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Réminiscences et survivances païennes, 206

On a vu aussi dans la fête de la Purification la transformation, en cérémonie chrétienne, des Lupercales. Or, celles-ci se célébraient non le 2, mais le 15 février ^

Les coïncidences sont beaucoup plus difficiles à constater lorsque Ton compare, avec le nôtre, les calendriers grec ou asiatiques, et des systèmes de fêtes totalement différents. Ainsi, à Athènes, la fête des dieux et des héros n'était pas seulement célébrée à une date fixe, mais la même date de chaque mois leur était consacrée ^. Ces multiples commémoraisons augmentent naturellement la possibilité des coïncidences, et Ton comprend qu'il ne faille pas se hâter d'établir un lien entre deux fêtes qui tomberaient le même jour.

Nous avons dit plus haut combien est illusoire la méthode qui, sous les vocables chrétiens de certains vieux sanctuaires, prétend reconnaître le nom primitif de la divinité tutélaire des mêmes lieux. U est également fort dangereux de vouloir dégager la date inconnue d'une fête païenne en partant des données

1. Mabquàbdt, Le culte chez les Bomains, t. II, p. 179-183. A. Du- 70UBCQ, Études sur les Gesta mckrtyrumj Paris, 1900, p. 207, se demande si la date de la fête de saint Hippolyte, 13 août, ne aérait pas déterminée parcelle de la fête païenne Dianae in Aven- Uno (Mabquardt, op, cit, t. H, p. 373). Le lien qu^il établit entre les deux fêtes est des plus légers et le 13 août est certainement la date de l'anniversaire de la mort de saint Hippolyte.

2. Chr. Petkrseîî, Ueber die Geburtstagsfeier bei den Ghriechen^ Leipzig, 1857, p. 313-314. Cf. A. Mommsbn, Feste der Stadt Athrn, Leipzig, 1898, p. 1-5.

chrétiennes que l'on suppose avoir quelque relation avec cette fête ^ Les essais qui ont été faits en ce genre, j'en demande pardon aux auteurs qui y ont déployé une remarquable ingéniosité, m'ont toujour» paru particulièrement malheureux. En voici un exemple récent. Une série de déductions tirées de la survivance du culte des Dioscures permettrait de constater l'existence, dès l'antiquité la plus reculée^ d'une fête mensuelle des deux héros, tombant^ comme c'était l'usage, à la même date du mois^ le 18 ou le 19. Résumons l'argumentation qui conduit à cette découverte inattendue * :

On commence par établir qu'une série de saints ne sont autre chose que Castor et Pollux sous un déguisement chrétien; puis on rapproche les dates de leurs fêtes dans le tableau suivant :

19 avril, saint Dioscore ; 19 mai, saint Polyeucte ;

18 juin, saints Marc et MarcelUen ;

19 juin, saint Jude-Thomas et saints Gervais et

Protais ; 18 août, saints Florus et Laurus ;

1. M. H. UsENER n^est pas de cet avis. Voici comment il s'exprime : « Die christlichen Heiligen, die an die Stellen von Gt^ttem gesetzt worden sind, gestatten uns in ikrem Gedenktag die Zeit des ursprûngliclien Grôtterfestes mit Sicherheit zu erkennen und dadurch das Wesen des Festes und der Qottheit zTi ermitteln. » Archiv fur Béligionswissenschaftj t. VII, 1904, p. 14»

2. J. RENDEL-HABRiSjTAe Dioscuri in the Christian Légende, London, 1903, p. 62.

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18 septembre, saint Castor;

18 décembre, saint Castulus ;

19 décembre, saint Polyeucte.

Je crois avoir montré ailleurs qu'aucun de ces saints n'a rien de commun avec les Dioscures ^ Presque tous sont des personnalités historiques bien définies ; leur culte est régulièrement établi et repose sur une base traditionnelle. Ajoutez qu'aucun Dioscore ne se rencontre au 19 avril dans les martyrologes. On aura voulu dire le 18 mai ; ce jour-là on célébrait, en Egypte, la mémoire de saint Dioscore lecteur. Le 19 mai n'est pas le jour du martyre de saint Polyeucte. Ce saint est le second du groupe Timothée et Polyeucte, fixés au 20 par le martyrologe syriaque. C'est par une vulgaire erreur de copiste qu'ils se sont glissés également parmi les martyrs du 19.

Mais faisons abstraction de toutes ces difficultés ; mettons qu'il puisse y avoir un certain lien — il n'y en a aucun, retenons-le, — entre les Dioscures et les saints que nous avons énumérés. Supposons qu'ils soient célébrés le même jour du mois, soit le 18. Serà-t-on en droit de conclure que la fête des Dioscures était probablement fixée au 18 de chaque mois ? Nullement, car il saute aux yeux que la date du 18 dans le calendrier julien ne correspond pas du tout au 18 dans les calendriers grecs, syriens ou asiatiques, d'après lesquels la fête de Castor et

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