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II. Paradoxe sur les remanieurs : et qu'il est possible que

LES FORMES PRIMITIVES DES CHANSONS DE GESTE AIENT ETE PLUS GROSSIÈRES ET PLUS INCOHÉRENTES QUE LES FORMES RENOUVELÉES.

La plupart des chansons du cycle ne sont que des remaniements ; et c'est ainsi que toute recherche qui les concerne se ramène en dernière analyse à l'un de ces deux problèmes : Dans l'amas de ces fictions, qu'y a-t-il d'historique? et qu'y a-t-il d'ancien ?

Il nous faut maintenant considérer le second de ces problèmes.

Nos romans ne nous sont guère parvenus que dans des manuscrits de compilation. A examiner ces collections, on aperçoit sans grand effort que certains éléments y ont été introduits sur le tard : par exemple, que certains romans aventureux et féeriques r comme la Bataille Loquifer et Renier, portent en eux les caractères d'une invention récente, et que tels et tels romans, comme la Prise de Cordoue, consacrés à

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l'un ou àl'autre des Aymerides, sont des compositions visiblement adventices, ou, pour employer le vieux terme, des « incidences ».

Si l'on écarte ces œuvres d'épigones pour s'en tenir aux chansons centrales, à celles qui célèbrent les principaux personnages de la geste, la première tâche de la critique est de déterminer les rapports qu'elles soutiennent entre elles, sous la forme où nous les avons. Par exemple, au jour où il prit fantaisie à un poète de rimer les Enfances Vivien, de quels éléments disposait- il ? quel était alors l'état de la tradition poétique ? et, quand des assembleurs recueillirent son poème dans leurs compilations, quelles sortes de retouches firent-ils subir aux romans plus anciens pour les faire concorder avec ce poème nouveau? Les enquêtes de cet ordre sont nécessaires sans doute et peuvent aboutir parfois à des résultats assez sûrs ; mais, pour des motifs qui apparaîtront mieux plus loin, elles ont sensiblement perdu de leur intérêt depuis la découverte de la Chanson de Guillaume. Aussi ne traiteraije qu'une seule de ces questions, à titre de spécimen, en un appendice que je relègue à la fin de ce volume.

Des essais de reconstitution de formes PLUS archaïques de nos poèmes.

Le problème essentiel est de savoir en quelle mesure il est possible de reconstituer, ou au moins

d'entrevoir, par-delà les textes que nous avons, des formes plus archaïques de nos poèmes.

La critique s'y est énergiquement appliquée depuis cinquante ans. Son ambition est de briser les groupes formés par des jongleurs tard venus et de discerner les éléments primitifs de leurs combinaisons. La méthode suivie est simple. On possède certains témoignages externes qui renseignent sur des versions plus anciennes de telle chanson ; il s'agit de tirer parti de ces témoignages. En outre, on remarque dans nos textes des disparates, des données qui se contredisent ; il s'agit, ayant relevé ces disparates et ces contradictions, de les concilier ; on reconstruit ainsi des versions perdues, plus logiques, plus pures, — les versions primitives.

De cette critique inductive et divinatoire, quels résultats peut-on attendre ? On ne saurait guère le dire dès aujourd'hui, puisque l'on a été réduit jusqu'ici et puisqu'il faudra longtemps encore se résigner à se servir d'éditions de nos poèmes incomplètes et provisoires. Pourtant on peut regarder dès maintenant aux conditions de ces sortes de recherches : les tentatives de reconstructions d'épopées perdues foisonnent déjà, et certaines sont infiniment ingénieuses et séduisantes ; pourtant je n'en connais pas une seule qui, ayant été une fois proposée par un critique, ait été adoptée par un second critique. Pourquoi ?

Je choisis les deux ou trois chansons de geste pour l'étude desquelles nous sommes le mieux « outillés », celles que mes devanciers ont le plus souvent essayé de ramener à leur forme primitive ; profitant de leurs

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travaux, mais m'abstenant de les discuter, je rechercherai à nouveau ce que les témoignages externes et internes nous apprennent, en ces deux ou trois cas favorables entre tous, des états plus anciens de nos poèmes.

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