Hiat ecd.j t. VII, o
2. H. Demoulik, Épiménide de Crète, dans BibUoihèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de VTJninersité de Liège, fasc. XII, Bmxelles, 1901, p. 95-100, où sont indiquées d^autres versions de la légende du long sommeil.
retrouvé par Jethro pendant qu'il gardait ses troupeaux. Lorsqu'il devint vieux, Jethro fit dire à Moïse de venir prendre le bâton, lequel, à l'arrivée du prophète, s'élança miraculeusement à sa rencontre. Moïse s'en servit pour y suspendre le serpent d'airain. Phinéas le reçut plus tard et l'enfouit dans le désert. Au temps de la naissance du Christ, l'endroit précis fut révélé à saint Joseph, qui retrouva le bâton lors de la fuite en Egypte. H le passa à son fils Jacob, qui le donna au traître Judas, et c'est par lui qu'il parvint entre les mains des bourreaux du Christ, qui s'en servirent pour faire la croix ^
On accordera que, réduite à ces termes, la légende du bois de la croix ne témoigne pas d'une grande richesse d'invention, bien que l'idée fondamentale de la mystérieuse continuité des deux Testaments, sur laquelle le dessin est maladroitement brodé^ lui donne quelque majesté.
La légende des trente deniers de Juda est du même goût. La monnaie fut frappée par le père d'Abraham. Abraham en acheta un champ pour sa sépulture et celle des siens. Ces espèces arrivèrent plus tard dans les mains des fils de Jacob, à qui elles furent remises par les marchands d'esclaves qui achetèrent Joseph. Les mêmes pièces leur servirent à payer le grain que Joseph leur procura en Egypte. A la mort de Jacob, elles furent données en paie-
1. Pr. KàMPBRS, MiUdalterliehe Sagen vom Paradiese und vom Hohe des Kreuzes ChrisH, Kôln, 1897, p. 89-90. Cf. W^. Metbb, Die QtschithU der Kreuzholzea vor Chrisius, dans Abhandlungen der \kademie der Wissenschafien, I Cl., t. XVI, 1881.
Le travail de la légende. 43
ment des arômes de sa sépulture, et passèrent ainsi dans le pays de Saba, où. elles restèrent jusqu'à ce que la reine de Saba les envoyât, avec d'autres dons, au temple de Salomon. De Jérusalem les deniers entrèrent en Arabie pour revenir à Jérusalem avec les rois mages. La sainte Vierge emporte l'argent en Egypte, mais le perd. La somme est retrouvée par un berger, qui la tient en réserve jusqu'à ce que, frappé de la lèpre, il aille à Jérusalem demander sa guérison au Christ. En reconnaissance, il offre les trente pièces au temple, et elles deviennent, par les mains des prêtres, le salaire de la trahison de Judas. Mais Judas se repent et restitue le prix de son crime aux prêtres, qui en donnent la moitié aux soldats chargés de la garde du tombeau du Christ, et l'autre moitié au potier pour le champ qu'ils destinent à la sépulture des étrangers ^
Par une suite de combinaisons analogues, on est arrivé à identifier avec la pierre qui servit d'oreiller au patriarche Jacob celle qui supporte le trône des rois d'Angleterre lors de leur couronnement à Westminster ^. On pourrait multiplier les exemples de ces
1. Voir, par exemple, A. G-raf, Borna neUa memoria e nélle immaginazioni ddmedio evo, Toiino, 1883, t. H, p. 462-463; L. Db Feis, Le monete dd prezzo di Giuda, dans 8ttAdi Religiosiyt. II, 1902, p. 412-430, 506-521. — A signaler, en passant, la version de la légende des trente deniers dans Salomon de Baarah, The Book of thé Bee, éd. E. A. W, Budgb, Oxford, 1886, p. 94 et suiv.
2. J.-H. Riyett-Carna.c, La piedra de la coronaciôn en la abadia de Westminster y suconexion legendaria con Santiago de Compostera, dans Boletin de la real academia de la Historia, t. XL, 1902, p. 480-438.
puérils enchaînements de réminisoenoes historiques aboutissant à former des récits en apparence fort étudiés, qui sont, en réalité, à^xme simplicité enfantine.
Les fantaisies de Timagination populaire ne se sont pas seulement produites autour.des noms et des grands faits de l'histoire sacrée. Elle s'est souvent donné Ubre carrière en racontant l'histoire de certains saints célèbres, que la vue de leurs tombeaux et le culte toujours vivant ne permettaient ni de négliger ni de confondre. Le procédé tout indiqué était de les grouper, d'imaginer entre eux des relations de parenté ou une action commune, de forger une histoire dans laquelle chacun d'eux avait son rôle déterminé, sans même se préoccuper de savoir si le même saint ne jouait point, dans deux groupes, des rôles incompatibles. C'est ainsi qu'avec des noms historiques et un cadre topographique imposé, on a constitué des cycles de légendes purement imaginaires.
L'exemple le plus connu est celui des martyrs de Eome, dont les légendes forment une série de cycles englobant chacun un certain nombre de saints qui n'ont souvent eu rien de commun que le lieu de leur sépulture ^ Quelques-unes de ces légendes sont intéressantes et, par endroits, poétiques ; d'autres, et c'est la majorité, sont insignifiantes et sans portée. Néanmoins, si on les considère dans leur ensemble, il