‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 63 sur 152 · Manuel, § 39, et Romania, t. XXX, p · texte numérisé non relu

Manuel, § 39, et Romania, t. XXX, p

Examen plus détaillé de ces théories.

Première branche

(Vers 1-271)

Il est bien vrai que Charlemagne, à Aix, en Tan 813, a solennellement associé à l'empire son fils Louis.

Mais ce n'était pas, comme dans le roman, le jour de la consécration de la chapelle. — Mais le pape n'était pas présent. — Mais Louis n'était pas un enfant de quinze ans : il avait trente-cinq ans. — Mais il n'a pas hésité à prendre la couronne : il l'a prise aussitôt et résolument. — Mais personne n'a troublé la fête : le couronnement a eu lieu au milieu de la jubilation universelle. — Mais personne à la cour de Charlemagne ne s'appelait Arneïs d'Orléans. — Mais aucun Guillaume, que l'on sache, n'a assisté à la cérémonie. — Mais Charlemagne n'a pas survécu cinq ans à l'événement : il est mort quatre mois après.

Les critiques littéraires ont jadis essayé d'allonger la liste des concordances entre l'histoire et la légende : si Louis le Pieux, disaient-ils, n'a pas rencontré d'opposition le jour de son couronnement, du moins un complot s'est formé contre lui, peu après la mort de son père ; c'est ce qu'ils appelaient la « Conspiration de VVala » . Ils supposaient que , pour former la première branche du roman, l'imagination populaire avait dû

LE COURONNEMENT DE LOUIS

ramasser en un seul jour et en une seule scène des événements distants en réalité de quelques mois, le couronnement et cette conspiration de Wala ; quant au traître du roman, Arneïs d'Orléans, il n'avait pas, disaient-ils, pour prototype historique Wala lui-même, mais un protégé de Wala, un certain Matfred d'Orléans : car ce Matfred d'Orléans, quinze ans plus tard, en 828, avait trahi les intérêts du roi dans une expédition contre Barcelone.

Toutes ces combinaisons ingénieuses seraient aujourd'hui reniées par leurs auteurs eux-mêmes : car aujourd'hui il est bien démontré que personne n'a conspiré contre Louis le Pieux et que l'opinion contraire se fondait sur un texte traduit à contre-sens1. Plus de complot de Wala ; partant, plus de Matfred d'Orléans, protégé de Wala. Plus de Matfred d'Orléans ; partant, plus de prototype d' Arneïs d'Orléans. Et si personne n'a conspiré contre Louis, personne n'a eu à le défendre : plus de Guillaume.

1. Voir Pli. -A. Becker, Der sùdfranzôsische Sagenkreis, p. 49. La croyance à cette conjuration se fondait sur une phrase sans autorité de l'Astronome : Timebalur autem quam maxime Wala, laquelle signifie non pas que Wala résist,a mais qu'on craignait que Wala ne résistât. De cette phrase on rapprochait une strophe où Théodulphe, évêque d'Orléans, quelques jours après la mort de Charlemagne, engageait certains profères fidèles à protéger Louis le Pieux. On induisait de cette phrase qu'il y avait eu des proceres infidèles, à savoir Wala et ses complices. Malheureusement M. Ph.-Aug. Becker, relisant cette strophe, s'est aperçu que les proceres fidèles invoqués par Théodulphe étaient les saints qui, du haut du ciel, protègent la ville d'Orléans. C'est cet amusant contre sens que les historiens et les critiques littéraires appelaient la Conspiration de Wala.

Il n'y a donc d'historique dans la première branche que la cérémonie du couronnement ; les savants, déçus du côté de Wala et de Matfred, se sont rabattus sur cette cérémonie. « M. Langlois me paraît absolument dans le vrai, écrit M. A. Jeanroy *, quand il déclare que le début du poème remonte à une époque où la tradition n'avait encore que peu altéré l'histoire, c'est-à-dire à une époque presque contemporaine des événements (entre 830 et 840] . Le lieu de la scène, l'ordre qui présida aux diverses parties de la cérémonie, les paroles mêmes que Charlemag-ne adressa à son fils, il n'est aucun détail essentiel sur lequel l'auteur de la chanson ne se trouve en frappant accord avec les sources historiques. »

Les sources historiques 2, en l'espèce, sont principalement la description de la cérémonie d'Aix par Theg-an, lequel prête à Charlemag-ne, comme fait le trouvère, un discours à son fils. Mais le discours fabriqué par Theg-an est d'esprit clérical, comme il convient, puisque Theg-an était chorévêque de Trêves ; le discours du trouvère est tout féodal d'inspiration. Ils se ressemblent sans doute, mais par les seuls lieux communs que le sujet imposait au clerc comme au trouvère 3.

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