Romania, t. XXXII, p
GUILLAUME, COMTE DE TOULOUSE 179
c'est un jeu spirituel de lettré qui rapproche non pas deux personnages, mais, si je puis dire, deux fiches de papier ; sans doute Aïmer ressemble à l'Hadhemar de la Vita Hludoivici, mais tout autant au Dewet de la Saalezeitung et aux milliers d'autres capitaines qui ont eu l'occasion de commander une colonne volante ; ajoutons que l'Astronome peut avoir « romancé » son récit des expéditions d'Hadhemar. En tout cas, il se borne à raconter qu'Hadhemar (escorté d'ailleurs de trois autres comtes) a par deux fois accompli un raid brillant : incident banal dans l'histoire militaire. Aimer, lui, a fait le vœu de combattre toute sa vie sans jamais coucher sous un toit : emprise plus rare dans la réalité ; et quel homme de guerre peut se flatter, lui plutôt qu'un autre, d'avoir inspiré à la poésie l'idée de ce thème aventureux ?
Reste l'identité des noms : Guillaume et Aimer sont frères d'armes dans l'histoire ; ils sont frères dans la légende. Là est la seule concordance. On peut douter si elle est décisive.
Gomment en douteriez-vous, nous demandera-t-on peut-être, si vous ne doutez pas que Witburgis soit Guibourc ? — Mais la concordance Guillaume-Guibourc et la concordance Guillaume- Aimer ne se présentent pas dans les mêmes conditions. L'histoire nous fournit les noms de deux femmes de Guillaume de Toulouse, et l'un des deux noms est Guibourc ; la poésie donne le nom d'une femme du Guillaume épique, et ce nom est Guibourc. Au contraire, l'histoire nous donne les noms d'une trentaine 1 de compagnons