‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 108 sur 129 · P. Gf., t. CXIV, p · texte numérisé non relu

P. Gf., t. CXIV, p

ménologe de Métaphraste, mais remontant cer» tainement beaucoup plus haut.

Nous n'ayons pas à nous arrêter ici à discuter l'ensemble des actes de saint Lucien Mil ais il faut relever quelques détails de la légende dont on a essayé de tirer parti en faveur de la thèse que nous allons examiner.

D'abord, l'auteur de la passion raconte que le martyr souffiit le tourment de la faim quatorze jours entiers : réororapeç xcà dsKo, ràç Traoraç >7fxgpaç *. Après quelques jours de ce supplice, il annonça à ses disciples qu'il célébrerait avec eux le jour de la Théophanie, et qu'il mourrait le lendemain. Cette prophétie s'accomplit. En présence des envoyés de l'empereur, étonnés de le voir résister si longtemps, il répéta trois fois: Je suis chrétien, et rendit l'âme ^.

D'autres disent, ajoute le narrateur, qu'il fut précipité, respirant encore, au fond de la mer. Maximien, exaspéré de sa constance, avait ordonné de le jeter dans les flots, avec une lourde pierre au bras, pour qu'il fût à jamais privé des honneurs de la sépulture. Et il demeura dans la mer quatorze jours, autant qu'il en avait passé en prison : rétraapsq xat Jéna riq oiaç Ttixèpaq. Le quinzième jour, un dauphin rapporta

1. Le meilleur travail que nous ayons sur les actes de saint Lucien est celui de Pio Fbajtohi, Di un frammento di una Vita d% GosiantiiiOy extrait des Studi e documenti di storia e diritio, t. XVIII, 1897, p. 24-45.

2. Pasaio 8. Lueiani, n. 12, P. G., t. CXIV, p. 409. 8. IWrf., n. 15.

Béminiscences et survivances païennes. 219

le saint corps sur le rivage, et expira en déposant son précieux fardeau ^

Personne n'hésitera à reconnaître dans ce trait merveilleux un des motifs légendaires les plus répandus dans l'antiquité classique. Le dauphin, ami des hommes et qui les porte sur son dos soit vivants, soit morts, faisait le sujet de plus d'une fable gracieuse et d'une foule de représentations figurées *. Mélicerte, Hésiode, Arion — le dauphin qui ramena ce dernier au rivage expira également sur le sable — étaient des types populaires, et il n'est pas étonnant que leur poétique légende ait pénétré dans l'hagiographie. Le dauphin joue un rôle dans l'histoire de saint Martinien ^, de saint Oallistrate ^, de saint Arien • et d'autres encore. Cette circonstance prouve assez que l'épisode du dauphin est ici purement adventice, et n'a avec l'histoire qu'un lien accidentel et nullement mystérieux, alors môme qu'on n'arriverait pas à découvrir l'occasion qui a fait rattacher à saint Lucien cette réminiscence d'un mythe classique.

On a pensé que sur le sarcophage du martyr étaient sculptés des dauphins, et que cet ornement

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