Τριῴδιον (Venise, 1839), p
3. P. σα... XXNIX, p. 1821-40. Voir un poème sur le miracle dans G. WeErnsporr, Manuelis Philae carmina graeca, (Lipsiae, 1708), 14-50. Sur les « colyba » voir L. Perir dans Échos d'Orient, t. I (1899), p. 924.
aux anciens sanctuaires dédiés à saint Théodore et aux fêtes établies en son honneur dans l'Église grecque. Nous allons passer en revue les récits hagiographiques qui ont ant contribué à répandre son culte.
Les textes nombreux qui racontent la légende de saint Théodore se partagent en deux grandes classes : ceux qui ont pour objet Théodore le tiron, ὁ τήρων, le conscrit, et ceux qui se rapportent à Théodore le général, ὁ στρατηλάτης.
Occupons-nous d’abord de la première série dans laquelle nous rencontrons le plus ancien texte relatif à S. Théodore, nous voulons parler du panégyrique du saint attribué à S. Grégoire de Nysse !. On sait que cette attribution a été contestée, sans que les critiques soient tombés d'accord pour rejeter le panégyrique parmi les « spuria » du saint docteur. Les difficultés qui ont été soulevées contre son authenticité et dont quelques-unes pourraient être accentuées davantage, ne sont pas, de l'avis d'excellents connaisseurs, entièrement insolubles 2. Nous ne devons pas chercher à les résoudre ici sans grand profit pour le travail qui nous occupe. L’homélie est fort ancienne ; il nous suflit de savoir qu’elle est antérieure aux autres récits concernant le martyr. Voici en résumé ce que raconte à son sujet l’auteur du discours, que nous continuerons à appeler Grégoire de Nysse.
Gt. ALVI,-D, 78046.
2. L'authenticité du panégyrique ἃ été mise en doute notamment par Dupin, par Rivet, par Chamier et par l’évêque anglican Andrewes. Oupin, De scriploribus ecclesiae antiquis, L. 1... p. 607, TiLLEMoONT, Mémoires, L. IX, Ὁ. 273, 279, et ForBes, Consideraliones modestae el pacificae, τ. IF, p. 245, ont essayé de résoudre leurs difficultés.
Théodore naquit en Orient. Il fut pris par le service militaire et arriva « dans notre contrée » avec sa légion qui venait y élablir ses quartiers d'hiver. C'était sous le règne de Maximien et de ses collègues.
La persécution éclate. Théodore, qui n'est plus un conscrit dans l'armée du Christ, est forcé de comparaître devant deux chefs (ἡγεμὼν καὶ ταξίαρχος). « Je ne connais pas les dieux, dit-il à ceux qui l'interrogent : maïs je connais ‘bien les démons que vous honorez. Mon Dieu est le Christ, le fils unique de Dieu ; pour lui je suis prêt à souffrir tous les tourments. »
Un soldat lui demande : « Votre Dieu ἃ donc un fils et il engendre comme les hommes ? » Théodore riposte par une plaisanterie au sujet de la mère des dieux.
Le saint est renvoyé provisoirement ; on comple sur la réflexion pour le faire changer de sentiment. Il profite du répit qu'on lui donne pour mettre le feu au temple de la mère des dieux à Amasée.
Le bruit de l'événement ne tarde pas à se répandre et le coupable est bientôt découvert. Théodore est cité devant les juges. Il se montre intrépide et insensible aux menaces. Alors les juges essaient de le vaincre par de belles promesses, et font briller à ses veux l'or, les dignités et notamment le souverain pontificat. À ce mot, le saint se mit à rire et exprima tout son mépris pour les pontifes des idoles et les empereurs qui s'arrogeaient cet honneur.
Les juges alors le firent suspendre, et on lui déchira les chairs. Le martyr glorifiait Dieu comme s’il eût été complètement insensible.
Après ce tourment il fut envoyé en prison, On y entendit cette nuit-là des voix nombreuses qui chantaient des psaumes: le geôlier ne vit personne,
Enfin, après de nouvelles tentatives pour l’amener à apostasier, le saint fut condamné à la peine du feu.
Sous cette forme relativement simple, la légende de saint Théodore ne se rencontre dans aucun autre texte. Nous négligeons ici beaucoup de détails fort intéressants pour l'histoire du culte, mais indépendants de la légende. Il ne sera pas inutile de faire remarquer que, dans la péroraison du discours, quelques médiocres manuscrits
présentent une variante, qui — le contexte le montre assez — est une interpolation de date récente. L’orateur,
s'adressant à saint Théodore, le prie d'ajouter au poids de son intercession le suffrage des autres martyrs : 250150 τὸν χορὸν τῶν σῶν ἀδελφῶν τῶν μαρτύρων. Telle est la leçon des anciens manuscrits 1. Un scribe s'est rappelé à cet endroit le second S. Théodore, et ἃ ajouté: κάλεσον τὸν συγώνυμον καὶ ὁμότροπόν σοι. Θεόδωρον μετὰ πάντων 32. Ce n'est pas, on le voit, un argument à produire en faveur de la distinction des deux homonymes.
Nous prendrons comme type de la seconde légende de S. Théodore le conserit le texte du manuscrit de Paris 1470, daté de la fin du 1x° siècle 8, Il sera publié intégralement en appendice (Appendice 1). Isuffit de le résumer ici dans ses traits essentiels.
Maximien et Maximin lancent un édit de persécution. En ce temps-là, Théodore fut incorporé par Brincas dans
Je TOM CI: D: rar.
3. Catalogus codicum hagiographicorum graecorum bibliolhecae nalionalis Parisiensis, édiderunt Socir BozLaNpraNr οἱ HExRIGTS Omoxt (Paris, 1896), p. 148.
la légion des Marmarites, qui tenait garnison à Amasée.
Il y avait aux environs d'Euchaïta un dragon qui tuait beaucoup de monde. Un jour, Théodore passant par là, le vitsortir de son repaire; il s’élança sur lui, au nom du Christ, et le tua.
Un peu plus tard, Théodore est sommé par Brincas de sacrifier aux idoles ; 1] s’y refuse. Un certain Posidonius « ducenarius » l’interroge, après quoi Brincas propose de lui donner un peu de répit pour lui laisser le temps de la réflexion. Théodore profite de sa liberté pour fortifier dans leurs bonnes dispositions d’autres confesseurs de la foi et pour aller mettre le feu au temple de la mère des dieux.
Accusé par un certain Cronides, Théodore est conduit devant le juge Publius Straton. Celui-ci ne parvenant pas à vaincre sa constance, le condamne à être enfermé dans un cachot pour y mourir de faim. |
Durant la nuit le martyr est favorisé d’une apparition du Christ, qui lui promet de le soutenir. Théodore entonne des cantiques, que les anges chantent avec lui. Les geôliers et le juge lui-même constatent leur présence. Alors le juge fait apporter au martyr du pain et de l’eau ; mais il se refuse d'y toucher.
Nouvel interrogatoire. Le juge lui propose le souverain pontificat; mais le trouvant inébranlable, il Le fait déchirer avec des ongles de fer, puis après des tentatives réitérées, il le condamne à périr par le feu.
Les bourreaux tirèrent du bois des ateliers et des bains voisins. Lorque le bücher fut prêt, Théodore déposa ses vêtements et essaya de se déchausser. Mais les fidèles se précipitèrent pour lui rendre ce service. Le martyr fut lié : au poteau et fit une longue prière. Apercevant dans la foule Cléonicus, un de ses camarades, il l’'encouragea à persévérer et continua sa prière.
Le bücher allumé, on vit la flamme entourer le martyr comme une voile enflée par le vent, et son âme monta au ciel comme un éclair.
Une pieuse femme, nommée Eusébie, réclama le corps
du martyr et le garda chez elle.
La Passion que nous venons d'analyser est composée de deux parties très distinctes. La première, qui s'arrête à la condamnation du martyr, n'est qu'un développement de la légende telle que la raconte Grégoire de Nysse. Les supplices ne sont pas notablement amplifiés, mais l’ordre est modifié. Il y ἃ aussi plus de précision dans les détails. La légion dont Théodore fait partie est désignée sous le nom de « légion des Marmarites 1. » Les chefs sont également nommés : Brincas, Posidonius. Publius Straton., et Cronides, l’accusateur. Enfin, la victoire de Théodore sur le dragon est brièvement racontée au début.
Il s'agissait de compléter l’histoire par un récit du martyre ayant quelque proportion avec le reste. Le rédacteur ne s’est pas mis en frais d'imagination, et l'on n’a pas de peine à reconnaître dans la seconde partie la Passion de S. Polycarpe. Les traits les plus caractéristiques de cette pièce célèbre ont été sans façon appliqués à S. Théodore, et les phrases mêmes littéralement transcrites. L'hagiographe y a inséré une prière pour « [68
1. S. Christophe, d'après sa légende, aurait également servi ἐν τῷ νουμέρῳ τῶν Mapuaotrüv. USENER, Acla S. Marinae et Christophori (Bonn, 1886), p. 56. La Cohors lerlia Valeria Marmaritarum est citée dans la Notilia dignitatum, Or. XXXIIT, 34, SEEGK, p. 70. Il est à peine besoin de faire remarquer que la présence d'un nom historique dans des textes comme ceux qui nous occupent, n'ajoute rien à leur autorité.
conscrits emprisonnés avec Théodore » et une apostrophe à l’un d'eux, Cléonicus. Pour terminer, il ajoute l'épisode classique de la pieuse femme qui cache le corps du martyr ; il l'appelle Eusébie.
Une remarque à rappeler durant tout le cours de ces . recherches. Comme il arrive fréquemment dans le genre de littérature qui nous occupe, les exemplaires de la lésgende qui vient d’être résumée présentent des variantes assez notables. La trame du récit n’est pas, en général, sensiblement modifiée ni le texte soumis à des remaniements profonds. Mais le style est souvent retouché, des développements sont sacrifiés, des détails sont omis, ou parfois ajoutés, et il faudrait, dans certains cas, un travail considérable et sans proportion avec le résultat, pour déterminer de quel côté se trouve la version primitive, et décider si l’on est en présence d’une interpolation d’une partou d’une lacune de l’autre. On pourra comparer avec le récit que nous publions, et qui est fort ancien, le texte du manuscrit de Paris 520, fol. 161-169 !, celui de la version latine publiée par Mombritius 2, et celui d’une autre version publiée dans la Bibliotheca Casinensis *. Le premier ne connaît ni Publius, ni Cronides:; le second nomme Cronides, mais le praeses est anonyme ; le troisième nomme parmi les compagnons de captivité, outre Cléonicus, un Eutropius que les autres ignorent 1. Le ms. 1470 se contente de dire que Eusébie garda le corps du martyr dans
Calal. codd. hagiogr. graecorum bibl. Nationalis Parisiensis, p. 14. Bibliotheca hagiographica lalina, n. 8077.
Bibliotheca hagiographica latina, n. 8078.
Bibliotheca Casinensis, L. TI, florileg., p. 81.
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SAINT THÉODORE 23 sa maison, et nulle part nous ne voyons que cette maison fût située à Euchaïta. Voici le texte du ms. 520 : τὸ σῶμα...
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72. Les versions latines sont d’une précision plus grande encore : corpus sanclum... posuil in loculum el transtulil eum in possessionem suam, quae distat a civitate Amasiae via unius diei in locum qui appellatur Euchaila, qua possessione cogilavil ecclesiam facere 1.
Il est intéressant de constater que, sur les quatre versions de la seconde légende que nous rapprochons ici, celle du ms. 1470 seule mentionne l'histoire du dragon. Si l’on veut se rendre compte de la manière gauche dont elle est introduite dans le récit, avec lequel elle n’a qu'un lien tout artificiel, on n'aura pas de peine à admettre que cet épisode est une interpolation, et que, primitivement, la seconde légende de S. Théodore en était indépendante.
Nous ne pouvons omettre de signaler la ressemblance étroite qui existe entre la première partie de la seconde légende de S. Théodore et la légende de ὃ. Théagène, dont la fête se célèbre 16 3 janvier. Le récit développé qui concerne ce martyr n’a été conservé qu'en latin, mais on ne peut douter, par les extraits des synaxaires ?, de l’existence d’un original grec, qui jusqu'ici n'a été signalé dans aucun manuscrit. Avant le vu siècle, il circulait certainement une version latine de la Passion de S. Théagène ; celle pièce a laissé des traces très reconnaissables dans plusieurs anciens manuscrits du martyrologe hiérony-
1. B. Mougririts, Sancluarium, t. IE, p. 325. 2. Synaxarium ecclesiae Constantinopolitanae, p. 367.
mien 1. Elle était apparentée, cela est certain, à la légende de S. Théagène que nous possédons encore ; les fragments qui en restent sont trop réduits pour permettre d'en dire davantage. De la légende de S. Théagène nous avons deux rédactions latines qui répondent chacune à un texte grec, dont le moins développé n'était pas meilleur que l’autre, comme on l’a pensé, mais simplement allégé d'un épisode suspect 3, D'après la légende donc, S. Théagène était éga- - lement conscrit. Il vivait sous Licinius et appartenait à la légion Secunda Traiana, sous le tribun Zélicentius et le préposé Posidonius. Théagène refuse de servir. Il est lui aussi interrogé par deux juges, et Posidonius, qui parait également dans la légende de S. Théodore, lui pose des questions qui rappellent beaucoup celles qui furent adressées à ce martyr. Mais là ne se bornent pas les ressemblances. La scène de la prison est identique de part et d'autre. Théagène comme Théodore est enfermé dans une prison scellée, dans laquelle il doit mourir de faim. Le Christ lui apparaît, et lui défend de toucher à la nourriture qu'on pourrait lui apporter. Alors Théagène se met ἃ chanter, et des voix invisibles lui répondent. Le juge vérifie qu'il est toujours seul, et lui fait apporter à manger. Mais le saint refuse de toucher aux aliments en disant, comme Théodore : « Le juste vit de la foi. »
Il est naturel de se demander laquelle des deux Passions a servi de modèle à l’autre. L'auteur de la légende de S. Théodore était très capable, nous l'avons vu, de s’approprier le bien d'autrui et de dépouiller ὃ. Théagène au profit de S. Théodore. Il nous semble néanmoins plus probable que l'emprunt ἃ eu lieu en sens inverse. La première partie de la passion de ὃ. Théodore est visiblement une