Bibliotheca hagiographica latina, n. δοδή, 8o
(Appendice ΠῚ peut donner une idée suffisante. Elle est caractérisée notamment par cette particularité qu'Augarus, le prétendu compagnon et biographe du saint, est complètement éliminé du récit. On pourra encore remarquer que dans la première légende Théodore le stratélate est assez clairement désigné comme natif d'Eu-
“αίρων ἐχώρει, ἐξ ἧς δὴ χαὶ ὥρμητο, οἱ l'hagiographe, parmi les raisons que le saint devait avoir de ne pas se rendre à Nicomédie, trouve celle-ci, assurément bien extraordinaire. qu'il tenait à honorer sa patrie en y versant son sang.
Dans l’exsemble cette version reproduit les mêmes faits que la précédente, οἱ à peu près dans le même ordre. Mais elle est beaucoup plus développée dans la plupart de ses parties — sauf pourtant vers la fin — et quelques épisodes . sont trailés avec une extrême prolixité, celui du dragon avant tout. La lettre de Théodore à l’empereur n’est pas seulement citée en passant mais résumée point par point. L'auteur s'arrête aussi avec complaisance sur le supplice de la croix et insiste d'une manière très déplaisante sur les raffinements de cruauté qui l’accompagnèrent, comme on sait.
Les jeux de mots et les excentricités du vocabulaire propres à la légende précédente ne se retrouvent pas ici. Le style sans manquer de recherche, est plus libre; le rédacteur est visiblement préoccupé d'effacer la trace de certaines invraisemblances de son modèle et de mieux ménager les transitions ; le récit se déroule d’une façon plus logique.
Je ne veux pas insister sur certaines particularités qui semblent propres à la rédaction du manuscrit du Vatican plutôt qu'au groupe tout entier. Nous avons dit que les pièces de ce genre sont sujettes à subir des coupures assez
arbitraires. Ainsi l’on cherche en vain ici les noms de Merpas et de Leandre. Ce qui ferait croire que le premier au moins de ces personnages n’a pas élé négligé par le rédacteur de la seconde légende, c'est que dans la troisième, qui dérive de la présente, Merpas joue son rôle comme dans la Passion du faux Augarus. Faisons remarquer que le proconsul Sextus s'appelle ici Κέλσος.
Une nouvelle rédaction de la légende nous est fournie par le ménologe de Métaphraste au 7 février. Elle se reconnaît aux premiers mots : Λικιννίῳ τῷ βασιλεῖ πολλῇ χεχρημένῳ τῇ περὶ τὰ εἴδωλα δεισιδαιμονία (Appendice IV). La suite du récit est sensiblement la même que dans la légende précédente, mais la matière est de nouveau librement travaillée. Ainsi l’auteur ne se contente plus de la minute de la lettre à Licinius ; il nous en communique le texte. Une part plus grande est donnée au dialogue ; l'intervention personnelle de l'empereur dans les supplices est plus accentuée el une longue prière est placée dans la bouche du martyr.
Un trait à signaler, et qui est bien dans le goût des mélaphrases. Lorsque l'empereur remet à Théodore ses dieux d’or et d'argent, il n'oublie pas de se recommander à ses prières : ἀλλὰ χαὶ ὑπὲρ ἡμῶν δεήθητι. Malgré toutes les libertés qu'il prend avec son modèle, on reconnait que le métaphraste s’est certainement servi de la seconde légende: la concordance verbale d’un bon nombre de passages suffirait à le prouver.
Dans le manuscrit du Vatican 1245, dont nous nous servons pour publier la Passion, l'histoire du dragon est passée sous silence, Une demi-colonne effacée
à l'endroit même où elle devait se placer semble indiquer que le copiste, après avoir commencé à l'écrire, se ravisa. Et en effet, dans plusieurs manuscrits l'épisode se trouve à l'endroit voulu, et alors il est raconté exactement dans les mêmes termes que dans la légende de Théodore le conscrit. Rien de plus facile, par conséquent, que de compléter notre texte. Il suffit d’y insérer, entre les mots ἔξει πρὸς τοῦτο συνευδοχοῦν θέλημα et ἀμέλει καὶ χαίοων le récit de la lutte contre le dragon qui fait partie de l’autre texte métaphrastique. Les manuscrits complets sont les n°° 820, 1993 de la Vaticane, les n° 976, 1450, 1500, Coislin 307 de Paris ; les manuscrits incomplets le n° 1245 de la Vaticane, et le Coislin 304. On remarquera que trois des manuscrits qui contiennent les deux légendes de Théo-. dore le conscrit et de Théodore le stratélate, Vat. 1249, Coislin 304 et 307, donnent un texte complet et l’autre incomplet. Mais ce n’est pas une règle générale. Les manuscrits de Paris 1450 οἱ 1500 racontent, à quelques pages de distance, littéralement la même histoire de l’un et de l’autre saint Théodore. Lequel des deux groupes est resté fidèle à la rédaction primitive de Métaphraste? C’est une question qui n’a pas été résolue encore.
Telles sont, groupées par famille, les légendes de S. Théodore qui se rencontrent le plus souvent dans les ménologes. Il en est quelques autres qui ont eu une bien moindre diffusion, et qui d’ailleurs se rattachent toutes, en quelque manière, à celles qui précèdent. La plus curieuse de ces légendes isolées est celle qui prétend combler les lacunes des autres en racontant les premières années de S. Théodore à partir de sa naissance. Il va de soi que
l’on ne peut songer à la prendre au sérieux dans aucune de ses parties; mais elle est un spécimen intéressant d’un genre que Métaphraste ἃ peut-être mis à la mode par ses biographies de la S'° Vierge : Λόγος διαλαμβάνων τὰ
δεσποίνης ἡμῶν Θεοτόχου! οἱ de S. Jean-Baptiste : Λόγος τ ὺ 2 Le SD 2 ns
διαλαμβάνων τὰ απ hé γεννήσεως, IVATOOCNS LOL ATOTOUT,S
τοῦ ἁγίου ᾿Ιωάννου τοῦ προδρόμου ?. D'autres saints trouvèrent des biographes qui ne firent grâce aux lecteurs d'aucun détail présumé intéressant: ainsi ὃ. Nicolas dont on connaît une Γέννησις, ἀνατροφή, πολιτεία
\ ! \ -"ἪἘ ! Le τρχ χα! 4 θεοοιλὴς χαὶ τῶν θαυμάτων οιἰγησις του με-
ψ- \ 9 ( , , γάλου ἐν ἀρ D'ALEDEUSLY Θεου χαὶ ἐν ἡαυματουργίαις περιωγύμου. Νικολάου ὃ. Il est facile de reconnaître dans cette classe de compositions les procédés de la rhétorique
des anciens, et le plan même de l'éloge funèbre
>. r \ \ ! Le 4 d’après Ménandre : τὸ προοίμιον — τὸ γένος — ἡ γένεσις — [4 € 3 4,
1) φύσις — 1 ἀνατροφή — ἢ παιδεία = τὰ ÉTLTrÔ δεύματα at
πράξεις, elc. Il se trouva donc un hagiographe pour écrire, sur ces données, un Bios xai ἀνατροφὴ de S. Théodore. Nous le connaissons sous deux formes, l’une très abrégée, dans le manuscrit 499 de Paris, fol. 284'"-285", écriture du xit siècle. L'histoire complète se trouve dans un manuscrit du xu° siècle, le Vindobonensis theologicus grae-
1. Cette pièce est inédite et se trouve dans de nombreux manuscrits. Voir nos catalogues hagiographiques de la Bibliothèque Nationale et de la Vaticane. Il en existe une traduction latine dans Liro- MANO, Vilae SS. Patrum, t. VI, fol. 168-758 ».
>. Pièce également inédite, et dont le texte se trouve ordinairement dans les mêmes manuscrits que la précédente, De même, la traduction latine dans LiPouaxo, fol. 196-203.
3. Dans [ὁ manuscrit de Vienne, theol. gr. 6o (dont il sera bientôt question), fol. 291-312 ‘.
ἡ. Catalogus codd. Ragiographicorum graecorum bibl. Nationalis Pari- Siensis, Βὲ 9.
cus 60, d'après ! lequel nous la publions (Appendice V). Voici en peu de mots la composition de la pièce. Une préface empruntée en partie à la vie de ὃ. Théodore le Sicéote : Εὐλογητὸς ὁ χύριος χαὶ πατὴρ τοῦ χυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ ?: la naissance et l'enfance du saint: ses premiers miracles ou exploits ; l'entreprise d'Amasée et le martyre ; détails sur Eusébie; neuf miracles posthumes. La légende dont l’auteur s'inspire mais qu'il entend compléter est celle de Théodore le conscrit, et la première phrase sur la patrie du saint est littéralement celle de Grégoire de Nysse. L'histoire de l'enfance et de la jeunesse est sans doute puisée à la tradition populaire d'Euchaïta, où le Bios καὶ ἀνατροφὴ semble avoir été écrit. Le père du martyr s'appelle Erythrius, sa mère Polyxène, et l’on nous dit qu'elle mourut en couches. Le père ne trouvant pas de nourrice pour son fils, inventa le biberon et le nourrit luimême, jusqu'à ce que l'enfant fit ses premières dents. I lui trouva alors un autre genre de nourriture. Heureusement, la suite de l'histoire n’est pas racontée avec ce luxe de détails. Théodore, après la mort de son père, rejoint l’armée à Amasée, où il se distingue, naturellement.
Un jour il quitte secrètement le campement. À sa prière Dieu fait jaillir une fontaine, que l’on montre encore, dit le biographe. Puis il délivre un lieu, qui n’est autre qu'Euchaïta, des reptiles qui l’infestaient et surtout du terrible dragon qui faisait l’effroi des habitants d'alentour. Ici
1. LaMBECIUs-KoLLAR, Commentariorum 1. IV, p. 142. — A signaler encore comme se rattachant au même genre la pièce ᾿Ανατροφὴ rai βίος καὶ θαύματα ua μαρτύριον τοῦ ἁγίου μάρτυρος Νεοφύτου, dans le ms. de Vienne, Πίδί. graec. 38, fol. τηιτιδι ῦ, et le Bios χαὶ θαύματα de S. Tryphon, dans le ms. JHist. graec. 3, fol. 6'-12"Y, LaMBEcIuüs- KozzaR, 1. VIT, pp. 719, 15/4.
2. Vila Theodori Syceolae, dans TuroPniLos ToANNU, Ννημεῖα ἁγιολογιχά (Venise, 1881), p. ὅθι,
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Eusébie apparaît comme dans la seconde légende du stratélate, mais nous apprenons que c'était une matrone romaine de sang impérial. L'épisode est raconté avec une prolixité qui contraste avec la concision de la suite. L’interrogatoire et le martyre sont rapportés très sommairement. Eusébie ensevelit avec honneur le corps de S. Théodore. Elle-même, après sa mort, est honorée comme sainte, et l’on fait sa fête, ajoute l'hagiographe, le samedi de la mi-carême, τῷ σαββάτῳ τῆς μέσης τῶν νηστειῶν ἑβδομάοος.
Les miracles, que nous n'analyserons pas, méritent d'être lus, même le premier, où il s’agit d'un portrait du martyr fait sur la commande d'Eusébie, et pour lequel il vint poser lui-même en costume militaire. Cette image existait encore au temps de notre biographe. C'était peutêtre celle-là même dont Jean Mauropous parle dans un de ses sermons ; elle était l’objet d’une vénération spéciale. Le saint y élait représenté à pied.
Le panégyrique de ὃ. Théodore par Nicétas le Paphlaoonien, non encore publié mais dont il existe un bon nombre de manuscrits !, n’est pas d’un bien grand intérêt; mais il fournit une date pour l'histoire du développement de la légende. Nicétas (+ vers 880) distingue déjà les deux Théodore. Il établit entre eux des liens de parenté (συγγεγεῖς γὰρ τῷ ὄντι), sans aller jusqu'à faire du stratélate, avec l’auteur d’une Passion Arménienne, le neveu du conscrit?. Le Théodore spécialement célébré par Nicétas est le sitratélate, et c’est à lui qu'il attribue la victoire sur le dra-
1. Il y en ἃ quatre à Paris, les mss. 757, 1180, 1452, 1505, Catalogus codicum hagiogr. graec. bibliothecae Nalionalis Parisiensis, p. 28, 80, 118, 194; deux à la Vaticane, les mss. Vat. 1246 et Palat. 4. Catalogus codicum hagiogr. graec. bibliothecae Valicanae, p. 127, 204.
2. Dans la passion arménienne de 5, Théodore le stratélate, publiée par CONYBEARE, Monuments of early Christianity, second edition (London, 1896), p. 221.
gon. Pour le reste également, il s’en tient assez fidèlement à la seconde légende Jean Mauropous, métropolite d'Euchaïta, ἃ prononcé plusieurs discours sur le grand patron de sa ville épiscopale. [ls sont à lire comme documents de l'histoire du culte de ὃ. Théodore; au point de vue du développement de la légende, ils peuvent être à peu près négligés; ils furent peu lus et n’ont d'autre originalité que le style. Le premier de ces panégyriques, prononcé le jour de la fête du premier samedi de carèême, célèbre S. Théodore le conscrit, et lui attribue la gloire d’avoir délivré sa patrie du dragon 1. Il fait connaître, en passant, qu'à Amasée on conservait la colonne à laquelle le martyr avait été lié : πρὸς κίονα δεθεὶς ὁ γεννάδας, πηγὴ δὲ νῦν θαυμάτων ὁ χίων ξ
τοῖς ᾿Αμασεῦσιν, ἐξαίνετο 3. D'après le titre même, le second panégyrique ἃ été également. prononcé en l'honneur de S. Théodore le conscrit, mais à une autre date, au printemps probablement ; car il y avait en même temps une sorte de fête des fleurs, ou de rosatio : εἰς τὴν μιγήμηγν τοῦ ἁγίου μεγαλομάρτυρος Θεοδώρου τοῦ τήρωνος ἤτοι τὸν. ἀνθιsuoy ὃ. Le sujet du troisième discours est indiqué ainsi
Σάββατον τῆς μεσοπεντηχοστῆς εἰς τὴν μνήμην τοῦ ἁγίου μεγαλομάρτυρος Θεοδώρου ἤτοι τοῦ πεζοῦ ἢ. Ce jour-là on se réunissait, semble-t-il, devant une image miraculeuse, où le saint était représenté à pied. Rien n'indique qu'il s’agit ici du second S. Théodore, et il est remarquable qu'à Euchaïta même il soit si peu question de lui. L'épigramme de Jean Mauropous εἰς τοὺς δύο ἁγίους Θεοδώρους ὅ,
1. P. ΡῈ LAGARDE, /oannis Euchailorum metropolilae quae supersunt (Gottingae, 1882), p. 119-150.
Ibid., p. 124.
Ibid., p. 130-37.
Ibid., p. 207-209.
Ibid., Ὁ. 36.
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c'est-à-dire sur deux images de S. Théodore, ferait croire qu'il rejetait la distinction des deux homonymes :
‘Qc ἀγχίνους Ὧν ὁ γράφευς τῶν εἰκόνων ,
διπλοῦς γὰρ αὐτός, πνεῦμ μα σάρξ TE, TUYYAVOY, s \ e -»Ἥ \
OLTTOUS ξαυτῳ TOUS En à ἘΣ γράφει
Outre les Passions que nous avons analysées et les panégyriques qui en dépendent, la littérature qui s’est formée autour de S. Théodore comprend encore les recueils de miracles, par exemple celui qui ἃ pour titre Χρυσίππου
πρεσβυτέρου ᾿Ιεροσολύμων διήγησις τῶν παραδόξων θαυμάτων τοῦ ἁγίου χαὶ πανενδόξου ! εγαλομάρτυρος Θεοδώρου. Il 8 858 place dans l'histoire du culte du saint, mais ne fournit aucune version de sa légende. Il en est de même du recueil moins important des miracles des deux saints Théodore par Théodore Pediasimos ? se rattachant au sanctuaire de Serres, dédié, nous l’avons dit, à l’un et à l’autre Théodore.
On rencontre, sous la rubrique Θαῦμα τοῦ ἁγίου μεγαλομάρτυρος Θεοδώρου τοῦ τήρωνος, une version tout à fait particulière de l’histoire du dragon ὃ. C’est un récit des plus embrouillés. La scène se passe dans le royaume d’un
1. Il y en ἃ divers manuscrits à Vienne, LamBEcius-KorLar, Commentar.. 1. IV, p. 144, à Paris, Catalogus codd. hagiogr. graec. bibl. Nalionalis Paris., p. 120 et ailleurs.
2. M. Treu, Theodori Pediasimi eiusque amicorum quae exstant (Potisdamiae, 1899), p. 14-16.
3. Publié par VEseLovskis, dans le Sbornik de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. XX (1880), n. 6, p. 14-22. Autre rédaction dans le manuscrit 1190 (fol. 62-63) de la Vaticane. Catalogus codd. hagiogr. graec. bibl. Valicanae, p. 104.
MARY'S SEMINARY ει MHEOLOGY LIBRARY ἕ. ΒΑΙΤΙΜΟΒΕ. MD.
roi nommé Samuel — d'autres manuscrits l’appellent Saul. La substance de l’histoire est celle-ci : la mère de S. Théodore étant allée puiser de l’eau à la source voisine de l’antre du dragon, est enlevée par le monstre. Théodore réussit à la délivrer. La fin du récit opère de la façon suivante le raccord entre les faits qui se sont passés dans les domaines du roi Samuel et la province romaine où Théodore souffrit le martyre : ᾿Ἑτελεύτησε δὲ ὁ βασιλεὺς
(a k. \ Et LS ETECAY TOALY * HAL TYMEXE
᾿ ἌΣ \ 1 € ASS EXELYOS χαὶ μετέστη ὁ Θεούωρος ε ἰ
βασιλεὺς ἐἑλλήνων ὀνόματ! Ναξιμιανὸς χαὶ ὑπ᾽ αὐτοῦ ἐμαρτύρησεν τὴν χαλὴν ὁμολογίαν - χαὶ πιστεύσας εἰλικοινῶς ἔλαβεν τοὺς στεφάνους παρὰ τοῦ χυρίου ἡμῶν. Ἰησοῦ Χοιστοῦ... aury: L'étude de cette pièce isolée, remplie de détails absurdes, pourra tenter les amateurs de folklore!. Elle nous apparait comme une adaptation de l'épisode emprunté à la légende de S. Théodore, et non comme la première forme de ce récit, qui aurait ensuite passé dans la légende.
Nous n'avons jusqu'ici rencontré aucun texte de la Passion de $S. Théodore où l'histoire du dragon soit racontée de cette façon. Mais dans le manuscrit de Paris 1100, fol. 110-116" on la retrouve sous le titre de Μαρτύριον τοῦ ἁγίου ἐνδόξου χαὶ μεγαλομάρτυρος Θεοδώρου τοῦ τύρωνος ἢ ὅτε ἡρπάγη ἡ μητὴρ αὐτοῦ ὑπὸ τοῦ δράκοντος 3. Cette pièce commence ex abruplo : εἶθ᾽ οὕτως ἐκέλευσεν ὁ βασιλεὺς συναχθηγαι τοὺς ἄρχοντας τῆς πόλεως. Il s’agit d’un roi anonyme, comme dans les contes. L'histoire des exploits de Théodore se déroule insipide et incohérente, pour se terminer par la victoire sur le dragon. Le roi rend de grands honneurs au héros, et on ne voit pas que celui-ci ait été in-
. 7 Fr . \ SA τὰ «τὶ Ε T4} 1e !
quièté pour sa foi : Μετὰ ὃξ ταῦτα ὁ ἄγιος Θεοοωρος μετετέθη
1. Sur le combat contre le dragon dans le folklore, voir E. CosquiN, Contes populaires de Lorraine, t. 1 (Paris, 1886), p. 72-78. 2. Catalogus codd. Rhagiogr. graec. bibl. Nationalis Paris., p. 92.
= - sr rs - -" \ 1 ’ τ καὶ πιστεύσας εἰλικρινῶς ἐξ ὅλης τῆς ψυχῆς καὶ καροίας αὐτοῦ ἔλαβεν στέφανον παρὰ χυρίου (fol. 116). Quelques lignes plus bas il est néanmoins question du martyre : Τοῖς δὲ avaytγώσχουσιν αὐτοῦ τὴν τιμίαν καὶ ἁγίαν ζωὴν καὶ τὸν ἀγῶνα τοῦ
/ Ὁ ἂν ο \ / e \ \ Re V2 μαρτυρίου αὐτοῦ, χαρίσεται αὐτοὺς χύριος ὁ Θεὸς τὴν βασιλείαν 9 ἘΞ \ 5 ! Q ,. .
αὐτου τὴν ἐπουράνιον. Îl serait superflu d’insister davantage pour montrer que celte vision de la vie de S. Théodore appartient à la basse littérature apocryphe dont on ἃ
exhumé en ces derniers temps des spécimens si étonnants.
Nous n'avons pas à nous expliquer longuement sur la valeur historique des récits concernant $S. Théodore. Les plus anciens et les plus répandus, on l’a vu, se partagent en deux classes, qui ne sont indépendantes qu'en apparence. S. Théodore de part et d’autre est un militaire. Conscrit d’abord, il devient, sous la plume des hagiographes, à qui cette condition inférieure ἃ paru peu digne d’un aussi grand martyr, général d'armée. C’est ainsi qu'ils ont transformé le diacre ὃ. Laurent en archidiacre, de même qu'ils ont fait deS. Martin, au lieu du simple soldat que nous connaissons, un chef de milice‘. De part et d'autre aussi les récits conduisent le héros à Euchaïta. Enfin, dans leurs lignes fondamentales ces récits sont identiques. Le saint provoque le persécuteur par un sacrilège : il est torturé une première fois, puis réconforté par une visite céleste : enfin, son sacrifice est consommé. Les détails importent peu ici et il est visible que les légendes du stra-
1, Βίος xai πολιτεία χαὶ θαύματα τοῦ ἐν ἁγίοις πατρὸς ἡμῶν Maptivou értoχόπου Φραγγίας. Ms. de Vienne, Hist. graec. 19, fol. 67" : συμβούλιον ποιησάμενοι οἵ τε βασιλεῖς χαὶ πᾶσα ἣ TOY ῥωμαίων σύγχλητος, ἐψηφίσαντο Ναρτίνον τινὰ ἄνδρα τετορνευόμενον χαὶ ἀσχηθέντα εἰς τὴν τῶν πολεμίων γυμναgiav' χόμης τε οὗτος τὴν τύχην ἐτύγχανεν" ἐπιβάντος δὲ τοῦ πλήθους τῶν βαρβάρων χαὶ τοῦ πολέμου χοχλάζοντος, χειροτονεῖ μὲν τοῦτον στρατηλάτην ὃ βασιλεύς.
ho LÉGENDES GRECQUES DES SAINTS MILITAIRES
télate cherchent en tout à renchérir sur celles du conserit.
On se rappellera que ces dernières se ramènent toutes à la plus ancienne, celle qui est racontée dans le panégyrique attribué à 5. Grégoire de Nysse. Ce récit suppose -ἰil un document écrit, nous voulons dire des actes historiques de ὃ. Théodore? Bien que, abstraction faite de la forme oratoire, la narration porte un cachet légendaire fortement marqué, nous ne voudrions pas le nier. Nous ne l’affirmons pas non plus, car il n’y ἃ rien, dans l’ensemble, qui ne puisse avoir été puisé par l’orateur dans la tradition populaire du pays. Quoi qu'il en soit, le texte le plus ancien qui nous soit parvenu sur ὃ. Théodore, le représente comme un soldat.
Il peut être intéressant de rappeler quelques autres textes hagiographiques qui se rattachent au cycle de S. Théodore.
Les légendes postérieures à celle de Grégoire de Nysse font intervenir dans l’action, outre certains officiers et magistrats dont les noms semblent bien de l'invention des hagiographes, plusieurs pieux personnages dont quelquesuns se rencontrent plus tard ornés de l’auréole de la sainteté : Eusébie, d’abord, la femme dévote qui ensevelit le saint, puis les camarades de Théodore, Eutrope et surtout Cléonicus à qui le martyr adresse cet adieu : « Je vous attends, suivez-moi. »
La fête de S' Eusébie se célébrait à Euchaïta, au ΧΙ siècle — nous n'avons pas de documents plus anciens — le samedi de la mi-carème. Le métropolite Jean prononça ce jour-là le seul panégyrique de la sainte qui nous soit parvenu, et qui commence par ces mots carac
. . \ ’ 0 -ὉὋ7ἢ -ο LU téristiques : Περὶ ταύτης γε μέντοι, περὶ ταύτης τῆς φιλομαρ-
SAINT THÉODORE Az
τυρὸς ἔγνωμεν οὐδέν τι σαφές !. Il se décide pourtant à raconter sa légende, et notamment à vanter ses nobles origines qui la rattachent aux empereurs Maximien et Maximin.
Eusébie est-elle un personnage historique que les hagiographes ont placé à côté de S. Théodore, comme ailleurs ils ont englobé dans un même cycle ὃ. Laurent et 5. Hippolyte, par exemple ; ou bien est-elle une création purement légendaire comme on en trouve tant dans ce genre de littérature, et qui finit par passer dans le domaine de la réalité aux yeux des dévots de ὃ. Théodore ἢ Cette dernière explication est la plus probable, et l’on voudra bien se rappeler qu'un des lieux communs les plus fréquents dans les histoires de martyrs, c’est l'épisode de la sainte femme qui veille à leur sépulture ; on sait aussi que la légende aime à placer dans l'entourage des plus grands persécuteurs des femmes qui se distinguent par leurs vertus chrétiennes.
La Passion des saints Eutropius, Cleonicus et Basiliscus, groupe dont la fête se célèbre le 3 mars, se rattache très étroitement à celle de. S. Théodore 3. La colère du ciel est tombée sur le juge Publius, le bourreau de Théodore. Il est remplacé dans ses fonctions par Asclepiodotos, lequel se fait lire les Actes de S. Théodore : ἐχέλευσεν ἀναγνωσθῆναι τὰ ὑπομνήματα τοῦ ἁγίου Θεοδώρου. Il admire naturellement le courage du martyr, mais demande où sont ceux qui se trouvent cités dans ce document : Ποῦ εἰσιν οἱ ἐμφερόμενοι τοῖς ὑπομνήμασι Θεοδώρου. Et on lui amène Eutropius, Cleonicus, Basiliscus. Nous avons trouvé dans les textes,
1. P. De LaGarpr, loannis Euchailorum metropolitae quae supersunt, Ὁ. 202-207.
>. Manuscrit de Messine 30. Voir Calalogus codd. hagiographicorum graecorum monasterit δ. Salvaloris Messanensis, dans ANALECTA BOLLAN- DIANA, t. XXIII, p. 46.
tantôt Cleonicus seul, tantôt Cleonicus et Eutropius ; d'autres manuscrits leur associent sans doute Basiliscus. Pour les unir plus étroitement encore à ὃ. Théodore,
on en fait des parents du saint, συστρατιῶται καὶ συγγεγεῖς τοῦ dytou!. Dans le texte de la Passion que nous publions (Appendice VI), Eutropius et Cleonicus sont fils de la même mère ; Basiliscus est le neveu de Théodore. Mais tous les trois sont liés d’une telle amitié qu'ils se donnent le nom de frères. Les deux premiers étaient Cappadociens ; Basiliseus était, comme Théodore, originaire de Chumiala. Les interrogatoires et les supplices rappeilent les légendes de S. Théodore, et l’on y chercherait en vain un trait historique. La fin de la pièce donne quelques indications qui ne sont pas à négliger, bien qu’elles ne suffisent pas à résoudre les questions que l’on | peut se poser au sujet des trois saints. Eutropius et Cleonicus seuls sont mis à mort cette fois; Basiliscus est réservé pour plus tard. Eutropius est enterré par un certain Belonicus dans une de ses possessions nommée Θέρμα, à 18 milles d'Amasée ; Cleonicus est déposé par un nommé Quintus dans un endroitappelé Kiuz, à 30 milles d'Amasée, et l’auteur dit que sur les tombeaux des martyrs se font de grands miracles.
Si l’on pouvait s’en rapporter à l’hagiographe sur l'existence des deux sanctuaires aux environs d’Amasée, il faudrait dire que l’on a mis en relations avec ὃ. Théodore des saints parfaitement authentiques qui, primitivement, étaient étrangers à son histoire. C’est un procédé très usité en hagiographie et il suffit de parcourir les cycles des martyrs romains pour en rencontrer plusieurs exemples. Dans cette hypothèse, on n'aurait