‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 20 sur 129 · Plutabque, Alexandre^ IX · texte numérisé non relu

Plutabque, Alexandre^ IX

2. F. Lehormakt, a travers VApuUe et la Lucanie, t. I, Paris, 1883, p. 202-203. A Sulmone, de même, on montre encore l'endroit occupé par la maison d'Ovide. A. De Nino, Ovidio neUa tradûione jffopolare di Sulmona, Caaalbordino, 1886, p. 21.

Le travail de la légende. 47

ses sens et de donner nn nom à tout objet qui attire son attention. Comme les enfants, il se contente de la première explication venue qui calme son imagination et satisfait son désir de savoir, sans que la réflexion — ou la critique — vienne jamais lui montrer l'insuffisance ou Tinvraisemblance de ce qu'il invente. Et tout naturellement il transporte sur lea curiosités naturelles ou sur les monuments les images qui hantent son imagination, et les noms célèbres dont il garde le souvenir. C'est une même cause psychologique qui, dans toutes les parties du monde, a fait attacher des noms célèbres à des roches de forme insolite ou à des cavités naturelles qui attirent les regards.

Sur le terrain religieux, l'instinct populaire s'affirme puissamment sous ce double aspect.

Rien n'est plus intéressant, à ce point de vue, que les relations de pèlerinages à des sanctuaires fameux et, en particulier, les voyages en Terre Sainte. Les plus anciens récits des pieux pèlerins i ne portent aucune trace des hésitations et des ignorances de nos plus savants exégètes en matière de topographie, et avec la plus belle assurance ils vous précisent l'endroit où David a composé les psaumes, le rocher frappé par Moïse, la grotte où se cacha Elie, sans compter les lieux évangéliques identifiés jusqu'au dernier, y compris la maison du mauvais riche et l'arbre sur lequel

1. Voir surtout les relations d' Antonin, de Théodose, d*Adamnan, G-eyxb, Ilynera Hieroaolymitana aaec, IIII-VIII, dans CorpUê^ script, ecd. lat, t. XXXIX.

monta Zachée. Pour montrer jusqu'à quel point les sens dominent l'intelligence et étouffent la réflexion chez le peuple, ils prétendent avoir vu « la pierre angulaire > et se font donner des reliques « de lignis trium tabemaculorum », de ces trois tentes que saint Pierre, dans son extase, proposait d'établir sur la montagne de la transfiguration ^

De même, le nom des saints est souvent mis en rapport avec des monuments ou des points remarquables qui frappent l'imagination de la foule. A Bome, il était tout naturel que la prison Mamertine fût désignée comme le lieu de détention de saint Pierre, que l'ony fût en mesure de montrer l'endroit précis où tomba Simon le Mage : Silex ubi ceddit Simon Magus *. Il n'est pas étonnant qu'en Irlande on se réclame en tant d'endroits du souvenir de saint Patrice, de celui de saint Janvier à Naples, de saint Martin en Touraine et dans le pays éduen.

C'est également un cas particulier d'im phénomène universel que le peuple reconnaisse dans un creux de rocher l'empreinte des pieds, des mains ou des genoux de saint Pierre, de saint G-eorges, de saint Martin, de môme qu'ailleurs on montre le pied d'Adam, d'Abraham^ de Moïse, de Bouddha ^. Que beaucoup de ces attributions, surtout lorsqu'il s'agit

1. Angilberti abbatis de eccleaia Centulengi libellua, M, G,, Sor., t. XV, p. 176.

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