assiégeants firent appeler le roi Louis, demeuré jusque-là en Roussillon, pour qu'il eût l'honneur de la victoire. Le roi Louis vint donc à Barcelone ; la ville se rendit à lui, et il y établit une garnison. Il envoya en France à son père le roi Charles, empereur, le roi de Barcelone Sathon, chargé de chaînes; puis il revint pacifiquement et triomphalement1. » Les nombreuses chroniques ou annales qui résument ces événements omettent, tout comme la Chronique cVAniane, de dire que le comte Guillaume y ait pris part. Mais Guillaume joue un rôle dans les deux seules relations détaillées que nous ayons du siège de Barcelone : dans le poème d'Ermold le Noir que je considérerai plus loin, et dans la Vita Hludov ici de l'Astronome limousin 2, qui l'introduit en ces termes :

1. Chronicon Moissiacense vel Anianense (SS., t. I, p. 307). — Les Annales Einhardi (SS., t. I, p. 190) et les annales qui en sont dérivées (voy. Bohmer-Mùhlbacher, Regesten, p. 151) racontent ces événements en quelques lignes sous la date de 801 ; pour les discussions auxquelles ont donné lieu ces dates, 801 ou 803, et qui ne nous importent pas ici, voir Abel et Simson, Jahrbùcher, t, II, p. 257.

2. Chap. 13, dans les Monumenla Germaniae historica, SS., t. II, p. 612.

« Le roi Louis avait divisé son armée en trois corps. Lui-même resta avec l'un de ces corps en Roussillon ; au second, commandé par Rotstagnus, comte de Gérone, il donna mission de mettre le siège devant Barcelone : quant au troisième, il l'envoya en Espag ne au delà de cette ville pour couvrir les assiégeants s'ils étaient attaqués ; en effet les ennemis enfermés dans Barcelone demandèrent de l'aide à Gordoue, et le roi des Sarrasins leur envoya aussitôt une armée. Quand ces troupes de secours furent arrivées à Saragosse, elles apprirent qu'une armée franke lui barrait la route. Erat enim ihi Wilhelmus, primus signifer, Hadhemarus, et cum eis validum auxilium. A cette nouvelle les Sarrasins se jetèrent dans les Asturies : ils battirent par surprise les chrétiens, mais ils subirent à leur tour une défaite beaucoup plus grave. Ils se replièrent ; alors les nôtres retournèrent vers Barcelone et rejoignirent les troupes qui tenaient le siège. » — L'Astronome ajoute que, la ville une fois prise, Louis y laissa une garnison commandée par le comte Bera.

4°) Année 806. « En cette année, dit la Chronique d'Aniane^le comte Guillaume se rendit moine au monastère d'Aniane », et, pour raconter sa vêture, elle reproduit un passage delà Viede saint Benoît par Ardon.

Des concordances entre la vie de Guillaume de Toulouse et la vie du Guillaume des poètes.

Voilà tout ce que les chroniques anciennes nous

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