‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 40 sur 152 · Monumenla Germaniae historica, Scriptores, t. I, p · texte numérisé non relu

Monumenla Germaniae historica, Scriptores, t. I, p

GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE

apprennent. Il s'agit maintenant, interrogeant nos vingt-quatre romans, de recueillir dans l'amas de ces fictions tous les traits de la vie du Guillaume épique qui rappellent la vie de Guillaume de Toulouse.

a) Tous les faits que nous avons groupés ci-dessus sous la rubrique « Année 790 » sont ignorés de nos romanciers qui, à leur insu, les contredisent. Ils ne savent pas que Guillaume était un Franc venu du Nord, un cousin de Gharlemagne. Ils ne savent pas que Guillaume était un fonctionnaire subordonné à la fois à Louis, roi d'Aquitaine, et à Gharlemagne. Ils ne savent pas qu'il était comte de Toulouse. Ils ne savent pas qu'il a combattu et réduit les Gascons [.

1. Je ne pense pas que personne prétende retrouver un souvenir des luttes de Guillaume contre les Gascons en des passages tels que celui-ci (Charroi de Nîmes, ms. 1448. v. 178) :

- « Rois, mar te manbre de la très grant bataille Que je te fis sor Gironde la large :

Je vos ocis les paiens et les Bâcles, Les Arabis et sous de Pierre Large... »

Dans les chansons de geste etdéjà dans la Chanson de Roland, Basque est synonyme de Sarrasin, d'Escler ou d'Arabi, ce qui apparaît parle couplet même du Charroi qui suit immédiatement celai que je viens de citer :

« Rois, mar te manbre de la bataille longe Que je te fis es prés desos Gironde : Je vos ocis les paiens et les Hongres, Les Arabis et ceus de Pierre Longue. »

En ces vers, les Hongres remplacent les Bâcles, comme pour témoigner que le poète n'entendait pas donner au mot Bâcles une valeur ethnique précise. Cf. ce vers de la Prise d'Orange (ms. 1448, v. 1265), où Guielin, regrettant de s'être aventuré à Orange, désigne ainsi la région où est Orange : « Mar i passai en la terre des Bâcles, » etc.

b) Par contre, il semble qu'on retrouve dans leurs romans le reflet des événements de Fan 793. On l'a dit souvent : « Le fait central de l'histoire de Guillaume, c'est la bataille sur l'Orbieu ; le fait central de sa légende, c'est Aliscamps. Or Aliscamps procède évidemment de la bataille sur l'Orbieu » Mais où les poètes placent-ils la bataille légendaire? Est-ce en deçà des Pyrénées? ou au delà ? Est-ce près de la Gironde ? ou près du Rhône ? Une seule chose est sûre, c'est que ce n'est pas sur l'Orbieu, ni dans la région qui l'avoisine. Il reste cette seule analogie, d'ailleurs saisissante : dans l'histoire comme dans la légende, Guillaume commande en chef dans une bataille livrée aux Sarrasins d'Espagne; il est vaincu, mais sa défaite est glorieuse. Or les moines d'Aniane et de Gellone, nous l'avons vu, pratiquaient la Chronique de Moissac ou d'Aniane ; ils y pouvaient lire le passage transcrit ci-dessus quiracontela guerre de 793. Bien mieux, pour garder le souvenir de cette guerre, ils n'avaient pas même besoin de se référer à cette chronique. A moins d'imaginer une période d'assauvagissement où ils seraient tombés dans la plus honteuse barbarie, si on leur eût demandé à une époque quelconque: « Qui donc fut ce Guillaume, fondateur ou bienfaiteur de votre monastère ? » le moindre d'entre eux aurait su répondre : « Il fut dans le siècle un homme de guerre, qui lutta jadis avec honneur contre les Sarrasins. » En une telle phrase tient tout Y « élément historique » de la légende d' Aliscamps. Nous ne

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