‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 86 sur 152 · Der sùdfranzôsische Sagenkreis, p · texte numérisé non relu

Der sùdfranzôsische Sagenkreis, p

2. Borel est le nom du roi sarrasin qu'assiègent, dans le Fragment de la Haye, Ernaud, Bernard, Bertrand etc.

magne, qu'elle retraçait la prise d'une ville, et que les héros de ce poème furent de bonne heure considérés comme des parents de Guillaume d'Orange : déjà le Pèlerinage de Charlemagne les associe à Guillaume d'Orange. Pour le reste, la légende de Borel demeure une énigme: son origine, sa relation à la légende de Guillaume et l'influence du poème perdu sur la formation de notre cycle ne me paraissent pas encore expliquées.

« Le plus ancien poème où Guillaume nous apparaisse est la Chanson de Louis du Couronnement dont nous sommes en droit de reculer la date jusqu'au xie siècle. Cette Chanson de Louis, grave épopée historique d'une haute valeur artistique, nous offre la représentation poétique des troubles qui accompagnèrent la chute de la dynastie carolingienne : des souvenirs des événements de la fin du xe siècle en forment la base historique. Le tableau, en ses lignes g-énérales, est magnifiquement exécuté ; pourtant, si on le compare avec l'histoire, on y constate de profondes déformations des faits, et c'est à peine si l'on peut dire que des événements déterminés y ont été reproduits ; le poème n'a rien d'une chronique; c'est, *au sens plein du mot, une épopée. En vertu des tendances simplificatrices de l'imagination populaire, les faits représentés sont transférés au temps de Louis, l'héritier de Gharlemagne; les Normands y apparaissent comme les ennemis les plus redoutables de la couronne, Acelin y devient le fils de Richard de Normandie. L'unité du poème réside dans le personnage de Guillaume, le protecteur infatigable du prince mineur. L'histoire ne nous renseigne

1. [Représentée selon M. Becker par le Couronnement de Louis que nous avons, si on en distrait les «épisodes italiens » (Guaifwr,Gui d'Allemagne)].

DES DIVERS SYSTÈMES

qu'insuffisamment sur son rôle ; nous ne savons pas non plus quelles furent les sources du poète ; mais il a réussi à camper si fortement la figure de son héros au centre de Faction et à la marquer de traits si nettement personnels qu'elle en devint inoubliable.

« Partant de cette Chanson de Louis et aussi de la Chanson de Borel, un jongleur qui connaissait le nom de Guaifîer de Salerne y inséra le premier épisode (Guaifier- Corsolt) ; un autre jongleur plus récent, qui peut-être connaissait obscurément Gui de Spolète, y introduisit à son. tour le second épisode italien (Gui d'Allemagne) *.

« Or, un poète de la France du Nord, qui connaissait cette forme renouvelée et enrichie du Couronnement de Louis, conçut l'idée, au cours d'un voyage dans le Midi, d'attribuer au Guillaume du Couronnement la délivrancedes villes sarrasines de Nîmes et d'Orange. Il avait visiblement reçu de son voyage l'impression que ces pays n'avaient pas secoué depuis longtemps le joug des païens; peut-être y avait-il entendu raconter certaines légendes locales; peut-être y avait-il entendu chanter des chants qui célébraient un certain Guillaume, devenu illustre comme adversaire des Sarrasins : un rapprochement s'était fait tout naturellement dans son esprit entre ce Guillaume et le Guillaume du Couronnement de Louis. Nous ne pouvons faire là-dessus que des conjectures, car l'épopée que ces données et ces impressions inspirèrent à nos poètes est un vrai roman : Guillaume, en échange des nombreux services rendus par lui au jeune roi; se fait donner en fief Nîmes et Orange ; il se met en route pour les conquérir à la tête d'une armée d'aventuriers.. . il les prend toutes deux et conquiert aussi la Sarrasine Orable, fiancée de Thibaut l'Escler, qui reçoit le baptême.

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