‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 85 sur 152 · Manuel, § 38 et · texte numérisé non relu

Manuel, § 38 et

793, une bataille sanglante, conquit la Catalogne dans une suite d'expéditions heureuses, et entra en 806 dans le cloître de Gellone.

«... D'autres Guillaume vinrent se confondre avec le héros ordinaire des chansons méridionales. Déjà dans la Fie latine de saint Guillaume de Gellone, nous le voyons devenu Guillaume d'Orange etmêléavec Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, son arrière-petit-fils, dont les relations avec l'église de Brioude étaient attribuées par la tradition à son bisaïeul.

« Mais une contamination bien plus importante devait se produire dans le nord de la France, où les chansons sur Guillaume d'Orange avaient pénétré de bonne heure. Là un autre Guillame était devenu un héros épique, appartenant originairement, lui aussi, à une province, mais transporté par les jongleurs dans le grand courant de l'épopée féodale... On fusionna les poèmes qui chantaient ce personnage ( Guillaume de Montreuil) avec ceux qui célébraient Guillaume d'Orange. — Un troisième personnage, difficile à bien déterminer, fournit sans doute le nom de Guillaume au court nez et l'épisode de l'expédition du héros en Italie où il défend le pape contre une invasion sarrasine. — Le surnom de Fièrehrace est tellement fréquent qu'on ne peut pas en conclure l'immixtion dans l'épopée d'un autre Guillaume qui l'aurait porté réellement ; mais il est très possible que d'autres personnages de ce nom, objets aussi de chants épiques, aient été considérés par les jongleurs comme identiques à Guillaume d'Orange, qui avaient déjà absorbé ceux que nous avons désignés. Il est probable qu'on substitua même Guillaume à un personnage d'un autre nom, pour lui faire jouer un rôle dans le couronnement de Louis le Pieux, par son père, à Aix, en 813, solennité qui avait vivement frappé l'imagination populaire et dont les chants avaient conservé le souvenir...

DES DIVERS SYSTÈMES

« Les Guillaume épiques du nord vivaient, d'après les poèmes, sous un roi Louis. Guillaume d'Orange, quand on Tidentifia avec eux, changea aussi cle souverain.

« Mais les Guillaume des jongleurs français vivaient et combattaient dans le nord ; pour faire d'eux tous et du Guillaume du midi un seul et même personnage, il fallut raconter comment il avait passé du nord au midi. C'est cette explication que s'est proposée l'auteur du Charroi de Nimes, un des plus beaux de nos poèmes, qui n'est certainement pas plus récent que le prernier tiers du xne siècle, et qui montre, par conséquent, combien est ancien ce travail en partie de raccord, en partie d'invention : après une scène admirable où Guillaume, réclamant au roi le prix de ses services, a refusé tout ce que Louis tremblant lui a offert, il lui demande de l'investir du Midi de la France, qu'il se chargede délivrerdes Sarrasins et il commence par s'emparer cle Nîmes. »

Ecoutons maintenons M. Ph.-Aug. Becker 1 :

« A l'aide des chansons que nous avons et des chansons que nous n'avons plus, mais dont il est prouvé qu'elles ont existé, essayons de nous représenter les modes de la formation et du développement du cycle.

« Le poème qui peut revendiquer la plus haute ancienneté est, à en juger par les témoignages dont nous disposons, la Chanson perdue de Borel 2, qui ne nous est connue que par la version dégradée du Fragment de la Haye. De la Chanson de Borel, tout ce que nous savons de certain, c'est que l'action se déroulait au temps de Gharle-

Page 1