Romania, t. XXVI (1897), p
LES SEIZE GUILLAUMES
sont des analogies entre celui-ci et le personnage légendaire qui aurait été formé à son image ; or je ne puis en découvrir aucune. Tous deux, dit-on, ont combattu les Sarrasins ; mais cette lutte ne fut qu'un épisode dans la vie de Guillaume de Provence, tandis qu'elle constitue presque toute l'histoire du Guillaume légendaire. Déplus, le théâtre des exploits du héros légendaire est très nettement circonscrit dans la basse vallée du Rhône : de Fraxinet * à Orange, il y a plus de 150 kilomètres. Les différences sont trop sensibles pour qu'il soit utile d'y insister. »
J'insisterai pourtant sur celle-ci: vérification faite des témoignages 2, les Sarrasins furent chassés du Freinet parRoubaud, frère de Guillaume de Provence, -et par Ardoin, marquis de Turin ; Guillaume de Provence n'y était pas.
b) De Guillaume, fils de Bernard de Septimanie, mort en 850.
Qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur à un article de la Romania (1906, p. 260), où M. Ferdinand Lot a montré que ce Guillaume (le n° 16) n'a rien à faire avec le héros légendaire.
c) De Guillaume Fièrebrace, comte de Pouille. Le sort ayant maintenant amené devant nous. ce per-
1. Le château de Fraxinet, aujourd'hui La Garde-Freinet (Var).
2. Voyez G. de Manteyer, Histoire de la Provence du premier au douzième siècle, 1907, p. 248.
sonnag-e (le n° 1), saluons-le comme étant celui que la critique aie plus anciennement mêlé à ces combinaisons. Paulin Paris l'a fait en cette façon 1 :
« Le chef des Normands qui conquirent la Pouille sur les Sarrasins au xi6 siècle, Guillaume de Hauterive, portait le surnom de Fièrebrace 2. De cette coïncidence on peut conclure que la partie de la branche du Couronnement de Louis relative aux guerres d'Italie a été inspirée par les bruits répandus en France au temps de la conquête du chevalier normand... Tandis que les jongleurs chantaient les anciens exploits du comte Guillaume [de Toulouse] contre les Maures d'Espagne, d'autres racontaient les récentes victoires de Guillaume Fièrebrace sur les Sarrasins de Sicile, la délivrance de Salerne, les dons énormes d'argent et de terre accordés aux aventuriers normands. Ainsi les gestes de Guillaume d'Orange et du Normand Guillaume Fièrebrace marchèrent de front jusqu'à ce que l'ignorance de la génération suivante finit par les confondre. »
Le même Jonckbloet, qui présentait si complaisamment les neuf Guillaumes par lui découverts, traita avec dureté le Guillaume Fièrebrace de Paulin Paris3. Il n'eut pas de peine à prouver que la thèse de P. Paris était « insoutenable » et qu'il n'y avait rien de commun entre les aventures du fils de Tan-