Franzôsische Literaturgeschichte (Leipzig
5. Einfùhrung in dan Studium der altf ranzôsischen Literalur, Halle, 1905.
PROJET DE CETTE ÉTUDE
française du moyen âge, et chacune de ces mises au point des travaux originaux est à son tour chose originale et précieuse.
Mais trois critiques surtout, depuis Jonckbloet, ont tâché de soumettre les faits à une interprétation systématique : Gaston Paris, en quelques pages de son Manuel [, qui résument de longues recherches personnelles ; M. Alfred Jeanroy, en trois mémoires, ingénieux et forts, de la Romania \ où plusieurs des questions qui avaient préoccupé Gaston Paris sont traitées comme Gaston Paris, j'imagine, aurait aimé les traiter lui-même ; et M. Philippe-Auguste Becker. Puisque Gaston Paris n'a exprimé ses idées que très sommairement et sans en produire les preuves, et puisque M. Alfred Jeanroy s'en est tenu à des solutions partielles, ce sont les livres de M. Ph.-A. Becker qui représentent l'effort le plus complet qui ait été fait depuis Jonckbloet pour expliquer la formation du cycle. M. Becker n'a point le respect des idola des érudits ; et, comme ses héros narbonnais, il a détruit bien des « mahomeries ». Il observe et pense par lui-même ; il oblige à penser. Il a le goût du fait concret et en même temps le pouvoir de muer les faits en idées et de lier les idées en systèmes. En ses livres robustes et lumineux, on admire à la fois son grand sens réaliste et ses dons de combinaison, et,
1. Manuel d'ancien français. La littérature française au moyen âge, Paris, lre édition, 1888.
2. Etudes sur le cycle de Guillaume au court nez, aux tomes XXV (1896), p. 353, et XXVI (1897), p. 1 et p. 175 de la Romania.
d'ici long-temps, quiconque étudiera le cycle de Guillaume d'Orange, s'il n'est pas toujours son adepte, sera toujours son obligé1.
Comme j'ai lu et relu avec ferveur les poèmes de cette geste, de même j'ai lu et médité ce que tant de critiques en ont dit, à peu près tout, je crois. Quant à faire ici l'historique de leurs doctrines, je m'en garderai. Un historique d'une question littéraire n'a d'intérêt que s'il est critique, c'est-à-dire si celui qui l'entreprend se croit en possession de la vérité, et donc se sent habile à démêler par un examen rétrospectif ce que chacun de ses devanciers a fait pour la vérité ou contre elle. Je n'en suis pas là. Il faudrait me borner à un exposé tout impersonnel des systèmes, ou plutôt (car M. Ph.-A. Becker semble seul avoir un système) il faudrait m'en tenir à une revue des opinions, des attitudes d'esprit diverses, des tendances contraires qui se manifestent plus ou moins obscurément dans un grand nombre d'écrits fort dispersés. Mieux vaut se saisir aussitôt des questions ellesmêmes et chercher à son tour, mais en recourant sans cesse aux travaux accumulés par les critiques. Depuis ces soixante ans et plus, en effet, qu'ils consacrent à la geste de Guillaume leur labeur et leur talent, il y a chance que leurs travaux nous fournissent de quoi résoudre les problèmes solubles, de quoi reconnaître que les autres ne sont pas solubles.
1. Die altfranzôsische Wilhelmsage und ihre Beziehung zu Wilhelm dem Ileiligen, Halle 1896. — Der sùdfranzôsische Sagenkreis und seine Problème, Halle, 1898.
PROJET DE CETTE ÉTUDE
Des deux questions principales que j'ai définies cidessus, la première, celle de l'historicité des légendes, est, sinon résolue aujourd'hui, du moins rebattue. L'ère des recherches doit être tenue pour close ou elle ne le sera jamais. Depuis les temps reculés de dom Vaissète on fouille les chroniques carolingiennes pour tâcher d'identifier les faits et les héros de la légende avec les faits et les personnages de l'histoire. Or, les chroniques carolingiennes ne sont pas inépuisables; elles sont même, vu la rareté des textes et leur pauvreté, vite épuisées. Il est permis de croire que tous les textes utiles ont déjà été exploités et qu'on a proposé déjà toutes les identifications qui sont certaines ou vraisemblables. On en a proposé en outre beaucoup d'autres, on en propose journellement de nouvelles, qui ne semblent ni certaines, ni vraisemblables. Mais que doit-on appeler en ces matières le certain, le probable et le faux? Si nous considérons toutes ensemble et solidairement les identifications proposées par nos devanciers, peut-être tirerons-nous de leur rapprochement quelque moyen de le reconnaître.
Quant à l'autre problème, intimement lié d'ailleurs au premier, et qui consiste à rechercher en quelle mesure il nous est possible de reconstruire par induction et d'entrevoir des formes plus anciennes de nos légendes, il est infiniment plus délicat et plus complexe. D'ailleurs il reste trop de textes inédits ou mal publiés ; les manuscrits ne nous ont pas encore livré tous les éléments de connaissance dont on disposera un jour. Du moins certaines méthodes sont
ici en vigueur, qui ont été appliquées assez souvent déjà pour qu'on puisse les juger à leur fonctionnement. Toute discussion de méthode est chose bonne, parce qu'elle représente un effort pour refréner en nous les « puissances trompeuses » et pour préciser où s'arrête notre pouvoir de connaître.
LES RÉCITS. — LE GROUPE DE GARIN DE MONGLANE ET LE GROUPE D'AYMERI DE NARBONNE
I. Le groupe de Garin de Monglane. Les Enfances Garin, Garin de Monglane. La Geste de Monglane.
II. Le groupe d'Aymeri de Narbonne. Girard de Vienne, Aymeri de Narbonne. Les Narhonnais. Guibert d'Andrenas, La Prise de Cordoue et de Séville. Le Siège de Barbastre, Bovon de Commarcis. La Mort Aymeri.
Je voudrais d'abord résumer nos légendes : parcourir les chansons du cycle, très rapidement, mais en mettant en relief les récits que je crois essentiels. Assurément le lecteur sait où il pourra trouver des analyses bien plus complètes des textes et les textes eux-mêmes. Pourtant je crois ces résumés utiles. Tandis que je semblerai tout occupé, pour le plaisir, à narrer de beaux contes, en réalité, je disposerai la trame de discussions prochaines, qui seront compliquées et que je voudrais claires. Toute analyse, celle même qui se croit « rigoureusement objective », est un choix, donc un commencement d'interprétation littéraire .
Je considère nos vingt-quatre chansons dans l'ordre où les ont rang'ées les assembleurs du xme et du xive siècles, et je respecte cet ordre. Il s'agit en ce livre de dissocier, s'il est possible, les groupements
qu'ils ont formés : ne faut-il pas prendre d'abord une connaissance claire de ces groupements ? 11 s'agit en ce livre de se représenter, s'il est possible, des états de nos légendes plus archaïques que ceux que nous possédons : ne faut-il pas reconnaître d'abord l'état réel, l'état donné de la tradition poétique ?
Je suivrai donc dans cette revue l'ordre généalogique des personnages, et je commence par l'ancêtre de la lignée, Garin de Monglane.
Le groupe de Garin de Monglane.
Les Enfances Garin. Garin de Monglane. La Geste de Monglane.
Comme les trouvères avaient réparti en trois gestes toutes les légendes épiques, ils établirent un rapport mystique entre les chefs de ces trois gestes : Gharlemagne, Doon de Mayence, Garin de Monglane étaient nés le même jour, à la même heure, au milieu des prodiges. A l'instant de leur naissance,
Li soleils rougi tous et mua son semblant Et li vent estriverent, la terre ala crollant ; Les nues de lassus alerent éclipsant ; Tel tourmente menèrent amont en Pair bruiant Que grant merveille fu a tote gent vivant l.