‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 26 sur 129 · MéhMvne, t. IV, p. 505-524; t. V, p · texte numérisé non relu

MéhMvne, t. IV, p. 505-524; t. V, p

obtenu on succès étonnant et regrettable : saint Expédit est devenu, grâce à son nom, l'avocat des causes pressantes ^

H arrive que, sous l'influence des lois phonétiques, les noms de certains saints deviennent méconnaissables. Il existe près de Eome, sur la voie de Porto, une petite église champêtre dépendante de la basilique de Santa Maria in via lata, connue sous le vocable de Santa Passera. Quelle est cette sainte que l'on cherche en vain dans les calendriers ? Croiraiton que son nom, comme sa chapelle, doit rappeler la translation des reliques des saints Cyr et Jean, les martyrs autrefois honorés à Menouthis, près d'Alexandrie? Saint Cyr, «jSjSà Kvpoq, Abbacirusafinî par se transformer en Passera 2. La métamorphose s'est-elle arrêtée là, ou bien la nouvelle sainte a-t-elle fini par avoir sa légende ? Je l'ignore, mais si cela était arrivé, je n'en serais pas davantage étonné. Le moins qu'on pût faire, c'est de confondre sainte Passera avec sainte Praxède. On n'y a point manqué 3.

1. Plus loin, oh. m, § 2. Cf. Anedecia BoUandiana, t. XVIII, p. 425, t. XXV, p. 90-98.

2. AbbacyruSy Abbaciro, Abbâciro, Pâcero, Pâcera, Pa««era, telle est la série des métamorphoses relevées par M. Tohassetti dans VArchivio storico romano, t. XXII, p. 465. Passera et Abouquir sont donc rigoureusement équivalents. — A citer encore Sancta Fumia sur la voie Appienne. Cette sainte n'est autre que sainte Euphémie. Db Bossi, BuUettino di arc?ieolog%a cristiana, 1869, p. 80. De même saint Twosole^ dans lequel on reconnaît difficilement saint Oswald. J. A^bret, Bemains of GentiUsme and Judaismej éd. J. Britten, London, 1881, p. 29.

3. ToMASSBTTi, t. cit., p. 466. — Le dialecte vénitien est très fécond en transformations de noms de saints, qui déroutent

Avons-nous assez montré, chez le peuple, la prédominence des sens sur Fintelligence, cette pesanteur du cerveau incapable de s'élever à l'idée et s'arrêtant à la matière, à l'image, au son ? Cest encore par cette faiblesse d'esprit qu'il faut expliquer l'aveugle attrait de la foide pour le merveilleux ou le surnaturel sensible. La pensée du gouvernement invisible de la Providence ne lui suffit pas ; le travail intérieur de la grâce ne lui présente rien de saisissable, et les communications mystérieuses de l'âme avec Dieu doivent se traduire en résultats palpables pour produire quelque impression sur son esprit. Le surnaturel ne s'impose à lui qu'à condition de se confondre avec le merveilleux. Aussi comme le merveilleux déborde dans la légende populaire ! Les visions, les prophéties et les miracles sont une partie obligée de la vie des saints.

Inutile de parler ici des prodiges accomplis par l'intercession du thaumaturge sur son tombeau ou par l'attouchement de ses reliques ; c'est une classe spéciale de faits qui mérite une étude à part. Mais le récit même des actions du saint est comme imprégné de merveilleux. Il est annoncé dès avant sa naissance et son berceau est entouré des signes visi-

assez les étrangers. Ainsi, à Venise, Téglise San Marcuola est, en réalité, dédiée aux saints Ermagora e Fortunato; San Trovaso est la traduction de S. Qervasio e Protaaio; San Zanipolo de 8. Giovanni et Paolo; San Stae de 8, Eustachio; San Zandegolà de S. CHovanni decollato; San Stin de S, Stefanin ; San Boldo de 8. Ubaldo ; San Lio de S. Leone, etc. Voir G. Tassdîi, Guriosità Veneziane, 4* ediz., Venezia, 1887, p. 428 et suiv.

Le travail de la légende. 57

blés de la bienveillance du ciel. Les anges veillent sur ses paS; la nature lui obéit, les animaux les plus sauvages reconnaissent son pouvoir. Dans les dangers pressants, il peut toujours compter sur l'intervention des puissances célestes. Que dis-je ? Dieu semble se prêter en quelque sorte aux caprices de ses amis et multiplier les prodiges sans raison apparente. Le bâton de saint Géry demeure droit sans appui durant la prière du saint i, et la même chose arrive tandis que saint Junianus s'entretient avec le roi Clotaire *. Plusieurs saints suspendent leur manteau à un rayon de soleil, ou ressuscitent des oiseaux déjà mis à la broche. Le bienheureux Marianus Scotus n'a pas besoin de chandelle pour écrire pendant la nuit; ses doigts répandent la lumière nécessaire ^. A la prière de saint Sebald, un paysan obtient le même privilège jusqu'à ce qu'il ait retrouvé ses bœufs égarés ^, Un aigle couvre de l'ombre de ses ailes saint Ludwin pour le protéger contre les ardeurs du soleil s, et le serviteur de saint Landoald lui apporta du feu dans les plis de sa robe *. Le miracle de Josué n'est-il pas renouvelé en faveur de saint Ludwin pour lui permettre de faire, le même jour, une ordination à Beims et une autre à Laon "^ ?

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