‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 71 sur 152 · Lauer, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Lauer, ouvr. cité, p

2. Lauer, p. "78-81. Dans tout le livre de M. Lauer, on ne retrouve plus que deux fois Guillaume Fièrebrace en présence du roi Louis : le 5 janvier 942, Louis, passant à Poitiers, y confirme les possessions du monastère de Saint-Hilaire, dont un frère de Guillaume était abbé (Lauer, p. 75) ; en 951, comme

J. Bhdier. — Les légendes épiques. 3 S

Prétendre que les rapports de Louis IV avec Guillaume de Poitiers forment l'élément historique de la branche III, c'est donc,. ou ne rien dire, ou supposer que des poèmes français du xe siècle auraient célébré les événements de l'an 940. Ainsi, des poètes auraient chanté cette rébellion des grands feudataires, le siège de Laon, les premiers succès du roi ; puis cette invasion allemande qui traverse la Champagne, la retraite de Louis IV, le traité humiliant qu'il subit sans avoir combattu ; — et de ces chants épiques, tout aurait sombré, les noms des personnag-es, Hugues le Grand, Herbert de Vermandois, Guillaume de Normandie, et tout ce qui faisait le drame primitif, et jusqu'au souvenir de l'invasion allemande, tout, pour qu'un seul nom surnageât, celui de Guillaume de Poitiers, lequel, dans les poèmes primitifs, ne pouvait être qu'un comparse ! Et les envahisseurs allemands qui ont forcé le roi de France à s'humilier se seraient transformés en ces moines de mélodrame que Guillaume pourchasse à coups de bâton !

Dira-t-on que les auteurs de cette identification se sont gardés de tant préciser1 et qu'ils se bornent à retenir entre le Guillaume épique et Guillaume Têted'Etoupe cette seule concordance que tous deux se montrèrent constamment de bons vassaux et de fidèles défenseurs du roi ? Il est vrai ; mais ils ont oublié ce

le roi recevait en Auvergne l'hommage de ses vassaux du Midi, Guillaume de Poitiers fut l'un de ceux qui se rendirent à sa cour (Lauer, p. 211).

1. Voyez, par exemple, Langlois, p. liv ; Lauer, p. 236 ; etc.

LE COURONNEMENT DE EOU1S

détail que le Guillaume épique, loin d'être comme son modèle supposé un comte de Poitiers, est employé par le poète à dompter le Poitou révolté :

1983 « Je m'en irai el règne de Poitiers ; Des traïtors i a molt herbergiez. »

2011 Treis anz tuz pleins fu Guillelmes li ber Dedenz Poitou la terre conquester ; Ainz ne fu jorz tant feïst a loer, Ne jorz de Pasques ne de Nativité, Feste Toz Sainz, que l'en deit célébrer, Que il n'eûst le brun elme fermé, Ceinte l'espee, sor le cheval armez.

Pendant ces trois ans tout pleins, sans trêve ni repos, il ne cesse d'occire les Poitevins : et il nous faudrait conclure qu'il est précisément Guillaume, comte de Poitiers1 !

1. Je laisse de côté différentes combinaisons secondaires, maintes fois discutées et rejetées par d'autres érudits. Par exemple, M. Willelms (ouvr. cité, p. 21) écrit : «Quel peut être le Normand orgueilleux qui a prétendu àla couronne de France ? Ce ne saurait être aucun des fils de Richard le Vieux. Aussi croyons-nous ici à une interversion de la légende : ce n'est pas le fils, c'est le père de Richard, qui est ici en scène ; Guillaume Longue-Epée, duc de Normandie, fut en effet à diverses reprises l'adversaire de Louis IV d'Outre-Mer . » Or M. Ph. Lauer (p. 236) rappelle que, en 942, le même Guillaume Longue- Épée se réunit à Guillaume Tête-d'Étoupe pour soutenir Louis : il en conclut qu'il est un des modèles du Guillaume épique. Ainsi le même Guillaume Longue-Épée devient, selon que l'on passe d'un critique à un autre, tantôt le traître et tantôt le personnage sympathique du roman.

Deuxième théorie. Le roi Louis est Louis V (986- 987). Selon une autre opinion, le modèle du roi de la branche III serait Louis V, qui ne régna qu'un an et qui fut en lutte, lui aussi, avec ses vassaux. Ce qui le fait croire, c'est qu'on trouve de son temps un autre Guillaume, le fils de Tête-d'Etoupe, qui a le mérite, celui-là, de porter, comme le Guillaume de l'épopée et comme Guillaume, fils de Tancrède, le surnom de Fièrebrace. En outre, Jonckbloet a remarqué 1 entre ce personnage et le héros légendaire cette autre ressemblance : h L'histoire nous raconte que Guillaume Fièrebrace, comte de Poitiers (963-990) donna sa sœur en mariage au roi, circonstance que la tradition n'a pas oubliée, puisqu'elle dit la même chose de Guillaume d'Orange. » Cette remarque a été répétée et approuvée par L. Gautier, par M. Cloetta, etc. 2, et M. Jeanroy en a écrit : « Cet argument de M. Cloetta est d'une grande force 3. » En fait, Guillaume de Poitiers a marié en 970 sa sœur Adélaïde, non pas à Louis V (l'analogie serait alors en effet assez curieuse), mais à Hugues Capet4, c'est-à-dire au rival de Louis V, à celui qui lui succéda, non sans soupçon de l'avoir empoisonné. Tout bien pesé, tout bien considéré, cet « argument d'une grande force » se résume donc ainsi : Dans la légende, Guillaume d'Orange donne sa

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