À. Tuer, Episltulae romanorum ponlificum, €. T, p
mière légende avait cours ; on ignore si elle avait dès lors été l’objet d'un essai de correction. Maïs on sera d'accord pour dire que la première légende, telle qu’elle nous est connue, se signalait comme d'elle-même à la défiance des fidèles. Parmi les canons du patriarche Nicéphore, il en est un qui répète la défense du décret gélasien : τὰ δύο μαρτύρια τοῦ ἁγίου Γεωργίου καὶ τῶν ἁγίων Κηρύχου καὶ ᾿Ιουλίττης... οὐ δεῖ δέεσθαι 1.
Si nous n'avions donc pour nous renseigner sur S. Georges que les récits des hagiographes, le grand martyr de l’église grecque devrait cesser d’être pour nous un personnage historique. Mais on peut faire valoir, pour établir son existence avec beaucoup de probabilité, la preuve d’un culle traditionnel remontant à une époque où il ne suffisait généralement pas d’une simple légende pour créer un sanctuaire. Bien que les documents ne nous permettent pas de remonter aux premières origines de celui de Lydda, il devint si promptement célèbre que l’on peut croire qu’il s’éleva sur la tombe d'un martyr local dont les Actes n’ont jamais été écrits ou sont rapidement tombés dans l'oubli.
On a tenté maintes fois, celase comprend, de donner à la figure trop indécise du martyr de Lydda, des contours plus nettement tracés, en l'identifiant avec tel ou tel personnage dont l'existence est attestée par les historiens. Des considéralions très ingénieuses ont amené d’abord quelques érudits à reconnaître S. Georges dans le martyr anonyme — on lui ἃ donné plus tard le nom de Jean — dont parle Eusèbe (H. E. VIIT, 5), et qui paya de sa vie le crime d’avoir lacéré à Nicomédie l’édit de persécution ?.
1. Prrra, Juris ecclesiaslici graecorum historia el monumenta, &. IT, P. 582.
2. Sur cette hypothèse, voir Acta SS., april., t. IT, p. 106-108, ἢ. 26-33.
Ce qui ἃ fait songer à cette identificalion, c’est que l'on croyait devoir rattacher le martyre de ὃ. Georges à la persécution de Dioclétien. Nous avons montré comment Dioclétien a été introduit dans la légende et combien il serait peu conséquent d'accepter une pareille donnée. De plus, l'hypothèse ne rend nullement compte des honneurs rendus en Palestine à un martyr de Nicomédie et suppose gratuitement une translation de reliques.
L'étude des éléments primitifs dela légende deS. Georges a conduit quelques critiques à identifier le célèbre martyr avec l’évêque arien d'Alexandrie, Georges de Cappadoce, qui fut massacré sous Julien 1. En fait, les réminiscences de l'histoire de ce personnage paraissent incontestables, et il est difficile de ne pas reconnaître dans le récit du faux Pasicrate plus d’un acteur et même certaines scènes du drame qui eut pour héros Georges d'Alexandrie. À remarquer le nom même de Georges: sa patrie, la Cappadoce: sa qualité de militaire: le nom d’un de ses adversaires, Athanase, celui de l’impératrice Alexandra, rappelant Alexandrie, celui de Magnentius : des épisodes comme la destruction des idoles, l’ordre donné de faire disparaître les restes du martyr et ainsi de suite.
Mais cela ne suffit pas pour faire de Georges de Lydda et de Georges d'Alexandrie un seul et même personnage. La plupart des récits légendaires et artificiellement combinés empruntent quelque chose à la réalité, à des monuments écrits quelconques, ou à des tradilions courantes, Cette fois, le nom du martyr ἃ été probablement pour l'hagiographe une indication qui l’a amenéà s'inspirer des
1. Voir Acta SS., ibid., p. 112-114, n. 47-53; NVETTER, Der heilige Georg des Reinbot von Durne, Ὁ. XxXxXIV-xxxv1 ; J. FRiIEDpRICH, Der geschichtliche heilige Georg, dans Sil:sungsberichle der k. ὃ. Akademie der Wissenschaften, 1880, &. IE, p. 159-205.
gestes de Georges d'Alexandrie pour écrire l'histoire d’un homonyme. Le genre littéraire auquel appartiennent les Actes de S. Georges nous défend donc de nous arrêter à l'identification proposée, d'autant plus qu'il serait malaisé de rendre compte, d’une façon satisfaisante, de la localisation en Palestine du culte de Georges d'Alexandrie.
Une dernière tentative a été faite récemment pour reconnaître S. Georges dans un saint dont le culte ἃ des attestations très anciennes. On a affirmé que S. Georges n'était autre que ὃ. Helpidius, dont la fête tombait précisément le 25 avril, jour de S. Georges 1, On la célébrait à ‘Harrhan, en Mésopotamie, au témoignage de la pieuse femme qui fitle voyage aux lieux saints dans le dernier quart du 1v° siècle : « Nam etecclesia, quam dixi foras civilalem, dominae sorores venerabiles, ubi fuil prümilus domus Abrahae, nunc el martyrium ἰδὲ posilum est, id est saneti cuiusdam monachi nomine Helpidi. Hoc aulem nobis salis gratum evenil, ul pridie martyrium die ἰδὲ veniremus, id est sancli ipsius Helpidii, nono k. maias, ad quam diem necesse Juil undique et de omnibus Mesopotamiae finibus omnes mona chos in Charra descendere, elian et illos maiores, qui in soliludine sedebant, quos asciles vocamt, per diem ipsum, qui ibi salis granditer atlendilur, el propler memoriam, sancli Abrahae, quia domus ipsius fuit, ubi nunc ecclesia est, in qua posilum est corpus ipsius sancli martyris ?. » IL y ἃ dans la date une curieuse coïncidence. Maïs 1] paraît bien difficile de s’en contenter. On n'explique point comment Helpidius ἃ pu finir par s'appeler Georges, ou comment le centre de son culte se serait transporté de Mésopotamie en Palestine.
1. H. THURSTON, S. George dans ΤῊΝ Monru, t. LXXIV (1892), p. 480-82 ; ibid., t. CIX (1907), p. 2375-38. 2. GEYER, /linera Hierosolymitana, p. 65.
Nous n'avons point, dans ce qui précède, invoqué le témoignage du martyrologe hiéronymien. Ce n’est pas sans raison. [| nous paraît assez malaisé, en effet, de soutenir que le nom de. Georges figurait dans le martyrologe oriental qui est la source de l'hiéronymien. Dans les rédactions actuelles, aux 15, 25, 24, 25 avril et au 7 mai, sa mention semble bien se présenter comme une addition postérieure, et les notices du 25 avril : El in Persida civilate Diospoli passio sancli Georgii (Bern.), el in Persida passio sancli Georgi mar. (Eplern.), sont formulées de façon à rappeler assez clairement qu'elles dérivent de Ia légende du faux Pasicrate et nullement d’un martyrologe local. Le silence du martyrologe oriental n’est point, il ne faut pas l'oublier, un argument contre l'existence du culte de S. Georges. Des martyrs très authentiques et très honorés dans l'antiquité chrétienne n’y ont point trouvé place.
L'examen qui précède n’a pas épuisé la série des pièces hagiographiques —— je parle de celles qui sont à la portée des érudits — concernant le célèbre martyr. Mais celles qui resteraient à considérer, ou dépendent directement des précédentes, ou ne nous apprennent rien sur la Passion du saint. Ainsi l’homélie d’Arcadius, évêque de Chypre, εἰς τὸν ἅγιον μεγαλομάρτυρα Γεώργιον, dont il y ἃ deux exemplaires à la Bibliothèque nationale de Paris. La date du 5 novembre à laquelle elle devait être lue, et le début même, indiquent assez son objet : Συγχαλεῖ πάλιν
1. Mss. Coislin 146, fol. 85-90 ἡ, Coislin, 306, fol. 205 ἡ, 208". Voir Calalogus codd. hagiogr. graecorum bibliothecae Nationalis Parisiensis, pp. 300, 319. Il a été publié, d’après un manuscrit du mont Athos, dans Dukakis, Méyas συναξαριστής, avril (Athènes, 1892), p. 375-378.
po LEGENDES GRECQUES DES SAINTS MILITAIRES
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VIXOS ἀσρτυς τῆς ἀληθείας Γεώργιος εἰς τὸ με ya τοῦτο χαὶ TVEUματικὸν καὶ πανίερον τέμενος, πάλιν δὲ ἐφέλκεται πρὸς ἑαυτὴν ἡ ἐτήσιος καὶ Evous ἑορτὴ τὰ φιλόχριστα πλήθη εὐεργετῆσαι συνήθω; εθέλουτα - ἐπέστη πάλιν τῶν ἱεοῶν ἐγκαινίων ὁ σύλλογος θείων δωρεῶν γινόμενος πρόξενος. C'est, comme on le voit, un sermon pour la fête ἐξ ᾿ dédicace de S. Georges de Lydda, qui se célébrait dans tout le pays grec !, prononcé dans une église du saint, probablement en Chypre. On peut citer encore les deux panégyriques de Jean Mauropous, presque entièrement parénétiques? et enfin les récits de miracles, qui sont parfois intéressants par les traits de mœurs qu'ils renferment ou par des détails historiques éclairant l'époque où ils furent écrits.
Parmi ces histoires merveilleuses, il en est une que l’on 1e peut passer sous silence, tant fut considérable la fortune qui lui était réservée en Occident. À vrai dire, elle se présente plutôt comme un épisode de la vie du saint que comme un de ces faits habituellement classés dans la catésorie des miracles. Il s’agit de la victoire de Georges sur le dragon, dont le récit séparé, qui ἃ été publiéà d'après une copie du xiv° siècle, se trouve très rarement dans les manuscrits grecs ἔς « En ce temps-là il y avait un roi nommé Selbios, méchant et idolâtre, et près de la ville un lac, et dans le lac un affreux dragon... » Le conte du héros qui délivre la fille du τοὶ et débarrasse le pays du