Bibliotheca Casinensis, L, IT, florilegium, p
ἡ. 1. ARMITAGE RoBixsoN, Teæls and Sludies (Cambridge, 1891), Ι
de l’empereur. » Flavianus, inspiré par le démon, interroge Procope, et essaie, par ses discours, d’ébranler sa fermeté.
La harangue du juge est suivie d’un long discours du martyr, qui l’exhorte à reconnaître le Dieu créateur. Parmi les arguments qu'il fait valoir, il y a l'avis des philosophes, Hermès Trismégiste, Homère, Platon, Aristote, Socrate, Galenus, Scamandrus, quitous proclament l'unité de Dieu. Après quelques considérations sur la foi chrétienne, il est interrompu par le juge qui reprend ses exhortations entremêlées de menaces.
Alors recommence une longue dissertation, sur un ton parfois sarcastique, où le martyr développe surtout les inconséquences de l’idolàätrie ; il prévient même les objections de l’adversaire et y répond ; l’interrogatoire prend les allures d’une discussion académique.
Lorsqu'elle est terminée, le juge fait commencer le supplice. On suspend le martyr ; ‘on lui racle les côtes, on avive ses blessures en les couvrant de sel et en les frottant d’un dur cilice. Les bourreaux lui déchirent le visage avec des ongles de fer jusqu'à le rendre méconnaissable et lui brisent les os. Ordre est donné au « speculator » Archelaus de décapiter le martyr. Mais les mains lui tombent paralvysées et il expire.
Furieux, Flavianus envoie Procope en prison, chargé de chaînes. Le martyr récite une longue prière. Le Christ lui apparaît sous la forme d’un ange, et le guérit de ses blessures.
Trois jours après, nouvel interrogatoire, au cours duquel Flavianus lui reproche d’avoir eu recours à la magie pour tuer Archelaus et faire disparaître la trace de ses propres blessures. Puis 1] le fait suspendre et fouetter avec des nerfs de bœuf: les bourreaux lui mettent sur le
dos des charbons ardents et renouvellent toutes ses blessures en y enfonçant des clous rougis au feu.
Le martyr ne cesse de parler et accable le juge de reproches et d’injures auxquelles Flavianus répond par de nouveaux supplices. Le dialogue se poursuit et l’on continue à enfoncer dans les chairs du martyr des pointes rougies au feu.
Enfin, Flavianus invente un nouveau supplice. Il fait apporter un petit autel. Le martyr doit étendre la main remplie de charbons ardents. On y jette de l’encens. « Si vous jetez l’encens allumé sur l'autel, dit Flavianus, vous avez immolé aux dieux. » Procope reste inébranlable et sa main demeure immobile. Il pleure ; mais ce ne sont pas ses souffrances qui lui arrachent des larmes, c’est l’obstination de Flavianus. Celui-ci, confondu, prononce la sentence de mort.
Le bienheureux Procope est conduit hors ville pour être exécuté. Il demande qu’on lui accorde une heure, et prononce encore une longue prière, après laquelle 1] reçoit enfin le coup fatal. Les chrétiens enlèvent le saint corps et le déposent en un lieu convenable.
Le rédacteur de cette légende avait évidemment entre les mains le récit d'Eusèbe. IL en ἃ gardé le moins possible, mais on reconnait encore le premier martyr de Palestine dans ce Procope, né à Aelia, menant une vie aus- (ère, exerçant des fonctions ecclésiastiques, et condamné par le juge Flavianus au supplice du glaive. Il est vrai qu'il faut y regarder de près et que la longue histoire du martyre ne ressemble plus en rien à celle que nous connaissons par Eusèbe et quis’achève en quelque lignes. Elle
a été inventée d’un bout à l’autre par l'hagiographe qui en a empruntéles grands traits aux légendes célèbres que nous avons déjà analysées, et qui ἃ eu recours, pour le remplissage, aux procédés ordinaires de la rhétorique. On reconnait immédiatement les réminiscences suivantes : l’édit de persécution, la prière du martyr, la prison après un premier supplice, l'apparition du Christ, la guérison miraculeuse, le reproche de magie qu'elle provoque de la part du persécuteur. La dernière scène, celle des charbons ardents placés sur la main du martyr, est un nouvel emprunt dont tout le monde connait la source 1.
Nous venons de voir les libertés qu'un hagiographe n'a pas craint de prendre avec le récit d'Eusèbe. Il s’en est trouvé un autre pour trailer avec la même désinvolture son récit à lui et pour achever la transformation commencée.
La seconde légende de S. Procope se trouve dans un grand nombre de manuscrits où on la rencontre plus ou moins complète, suivant le caprice des copistes qui lont parfois abrégée. M. Papadopoulos-Kerameus l’a publiée d'après un manuscrit de Vatopedi?. Cet exemplaire est écourté. Il y manque notamment un long épisode, que nous publions ci-après (Appendice VIT), d'après le manuscrit de Paris grec 897, celui dont nous nous servons également pour analyser la légende*. Elle estcomposée de deux parties, dont la première se déroule sous le gouvernement
1. Passio 5. Barlaam, dans ANALECTA BOLLANDIANA, t. XXII, p. 1599-45.
2. ᾿Ανάλεχτα ἱεροσολυμιτιχῆς σταχυολογίας, Lt. V (Saint-Pétersbourg, 1898), p. 1-27.
3. Calalogus codd. hagiogr. graec. bibliothecae Nalionalis Parisiensis, Ῥ. 49. Sur un fragment de cette passion, plusieurs fois publié d’après des feuillets détachés, voir ce que nous avons écrit dans les Analecta Bollandiana, t. NNIT, p. 408-710.
d’un nommé Οὐλχίων, et dans laquelle le martyr porte d'abord le nom de Néanias. La seconde se passe sous Flavianus, le persécuteur déjà connu ; toutes les scènes dont elle est faite sont empruntées à la légende précédente.
Dioclétien déchaîne une terrible persécution contre les chrétiens. Texte de l'édit. L'empereur se rend en Égypte, où il met en déroute l’usurpateur Achille. De là il va visiter Antioche, où il reçoit du sénat une sorte de profession de foi idolätrique.
Il y avait alors à Aelia, ou Jérusalem, une femme nommée Théodosie, συγχλητικὴ πρώτη τῆς πόλεως. SON Mari, un chrélien nommé Christophe, était mort; son fils Néanias était païen comme elle. Elle le conduisit à Antioche, en présence de l’empereur, qui le créa duc d'Alexandrie. Il lui recommanda au moment d'aller rejoindre son poste, de rechercher activement les chrétiens et de les punir avec sévérité. Dioclétien lui résume la vie du Christ avec des commentaires à sa façon.
Néanias s’en va avec ses soldats, et passe par Apamée. Durant la nuit, à trente stades de cette ville, un tremblement de terre se fait sentir accompagné d’éclairs. Une voix sort de la nue: (Où vas-tu, Néanias ? » En même temps se montre à lui une croix de cristal, et il entend ces pa-
. roles : « Je suis Jésus le crucifié, le fils de Dieu. » La voix reprend : «Tu me seras un vase d'élection » et « Par ce signe tu seras victorieux. »
Néanias subjugué se rend avec ses soldats à Scythopolis, et fait fabriquer par un certain Marc une croix en or et en argent, semblable à celle de la vision. Dès qu'elle fut terminée, on y vit paraître trois images avec les noms, en hébreu, d'Emmanuel, Michael, Gabriel(r). Armé de la croix
1, Ji faut rappeler ici la formule X MF qui a tant tourmenté les épigraphistes. L'interprétation de pe Rossi (Bulletlino di archeologia
δή LÉGENDES GRECQUES DES SAINTS MILITAIRES
miraculeuse, Néanias met en fuite une troupe d'Agaréniens el en tue six mille.
Alors il se rend auprès de sa mère, et brise toutes ses . idoles, dont il distribue aux pauvres la matière précieuse. La mère effrayée va dénoncer son fils à Dioclélien ; celuici la console en lui permettant de choisir parmi les sénateurs qui elle voudra pour lui tenir lieu de fils. En même temps il envoie une lettre au gouverneur Oulcion, le chargeant d'interroger Néanias et de le faire périr dans les tourments s’il persiste dans son impiété. Néanias prend connaissance de la lettre de l’empereur, la déchire en mille pièces et sé déclare chrétien. Le gouverneur ordonne de l’enchaîner et de le conduire à Césarée.
Oulcion prend place sur son tribunal, ordonne de suspendre Néanias et de le tourmenter avec des ongles de fer. Lorsque les bourreaux sont fatigués et que tous les os du martyr sont mis à nu, on le ramène en prison. Il y est visité par les anges, favorisé également d'une apparition du Christ, qui le baptise, change son nom en celui de Procope et guérit toutes ses blessures.
Le lendemain, nouvel interrogatoire. Le gouverneur attribue la guérison du martyr à la puissance des dieux. Aussitôt Procope demande à être conduit au temple. Le juge impie et le peuple s'imaginent que la constance du martyr fléchit et qu'il va sacrifier aux dieux. Procope est donc mené au temple en grande pompe. Mais loin de renier sa foi chrétienne, il met en pièces les idoles par la vertu du signe de la croix.
crisliana, 1870, pp. 25-31); Χ(ριστὸς) Ν(ιχαὴλ Γ(αβριὴλ) ἃ élé déclarée récemment encore plus ingénieuse que plausible (Th. Reinacu, dans le Byzantinische Zeitschrift, 1900, p. 6o.) Voici pourtant un texte probablement antérieur au vi siècle qui semble donner raison à l'illustre archéologue.
Suivent deux longs épisodes. Le premier est celui de la conversion des soldats. 115 vont trouver Procope dans sa prison. Procope obtient de son geôlier de les conduire à l’évêque Léontios. L'évêque les baptise et le martyr rentre en prison. [Il confirme dans la foi les nouveaux chrétiens qui sont ensuite martyrisés sous ses yeux.
Comme pendant au récit du martyre des soldats l’hagiographe introduit l'histoire de douze dames de rang sénatorial qui, à leur tour, embrassent Ia foi du Christ et périssent dans d’affreux supplices. Théodosie, la mère de Procope, touchée par le spectacle de leur constance, se convertit également et meurt avec elles.
Peu après, le gouverneur Oulcion contracte une fièvre maligne. [Il expire et Flavianus prend sa place à Césarée. Le martyr est cité à son tribunal et alors, comme nous l'avons dit, se déroulent presque toutes les scènes de la première légende. ;
Il serait sans intérêt de comparer au texte du manuscrit 897 d’autres rédactions de la même Passion, les unes très développées, comme celle 1 du ms. de Paris 1447, fol. 269- 288, les autres notablement condensées, comme celle 3 du ms. Coislin 121, fol. 124-129". Niles contours ni aucun détail important de la seconde légende n’en seraient modifiés.
L'intérêt de cette seconde légende consiste en ce que la physionomie du martyr s’y trouve essentiellement transformée. Le clerc de léglise de Seythopolis disparaît complètement et un nouveau personnage se substitue à lui. Il s'appelait d’abord Néanias, et Néanias était militaire. On
1. Catalogus codd. hagiogr. graecorum bibliolhecae Nalionalis Pari- Siensis, P. το 2. Ibid., p. 207.
peutse demander si la légende de Néanias n’a pas d’abord circulé à l’état isolé. Ce qui le donnerait à croire, c’est qu'elle se détache de l’ensemble avec la plus grande facilité et forme en elle-même un tout complet, auquel il ne manque qu'un dénouement.
On a pu constater qu’elle est conçue dans le même goût que la précédente. Outre les incidents qui rappellent la conversion de S. Paul, la vision de Constantin, certaines réminiscences de la Passion de S. Polycarpe, on y trouve beaucoup de traits communs aux légendes de S. Georges
et de S. Théodore, et toute l'allure de la narration est celle de ces récits fameux. Du texte d'Eusèbe il ne reste plus dans la seconde légende que quelques noms propres.
Il y aurait lieu de chercher si la forme primitive de cette légende n'offrait pas une ressemblance de plus avec celles de 5. Georges et de S. Théodore, où Pasicrate d'une part, Augarus de l’autre jouent le rôle de rédacteurs témoins oculaires et garantissent solennellement la vérité des faits. Nous n’en avons pas de preuve directe, mais voici un indice important. La Passion deS. Procope ἃ été maladroïtement adaptée à un martyr de Sardaigne, ὃ. Ephysius de Cagliari 1. Or, la Passion de S. Ephysius se termine par cette phrase : Cuius passionem ego presbyler Marcus dum à principio usque ad finem oculis meis vidissem oralu ipsius beali martyris Ephysi fideliler veracilerque descripsi praesentibus atque posleris profuluram?. Pareille déclaration est si parfaitement dans le style, qu'on ne peut s'empêcher de la croire empruntée, sauf les modifications voulues, à la pièce qui a servi de modèle.
La transformation de S. Procope ἃ été complète et définitive. Au vur siècle S. Procope était déjà connu de tous
1. Voir Les Légendes hagiographiques, p. 162. 2. Analecta Bollandiana, t. I, p. 8377.
sous le type du militaire, et ses actes, tels que nous venons de les analyser, étaient lus, en partie, devant les Pères du second concile de Nicée f.
La troisième légende de ὃ. Procope ne diffère pas essentiellement de la précédente, mais elle la consacre sous une forme littéraire qui la met désormais à l'abri de la fantaisie des hagiographes et des copistes. Elle ἃ été incorporée dans le recueil de Métaphraste, et comme la légende de ὃ. Georges, elle y paraît en deux rédactions. La première, Διοχλητιανοῦ καὶ Μαξ μι ανοῦ τὴν αὐτοχράτοοα Ῥωμαίοις διεπόντων ἀρχήν, est inédite, mais ἃ été traduite en latin 3 C’est la rédaction des manuscrits de Paris 1474 et 1516? de la Vaticane 679, 823 *. La seconde est le texte des Acta Sanclorum., Διοχ)ιηπτιανοῦ χαὶ Μαξιμιανοῦ τὴν βασιλείαν ἰθυνόντων ἀρχήν ὅ représenté par un nombre de manuscrits plus considérable. On la trouve dans les manuscrits de Paris 1470, 1527, 1528, 1548, Supplément grec 9166, dans les manuscrits de la Vaticane 820, 822, 2043, Ottobon. 877. Nous avons parlé ailleurs du texte métaphrastique de la légende de S. Procope ὃ et une comparaison minutieuse des deux rédactions, tout en offrant un intérêt réel pour