‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 75 sur 152 · Romania, t. XIX (1890), p · texte numérisé non relu

Romania, t. XIX (1890), p

que ce Guillaume de Montreuil n'a jamais existé ni pu exister : pour la raison qu'au xe siècle il n'existait pas de comté de Ponthieu, et que Montreuil-sur-Mer était alors une possession du comte Arnoul de Flandres : Lambert d'Ardres, qui écrit à une époque tardive (au xme siècle), nomme ce personnage dans une généalogie fabriquée pour plaire à la famille des comtes de Saint-Pol, et qui par là est suspecte.

Depuis la démonstration de M. Lot, Guillaume de Montreuil ayant été effacé de l'histoire, les critiques littéraires ont renoncé à croire que les quarante derniers vers du Couronnement de Louis aient, à l'origine, formé un ou plusieurs poèmes à part, et la « branche V» est supprimée1.

Pourquoi le poète met-il son héros en rapports avec Montreuil-sur-Mer ? Il savait pourquoi et ses auditeurs devaient le savoir. Nous, nous l'ignorons, et, ne connaissant aucun Guillaume de Montreuil réel, nous

1. Reste cette note ajoutée par G. Paris à l'article de M. Ferdinand Lot : « Toutefois, je ne puis regarder comme insignifiant ou fortuit Taccord de Lambert d'Ardres et du Couronnement de Louis. Ces deux sources sont assurément tout à fait indépendantes Tune de l'autre et toutes deux mettent à Montreuil-sur-Mer, à l'époque carolingienne, un comte puissant, du nom de Guillaume, qui laissa après lui une grande renommée. Qu'il ait existé un personnage répondant au comte de Montreuil du poème et au Guillaume de Ponthieu du chroniqueur, c'est ce qui me paraît toujours extrêmement probable. » Les choses en sont là : il s'agit de découvrir un Guillaume historique qui aurait vécu à Montreuil ; depuis 1890 on le cherche, on ne l'a pas encore trouvé.

LE COURONNEMENT DE LOUIS

n'avons nulle raison devoir en ce trait un reflet d'événements historiques quelconques.

Conclusions.

Depuis cinquante ans, la critique n'a guère fait que développer, corriger ou nuancer la théorie de Jonckbloet : le Couronnement de Louis serait une rhapsodie; rhapsodie vénérable d'ailleurs, car chacun des poèmes plus anciens dont elle est faite aurait été à l'origine un chant riche d'historicité. Nous avons voulu vérifier cette doctrine, et notre travail de contrôle ne nous a apporté que désillusion. C'étaient sur notre chemin des constructions qui de loin semblaient imposantes et harmonieuses. Dès qu'on approchait, dès qu'on les considérait d'un regard clair, elles se dissipaient en fumée, comme des palais de rêve. Et nous voici au terme de cette route semée de prestiges.

Qu'y a-t-il d'historique dans le Couronnement de Louis"!

Le nom de Guaifîer, peut-être. Comment le poète a-t-il eu connaissance de l'existence de ce personnage et du siège qu'il soutint ? La réponse lo plus probable est celle que M. Jeanroy a, le premier, proposée en ces termes 1 : ((Le narrateur qui a apporté en France la connaissance de ces événements (c'est probablement

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