Ménard, Histoire de Nîmes, 1750, t. Ivp
2. Le Chronicon Uceticense a été publié en dernier lieu dans la nouvelle édition de Y Histoire de Languedoc, t. IIb, Preuves, p. 23-29.
GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE
« Anno Domini DCCLV{ , Guillelmus cornes, qui infra fuit effecius monachus, Nemausum ingrreditur in die veneris ramis palmarum et eodem anno preerat episcopus apud Nerhonam vir venerahilis Daniel. »
Selon M. Pùckert, ce texte mérite une confiance entière; et, si cette opinion est juste, chacun aperçoit la double conséquence : le Charroi de Nîmes, que l'on prenait pour une vaine fiction, se transforme en un poème profondément historique ; et, comme il n'y a nulle apparence que les clercs d'Aniane et de Gellone aient connu l'obscure Chronique d'Uzès ni sa source, le Charroi de Nîmes se fonde sur une très ancienne tradition poétique, contemporaine à l'origine des événements qu'elle retrace.
La question est de savoir si le témoignage de la Chronique d'Uzès est recevable. M. Pùckert le soutient par ces arguments.
11 n'est pas invraisemblable, dit-il, que les Sarrasins aient pris Nîmes au temps de Charlemagne. Certes, il est hors de doute qu'ils n'ont pu y faire alors un établissement durable, car les grandes chroniques le diraient; et, s'ils avaient occupé solidement la Septimanie, ce n'est pas en Espagne, c'est en Septimanieque Charlemagne les eût guerroyés. Mais est-il impossible qu'une surprise ait pour quelques semaines ou pour quelques jours fait tomber Nîmes en leur pouvoir ? En quel temps ? Nécessairement lorsqu'ils
1. La date est fausse en tous cas; mais presque toutes les dates de la Chronique d'Uzès sont fausses.
envahirent la Septimanie en 793 et que le comte Guillaume les arrêta. Tandis que le gros de leur armée s'avançait sur la route de Narbonne à Garcassonne, ne peut-on pas admettre qu'un corps de leurs troupes se sera avancé jusqu'à Nîmes et que le comte Guillaume aura été obligé de les en chasser? Si la Chronique cFAniane n'en dit rien, c'est qu'elle est brève et ne prétend pas tout raconter. Au contraire la Chronique d'Uzes rapporte à la fois la délivrance de Nîmes par Guillaume et, dans les mêmes termes que la Chronique (fAniane, la bataille livrée par Guillaume super fluvium Oliveium. C'est, selon M. Pùckert, qu'elles remontent toutes deux, indépendamment lune de l'autre, à « une ancienne chronique de Septimanie ». Cette chronique, il est vrai, est aujourd'hui perdue ; mais si nous tenons pour historiques les faits que la Chronique d'Aniane et la Chronique d'Uzès en ont tirés, de quel droit tiendrions-nous pour imaginaires les faits rapportés par la seule Chronique d'Uzès ? 11 faut convenir que la Chronique d 'Uzès est un texte de basse époque, du xive siècle : mais ce n'est pas une raison pour rejeter son témoignage. Cette assertion que le comte Guillaume est entré à main armée [ingreditur ) dans Nîmes, comment le chroniqueur l'aurait-il inventée ? Dira-t-on qu'il l'a prise à la chanson du Charroi de Nîmes ? Mais le Charroi de Nîmes rapporte que Guillaume, est entré dans la ville après Pâques, et la Chronique d'Uzès dit que ce fut avant Pâques. D'ailleurs, il n'y a dans toute cette chronique aucun trait légendaire et nul indice que l'auteur aurait connu des chansons de geste. M. Pùckert conclut donc que Guil-
GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE
laume de Toulouse, comme le Guillaume épique, a conquis la ville de Nîmes sur les Sarrasins.
On peut en douter, pourtant. Qu'est-ce que la Chronique d'Uzès? « Nous ne l'avons conservée, dit Auguste Molinier que dans un seul manuscrit (B. N., fonds latin, n° 4974), écrit sur papier du xive siècle, qui renferme un opuscule de Bernard Gui, Catalogus summorum pontificum. C'est sur les marges de ce traité que la chronique a été écrite après coup et d'une autre main 2. Elle a donc été écrite au xive siècle 3. Ce n'est pas tant un ouvrage faisant corps par lui-même qu'un recueil de notes détachées ou d'additious au traité de Bernard Gui. » Si on groupe ces notes marginales, elles forment, dans l'édition de V Histoire de Languedoc, un total de 138 lignes d'impression. De ces 138 lignes, 78 reproduisent, presque mot pour mot, la Chronique d'Aniane 4. Selon M. Pùckert, c'est que la Chronique d^Aniane et la Chronique d'Uzès exploitent Tune et l'autre une plus ancienne chronique (perdue) de Septimanie. — La conjecture est arbitraire : la chronique d'Uzès nous donne (à diverses reprises) ces seules indications de sources : <( Sic reperi in gestis antiquis. . . Prout reperitur in