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victime de ses séductions. Tout à coup, elle résolut de changer de vie et, soutenue par la grâce, elle renonça entièrement au démon. Elle fut admise aux saints mystères et, après son baptême, elle vécut de longues années dans les austérités, revêtue d'un cilice et enfermée dans xme prison volontaire où elle ne se laissait voir de personne.
Bien ne nous autorise à penser que cette pénitente anonyme soit devenue, après sa mort, l'objet d'un culte ecclésiastique ; la manière dont saint Jean Ghrysostome parle d'elle fait assez comprendre le contraire. Mais il est bien certain que le récit connu sous le nom de Pénitence de Pélaqgie n'est autre chose que la mise en scène du fait raconté par saint Jean Ghrysostome. lie rédacteur, qui se donne le nom de Jacques, le trouva trop simple et y introduisit le motif du travestissement, qui lui était fourni par plus d'un conte.
n est très difficile de décider si le faux Jacques se proposa primitivement d'écrire un roman édifiant où une Pélagie jouait le principal rôle, ou si, avec des données nouvelles, il entendit composer une légende à la sainte vénérée à Antioche.Des exemples illustres nous ont appris, d'une part, que la tradition historique concernant des saints locaux s'efface rapidement sous l'action du travail légendaire et, d'autre part, que les hagiographes ne reculent point devant des métamorphoses qui rendent les personnages à peu près méconnaissables. Quoi qu'il en soit, si, dans l'idée du faux Jacques, l'identité n'existait point
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entre son héroïne et sainte Pélagie d'Antioche, il était inéyitable qu'elle s'établît bientôt ^
La légende de Pélagie de Tarse en Cilicîe nous apparaît comme une résultante delà double tradition qui se rencontrait sur le nom de Pélagie. Elle rappelle par certains traits la courtisane d'Antioche, dont la renommée, au témoignage de saint Jean Chrysostome, avait pénétré jusqu'en Cilicie et qui, elle aussi, avait eu des relations avec la famille impériale. Mais elle était vierge et, par là, comme par son martyre, elle se confond avec l'antique Pélagie, dont le culte était établi dès le iv» siècle.
L'histoire de Pélagie, sous sa double forme, fit fortune et créa une floraison légendaire des plus touffues, dont il y a d'autres exemples dans la littérature hagiographique. La version du faux Jacques, la plus intéressante incontestablement et la plus colorée, fut celle qui obtint le plus de succès. La personnalité de la sainte d'Antioche, déjà bien obscurcie, s'effaça bientôt devant l'intérêt qu'on prenait à sa légende. Celle-ci se débarrassa peu à peu de toute attache historique ; le récit de la conversion lui-même fut éliminé et le résidu purement légendaire passa sous
1. Il ne faut point dire qu'aucune confusion ne s'est produite et apporter en preuve les trois saintes du nom de Pélagie enregistrées dans les synaxaires au 8 octobre. Bien que l'identité de la date explique l'erreur. Les trois notices relatives à des saintes homonymes sont le résultat d'un procédé habituel chez les compilateurs de synaxaires. Lorsque, sur le même saint, ils rencontrent deux traditions difficiles à concilier, ils le dédoublent sans plus de façon.
divers noms, reprenant ainsi la forme primitive du conte, dans le sens strict du mot, ce qui nous valut les saintes Marie ou Marine, Apollinaria,Euphrosyne, Tbeodora, qui ne sont autre chose que des répliques littéraires de la Pélagie du faux Jacques ; ou bien, comme il arriva pour sainte Eugénie, le thème de la femme qui dissimule son sexe alla contaminer des récits ayant pour objet des personnages historiques.
Nous avons exposé ce long développement, que nous regardons comme un phénomène assez vulgaire, s* expliquant par Faction normale du ferment légendaire. S'il y a un fait religieux à considérer dans tout ceci, c'est celui d'un culte traditionnel qui finit par être étouffé sous la légende. Mais le culte dont il s'agit est primitivement chrétien, chrétienne aussi la légende, quoique entremêlée d'éléments qui sont du domaine de la littérature générale. L'influence païenne ne se laisse soupçonner nulle part.
Telle n'est point, on le devine, l'interprétation acceptée par ceux qui prétendent identifier Pélagie avec Aphrodite.
Après avoir jeté un regard sur l'enchaînement des récits que nous venons de parcourir, on conclut que « cette vue d'ensemble doit faire naître dans l'esprit des plus prévenus la conviction qu'une seule et même divinité renaît sans cesse dans la multiple variété de ces légendes comme un tronc dépouillé de ses rameaux; ainsi l'image profondément imprimée dans l'âme du peuple, après avoir disparu des temples,
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continuait à tirer de ses invisibles racines les nouvelles branches qu'elle poussait de tous côtés... L'hellénisme de l'époque impériale ne connaît qu'une conception qui peut avoir produit toutes ces formes de la légende : c'est celle d'Aphrodite. H fallait arracher du cœur des fidèles la dangereuse image qui personnifiait la beauté chamelle ; on la prit telle qu'elle était, mais on la purifia dans le feu de la pénitence et du repentir, pour la rendre digne du ciel i. >
Il reste évidemment à prouver qu'Aphrodite ou Vénus n'est autre que l'héroïne de nos légendes.
Eien de plus simple. Aphrodite était la déessse de la mer et elle est connue sous une foule de vocables qui rappellent cette qualité : Aigaia, Epipontia, Thalassaia, Pontia, Euploia et enfin... Pèlagia, dont Marina n'est que la traduction.
Et c'est là le nœud de la démonstration ; et, à vrai dire, puisqu'il n'y a rien à tirer de la date des fêtes, c'est le seul argument *. Ai-je besoin d'ajouter que je le trouve faible ?
Si du moins le nom de Pélagie était inusité ou très rare comme nom de femme ; si, notamment à Antioche, source commune de toutes les formes de la légende, il avait été moins célèbre ; si, de plus, le qualificatif de « Pelagia » que l'on met en ligne était une des épithètes populaires d'Aphrodite. Mais on parvient à citer un exemple de Vénus Pelagia «,