Acta SS.y iul., t. VI, p
Béminiscences et survivances pcCiennes 213
Second cas. Une légende de couleur païenne a pour objet un saint authentique dont le culte est établi antérieurement à cette légende et indépendamment d'elle. La question qui se pose alors n'est pas toujours aisée à résoudre. Il se peut, en effet, que l'élément fabuleux se soit mêlé à l'histoire du saint simplement en vertu de cette loi fatale, qui rattache à des personnages illustres des traits légendaires qui n'ont par eux-mêmes aucune portée religieuse spéciale. Mais il est possible aussi que le saint ait hérité de quelque attribut du dieu local et des honneurs qu'on lui rendait. Bien de moins aisé à distinguer en pratique.
Il ne faut pas oublier, en effet, qu'une foule de pratiques, d'expressions et de thèmes d'origine incontestablement religieuse et impliquant, dans la rigueur des termes, des doctrines nettement polythéistes ont fini par perdre leur signification primitive, et sont devenus ou de simples ornements ou des formules de convention dépourvues de toute signification suspecte. Les gracieux petits génies que les peintres et les sculpteurs font grimper le long des festons et des pampres ne sont que des motifs de décoration, et le Dis Manïbus Sacrum était inscrit sans arrière-pensée en tête des inscriptions funéraires chrétiennes sans qu'on y reconnût autre chose que le début obligé du formulaire des épitaphes ^
L'histoire des saints elle-même nous fournit des
1. F. Beckeb, Die heidniêche Weiheformd D. If., Géra 1881, p. 65-67.
exemples permettant d'apprécier la portée exacte de certains faits qui, à première vue, relèvent du culte et de la religion, et, en réalité, ne s'y rattachent que par des liens fort lâches.
Les Byzantins désignaient parfois les astres par les noms des saints correspondant au jour de leur lever. L'astre du 26 octobre était celui de saint Démétrius, celui du 11 novembre était dénommé de saint Menas, celui du 14 était l'astre de saint Philippe ^. Il est difficile de voir dans ces appellations autre chose que l'expression d'une date, et je n'oserais point affirmer que les Byzantins aient cru que les saints présidaient aux astres et qu'on leur eût attribué dans le firmament des fonctions dont on avait dépossédé les dieux ^. Il me semble évident que, abstraction faite de certains usages superstitieux 3, on parlait de l'astre de saint Nicolas comme on disait chez nous l'échéance de saint Michel. Lorsque les matelots désignaient les bourrasques de l*équinoxe d'automne sous le nom c Vents Cyprianiques t^ Texpression qu'ils avaient adoptée -* témoignait de la popularité du culte de saint Cyprien, mais n'impliquait en aucune façon un acte de piété.
1. Catalogus eodicum aatrologorum graecorum, II : Codices veneto^ descripseruni G. Kboli< et A. Oliyiebi, Bruxellis, 1900, p. 214.