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LES SEIZE GUILLAUMES

crède de Hauteville et les fables du Couronnement de Louis i.

C'est bien aussi Lavis d'un critique plus récent, M. Gloetta. Néanmoins il a cru devoir prendre sous sa protection le Guillaume de Paulin Paris : si ce personnage n'est pour rien dans le Couronnement de Louis, il aurait du moins inspiré un épisode du Moniage Guillaume, l'épisode de Sinagon, dont voici un résumé 2.

Dans la ville fabuleuse de Palerne, le roi sarrasin Sinagon tient sa cour et s'étonne que depuis si long-temps les Narbonnais ne soient pas venus guerroyer les païens. Où sont les fils d'Aymeri ? Où est Guillaume au court nez ? Les fils d'Aymeri sont morts, lui dit-on ; quant à Guillaume, nul ne sait ce qu'il est devenu. Mais un païen très vieux, qui a jeté ses sorts, puis tous les magiciens du pays révèlent à Sinagon que, bien loin, au fond d'une forêt de Provence, Guillaume vit retiré dans un ermitage ; un jour

1. Il n'y a de remarquable en effet que la coïncidence du surnom de Fièrebrace. Mais plusieurs personnages du moyen âge, l'ont porté, et on le rencontre deux fois ci-dessus dans la liste des seize Guillaumes. De même cinq Guillaumes historiques ont été surnommés Longue-Épée. Il faut se rappeler que le nom de Guillaume est l'un des plus banals de l'époque.

2. Voyez W. Gloetta, Die der Sinagon-Episode des Moniage Guillaume II zu Grunde liegenden historischen Ereignisse, dans les Abhandlungen Herrn Prof. Dr. Adolf Tobler... dargebracht, Halle, 1898, p. 240-268. La thèse soutenue dans ce mémoire a été contestée par divers érudits, notamment par G. Paris (Romania, t. XXIV, p. 456) et par M. Becker (Die Wilhelmsage, p. 146) : je leur emprunterai maintes observations.

pourtant, il en sortira pour occire cent mille Sarrasins ; une armée viendra de France, qui ruinera Palerne.

Irrité par ces présages, Sinagon se met en route à la tête d'une armée pour s'emparer de Guillaume. Après de longs jours de marche (et non de traversée), les Sarrasins découvrent l'ermitage, saisissent l'ermite et l'emportent enchaîné à Palerne. Dans la tour qu'habite Sinagon, ils le jettent au fond d'une prison horrible, pleine de serpents, de crapauds et de vers venimeux. Guillaume ne vit que de pain et d'eau. A chaque marée, l'eau delà mer pénètre dans son cachot par un canal souterrain, monte jusqu'à ses genoux, jusqu'à sa ceinture, avive les blessures que les Sarrasins lui ont faites. Sept ans il endure ce martyre ; mais il met sa confiance en Dieu ; une nuit un ange vient lui promettre sa délivrance.

Or, au temps où Guillaume s'était retiré dans son ermitage, un de ses cousins, Landri « le timonier * », désolé de l'avoir perdu, avait entrepris avec cent quarante chevaliers un pèlerinage au Saint-Sépulcre. Ils avaient couru de tristes aventures (sept ans de captivité, etc.); enfin délivrés, il s'en revenaient sur une barque chétive, quand, en vue de Palerne, ils furent attaqués par des pirates. Ils se défendirent avec courage; mais, réduits au nombre de trente, ils furent pris et menés à Sinagon.

« Qui êtes-vous ? » leur demande le roi. — Des marchands, dit Landri. — D'où êtes-vous?

— Sire, de Ponterlie ; Mi compaignon sont tuit de Norméndie. »

Mais Sinagon, soupçonnant que ces prétendus marchands sont des chevaliers, leur promet la liberté et de

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