‹ Les légendes grecques des saints militairesChapitre 48 sur 138 · Acta Sanctorum, oct., t. IV, p · texte numérisé non relu

Acta Sanctorum, oct., t. IV, p

h. THEOPHYLACTE SIMOCATTA, Hist., VII, 2, 3, DE Book, p. 249.

CHAPETRHE YF CONCLUSION

Le culte de tous les saints dont nous venons d'étudier les actes peut revendiquer une haute antiquité. Les chroniqueurs et les pèlerins, les inscriptions et les monuments figurés, l’attestent avec une entière certitude. On voudrait, en remontant la série des témoignages, atteindre l'époque même du martyre de chacun d'eux, et le moment où les honneurs publics commencèrent à leur être rendus dans l’église particulière qu'ils illustrèrent par leur sacrifice. Sauf un seul cas, celui de 5. Procope, sur l'histoire duquel nous sommes renseignés par un document contemporain, les plus anciennes attestations concernant les saints mililaires sont séparées des événements par l'intervalle de plusieurs générations.

Mais si l’on veut bien réfléchir aux circonstances toutes fortuites qui nous ont conservé, non pas même le texte original mais une version d'un récit d'Eusèbe, pour nous permettre de retrouver sous la cuirasse de Procope le stratélate l'humble clerc de Seythopolis et le premier des martyrs de Palestine, on évitera d'énoncer des conclusions trop absolues. S'empresser de tirer d'un défaut d'information ultérieure des indices qui tendraient à jeter la suspicion sur le culte des autres saints militaires serait peu logique. Ajoutons qu'il faut s'en garder d'autant plus que, dans leur ensemble, nos documents ne nous

reportent nullement à quelqu'une de ces périodes de

l'histoire de l’Église où l'obscurité des origines d’un culte suffit à autoriser les plus graves défiances.

Si Eusèbe nous faisait défaut, nous en serions réduits à juger de S. Procope sur son histoire fabuleuse, et nous comprendrions moins aisément à quel point l'intempérance et la hardiesse de certains hagiographes parviennent à défigurer la physionomie des saints. On reconnaitra sans difficulté que les légendes étudiées plus haut appartiennent toutes à une même catégorie, et que à part quelques traces à peine perceptibles, on n'y découvre aucun vestige de tradition historique. Toutes ces composilions sont purement artificielles, agencées au moyen des clichés conventionnels que se passent les hagiographes : interrogatoires, descriptions de tourments épouvantables, visions et miracles, avec quelques traits particuliers pouvant servir à caractériser une classe de Passions, tels que la guérison miraculeuse du martyr comme moyen d’introduire de nouvelles scènes de torture, la présence d’un serviteur du saint qui est censé avoir écrit la relation ou l'avoir inspirée, et ainsi de suite.

Ce n’est point dans de pareils documents que l’on peut se flatter de trouver le moindre renseignement sur la personne ou l'histoire des saints. Parmi les saints militaires, deux au moins, Procope et Démétrius n'ont eu rien de commun avec l’armée. Nous ne voyons aucune raison qui nous oblige à admettre que $. Georges etS. Mercure, — on serait presque tenté d'ajouter S. Théodore — aient des titres plus sérieux à figurer parmi les guerriers. Il en est de même de beaucoup d’autres saints qui ont une légende mililaire, et qui n’ont vraisemblablement été enrôlés que par une fantaisie de l'hagiographe. Les métamorphoses de cette espèce sont loin d’être rares. Dans les cycles romains, par exemple, S. Hippolyte prêtre ou évêque est également

transformé en soldat !, et c’est en qualité de gardien de S. Laurent qu'il figure dans la Passion de ce martyr. Dans le cas des saints Nérée et Achillée, le travestissement s'opère en sens inverse ?. D’après la tradition la plus ancienne, ils étaient soldats : mnililiae nomen dederant *; dans la légende postérieure, ce sont deux eunuques. [Il y a une transformation analogue dans la légende des saints Cyr et Jean 1.

Reste à savoir comment on a été amené à se représenter, sous l’habit militaire, les martyrs les plus populaires de l'Église grecque.

On a proposé récemment une solution assez spécieuse de ce problème intéressant. Lucius définit les saints mililaires ceux dont la principale fonction est de protéger une ville ou un pays. Cette définition un peu arbitraire l’entraine d’abord à dresser une liste bien étrange des saints militaires. Outre S. Démétrius, ὃ. Georges, S. Théodore, S. Serge, on y voit figurer δ΄. Thècle et 165 apôtres Jean. Philippe et Thomas. Mais ce qui est capital, c'est que ces grands saints ne sont autre chose pour lui, que les héritiers des divinités païennes, honorées, avant eux. au lieu même où se dressait leur principal sanctuaire ?.

Il serait inutile de suivre cette théorie dans le détail. Elle n'explique rien. Évidemment, par le fait que la religion chrétienne s’est établie dans le monde romain sur les ruines du paganisme, n'importe quel sanctuaire chrétien s’est élevé dans une ville donnée, à côté d’un temple

Lu

. Bibliotheca hagiographica latina, 4753.

. Bibliotheca hagiographica latina, 6063.

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