Remania, t. XXV, p. 359 et suivantes
LE COURONNEMENT DE LOUIS
deux autres. On a dit des systèmes métaphysiques qu'ils sont tous vrais en ce qu'ils affirment et faux en ce qu'ils nient. Dès systèmes littéraires relatifs au Couronnement de Louis, ne pourrait-on pas dire précisément l'inverse ?
Quatrième branche
(Vers 2225-2652)
C'est en tout cas l'enseignement que nous apporte l'examen des diverses interprétations de la branche IV. Ces quatre cents vers du Couronnement de Louis, où Guillaume et le roi combattent en Italie un certain Gui l'Allemand, on les combine avec quarante vers du Charroi de Nîmes (v. 215-53) où un certain Oton, dont il n'est point parlé dans le Couronnement, est mêlé à l'aventure de Gui l'Allemand : opérant sur ces deux noms, Gui, Oton, les critiques déroulent l'histoire de l'Italie au ixc siècle et l'histoire des trois empereurs qui ont au xe siècle porté le nom d'Oton.
Ils sont quatre critiques, ils ont donc édifié quatre théories, qui se détruisent circulairement les unes les autres *. M'étant persuadé que chacun de ces érudits a
i. Voyez Jonckbloet, p. 100-5, critiqué par M. Langlois, p. Lx-Lxvri ; — Léon Gautier [Epopées, t. IV, p. 340), dont l'hypothèse a été unanimement écartée. — Jonckbloet et M. Langlois ont été à leur tour réfutés par M. L. Willelms [ouvr. cité, p. 37-49). — Les théories de Jonckbloet, de M. Langlois et de M. L. Willelms ont été rejetées par M. Jeanroy (Romania, t. XXV, p. 365-369). — Enfin M. Becker [Der sùclfranzôsische
raison quand il réfute les opinions concurrentes, que pourrais-je faire autre chose qu'exposer les quatre théories et emprunter tour à tour aux quatre rivaux leur critique des trois autres théories ? Ce serait long et stérile. Je m'en tiendrai donc à considérer la seule assertion de Jonckbloet qu'ils s'accordent tous à croire fondée : à savoir que Gui l'Allemand est identique à Gui, duc de Spolète, personnage du ixe siècle.
De Gui FAllemand, le Couronnement de Louis dit peu de chose . qu'il a conquis Rome et que, pour l'en chasser, Louis et Guillaume descendirent en Italie ; qu'en un combat singulier Guillaume tua Gui l'Allemand et jeta son corps dans le Tibre ; que Guillaume couronna Louis dans Rome et que l'armée rentra en France. Le Charroi ajoute à ce récit (v. 214) la mention d'un Oton qui n'est pas autrement désigné.
De Gui de Spolète l'histoire nous apprend qu'il s'empara de Rome en 888 et qu'il s'y fit couronner empereur par le pape Etienne VI, le 21 février 891.
Mais dans sa biographie ne figure aucun Louis, aucun roi de France, aucun Guillaume, aucun Oton» Tout ce que le poème nous rapporte de Gui l'Allemand, c'est qu'il est un Allemand ; au contraire, Gui de Spolète n'en est pas un, mais a passé son temps a combattre les Allemands que l'empereur Arnulphe avait menés au secours de son compétiteur, Bérenger,
Sagenkreis, p. 63) a fait table rase de ces quatre théories : il admet tout au plus qu'on peut reconnaître en Gui l'Allemand un portrait presque effacé de Gui de Spolète ; mais il y verrait aussi volontiers une figure imaginaire.
LE COURONNEMENT DE LOUIS
duc de Frioul. Gui de Spolète est mort de maladie en 894, sur les bords du Taro, où il campait; Gui l'Allemand est mort en combattant, sur les bords du Tibre, où Guillaume le jeta :
Geta Tel Toivre, sel mangierent poisson.
Cinquième branche
(Vers 2653-2688)
Au retour de cette expédition en Italie, Guillaume croit qu'il pourra se reposer enfin :
Vait s'en li reis à Paris la cité,
Li cuens Guillelmes a Mosteruel sor mer.
Mais à peine s'y est-il retiré, il estrappelé ausecours du roi par une nouvelle rébellion des vassaux.
Pourquoi se retire-t-il à Montreuil-sur-Mer ? G. Paris1 a mis en lumière un passage où Lambert d'Ardres mentionne un Guillaume, comte de Ponthieu, qu'il fait agir de 957 à 969. « Ce Guillaume de Montreuil a dû, dit G. Paris, être chanté d'abord dans le Ponthieu ; plus tard on fondit ses exploits avec ceux de Guillaume d'Orange » ; il est donc le prototype du Guillaume de la branche V.
Malheureusement, M. Ferdinand Lot a montré