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2. Pour donner une idée des trouvailles que Ton pourra faire encore en ce genre, je citerai une page du recueil, si célèbre au moyen âge, où saint Grégoire a réuni tant de récits étranges»
Réminiscences et survivances païennes. 211
Mais, que ces matériaux aient été employés à l'état brut ou qu'on leur ait préalablement donné une empreinte chrétienne, il n'y a pas lieu, en général, de paarler d'infiltration païenne ni de survivance. Ce n'est point l'élément religieux dont on constate l'action en pareille occurrence; c'est le courant littéraire, charriant des décombres antiques.
Le problème à résoudre revient à savoir si une légende chrétienne perpétue, en quelque manière, un fait religieux du paganisme, en d'autres termes, si elle est l'expression d'un culte antique, toujours vivant sous une forme chrétienne. Il faut donc dès
histoires de saints, anecdotes pienses^visions et révélations, dont, avec une candeur admirable, il entretient son diacre Pierre. Le chapitre XXXVI du livre IV des Dialogues porte un titre singulier : De his qui quasi per errorem edud videntur e corpore. Un des traits que saint Grégoire y rapporte fait bien comprendre ce titre. Le saint le tenait de la bouche d'un certain Etienne, qui le racontait comme un fait personnel. Etienne était mort et avait vu son âme conduite aux enfers. Présenté « au juge qm siégeait là > il ne fut point reçu. « Ce n'est pas celui-là que j'ai fait amener, dit le juge, mais Etienne le forgeron. » Aussitôt l'âme du mort fut ramenée dans son corps, et le forgeron, son homonyme et son voisin, mourut (P. L,, t. LXXVII, p. 384). Impossible de se tromper. L'ami de saint Grégoire était un personnage peu scrupuleux qui se vantait d'avoir été le héros d'une histoire qu'il avait lue dans les livres. Sans parler de saint Augustin, Plutarque avait pu la lui apprendre, et mieux encore Lucien dans son Philopseudes, où Cléomène raconte de la même manière que, conduit aux enfers devant le tribunal de Pluton, il fut renvoyé sur la terre, et qu'on ramena à sa place un de ses voisins, le forgeron Démyle. Voir E. Bohdb, Psyché^ 2* Aufl., t. II, p. 363 ; L. Badermachbb, Aus Lucians Lugenfreundy dans Fesischrift Theodor Gompers dargebraeht, Wien, 1902, p. 204.
l'abord écarter les légendes indépendantes de toute manifestation cultuelle. Dans les recueils hagiographiques tels que les ménologes et les passionnaires^ dans les compilations comme les synaxaires et les martyrologes, il y a bien des noms et des pièces qui ne représentent qu'une tradition littéraire. Celle-ci peut remonter jusqu'à l'antiquité sans qu'il doive être question de discuter l'influence du paganisme.
Parlons donc des saints dont le culte est attesté par une église élevée en leur honneur, par une fête régulièrement observée ou par des reliques présentées à la vénération des fidèles.
Trois cas sont à considérer :
En premier lieu, il peut arriver que des légendes, dont la dépendance purement littéraire vis-à-vis de l'antiquité païenne est constatée, finissent par donner naissance à un culte. L'histoire des Sept Dormants est, à l'origine, un roman pieux qui, insensiblement, quitte le domaine de la littérature pour passer sur le terrain de la liturgie ^ Les héros d'un pur récit d'imagination sont honorés comme des saints dont on désigne la sépulture et dont on se procure des reliques. Barlaam et Joasaph, personnages principaux d'un roman bouddhique, sont, bien tardivement, arrivés aux mêmes honneurs. Mais leur culte, artificiellement créé, ne plonge pas ses racines dans le passé lointain du Bouddhisme, pas plus que celui des Sept Dormants n'est la continuation d'un fait religieux du polythéisme grec.