Ibid., p
« Guillaume Ier, comte de Besalu, de Valespir et de Fenouillèdes, avait eu de sa femme Adélaïde deux fils, Guillaume II et Bernard, qui lui av ient succédé dès 1052. Le premier fut surnommé Trunnus, à cause qu'il avait un nez postiche. On sait fort peu sur lui; il paraît cependant qu'il se rendit extrêmement odieux par ses violences et ses emportements, et qu'il fut assassiné avant 1070. Il résulte en outre d'une pièce authentique qu'il fit un pèlerinage à Jérusalem vers 1055.
L'histoire ne nous dit pas comment ce Guillaume de Besalu perdit son nez : était-ce avant, pendant ou après son pèlerinage ? Était-ce en combattant les infidèles, ou par suite d'une échauffourée moins honorable et que son caractère laisse supposer ?
En adoptant cette dernière conjecture, on pourrait trouver autre chose qu'un expédient dans ce que le Guillaume du Charroi de Nîmes dit au roi Otran sur l'origine de son nez tronqué 1 : « Dans ma jeunesse, dit-il, je fus un voleur sans pareil; mais de plus forts que moi, des marchands que j'avais assaillis, me punirent en me coupant le nez avec leurs couteaux. » Il y aurait peut-être là une réminiscence historique.
Il peut sembler assez difficile à comprendre qu'un personnage d'un caractère comme le sien [celui de Guillaume de Besalu] ait été assimilé au pieux héros; mais il faut bien se rappeler que son histoire est à peu près totalement inconnue;... et d'ailleurs, en admettant le pire, on ne doit pas oublier que le Gid est bien devenu le héros de la
1. Jonckbloet fait allusion à la scène où Guillaume, déguisé en marchand, et interrogé par des Sarrasins qui croient reconnaître en lui leur ennemi, invente une histoire pour expliquer qu'il ait le nez acorcié.
LES SEIZE GLILLAUMES
poésie populaire en Espagne, lui qui servit les Arabes, qui viola et détruisit les églises chrétiennes, qui fut parjure et menteur. »
Ces concordances sont troublantes, en vérité 1, et le lecteur avouera que le Guillaume épique ressemble à Guillaume Trunnus autant ou plus qu'à aucun des autres personnages ci-dessus considérés. Il importe donc de traiter à fond le problème capital que pose devant nous ce nez postiche.
Où Jonckbloet a-t-il pris ce qu'il rapporte de cet obscur seigneur de Besalu? Dans Y Histoire de Languedoc2. Les auteurs de Y Histoire de Languedoc à leur tour, où se sont-ils renseignés ? Ils n'ont guère fait que traduire ces quelques lignes des Gesta comitum Barcinonensium 3, seule source narrative qui parle de ce Guillaume :
« In comitatu Bisulduni fuit cornes Guilhelmus Bernardi, cognominatus Grassus, qui duos genuit filios, Guillelmum scilicet, qui cognominatur Trunnum, eo quod nasum fîcticium haberet, et Bernardum Guillelmi... Et successit ei in comitatu Bernardus Guillelmi filius ejus minor, eo quia vir benignissimus et patientissimus erat. Frater autem ejus
1. Un critique récent, et qui s'est montré entre tous sceptique à l'égard de ces diverses identifications, a pourtant ■accordé quelque crédit à ce comte de Besalu. Il se le rappellera, ■s'il lit ces pages, et ce souvenir l'amusera.