‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 3 sur 129 · Acta 88.J mai, t. HI, p · texte numérisé non relu

Acta 88.J mai, t. HI, p

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Tin motif déjà exploité par les poètes épiques de rinde K

Ainsi qu'on vient de le voir, la légende considérée . comme un récit suivi, et par opposition au mythe et j au conte, suppose un fait historique qui en est le ; sujet ou le prétexte : voilà le premier élément essen- ^^ tiel du genre. Ce fait historique est orné ou défiguré par l'imagination populaire : voilà le second. Les deux éléments peuvent être combinés à doses très inégales, et selon que la prépondérance se trouve du côté de la réalité ou de la fiction^ un même récit pourra être classéfdans l'histoire ou dans la légende.

Gomme c'est l'élément fictif qui détermine la catégorie des récits légendaires, on a fini, tout naturellement, par lui appliquer le nom du genre luimême, et c'est ainsi qu'on a étendu le nom de légende à toute déformation inconsciente de la a^ vérité historique, qu'il s'agisse d'une série de faits ou d'un trait isolé.

n est à peine besoin d'insister sur la place considérable occupée par la légende, sous toutes ses acceptions^ dans la littérature hagiographique, éminemment populaire par ses origines comme par sa

1. Sur les formes et les dérivés de ce conte, voir H. Suchikb, Œuvres poétiques de Beaumanoir, Société des anciens textes français, 1. 1, 1884, p. xxv-i*xxxi, eut. Ni Geneviève de Brabant, ni Marie de Brabant, dont Phistoire est identique, n'ont été l'objet d'un culte ecclésiastique. Aeta 88., ian., t. H, p. 180; april., 1. 1, p. 57.

destination. Cestmême à l'hagiograpliie qne leterme est emprunté. La légende est^ primitivement, l'histoire qu'il faut lire le jour de la fête du saint, legenda. Cest la passion du martyr ou l'éloge du confesseur^ abstraction faite de sa valeur historique. « Legendarius vocatur liber ille ubi agitur de vita et obitu confessorum, qui legitur in eorum festis, martyrum autem in Passionariis », dit, au xii® siècle, Jean Beleth ^, opposant ainsi la Passion à la Légende, contrairement à l'usage qui a prévalu ; car dès le xm® siècle, la Legenda Aurea consacrait Tacoeption plus large qui comprend à la fois les actes des martyrs et les biographies des autres saints. Nous pourrions donc, en nous conformant à l'antique usage, donner le nom de légende à tous les récits hagiographiques^ même à ceux qui ont une valeur documentaire reconnue. Pour éviter d'introduire la confusion dans l'exposé qui va suivre, nous nous en abstiendrons complètement, et le nom de légende s'appliquera toujours à un récit ou à un trait non conforme à l'histoire.

La littérature hagiographique s'est constituée sous l'influence de deux facteurs bien distincts, que nous rencontrons d'ailleurs en remontant n'importe quel courant littéraire. Il y a ce créateur anonyme que l'on appelle le peuple, ou, en prenant l'effet pour la cause, la légende. Son œuvre est celle d'un

1. De dioinis officiiSy 60, P. L., t. CCII, p. 66. Cf. E. voir Dob- SCHÛTZ, art. Légende, dans Bealencyklopaedie fur Protestantische 'rhéologie^ 3« éd., t. XI, p. 845.

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agent mystérieux et collectif, libre dans ses allnres, rapide et désordonné comme l'imagination, sans cesse en travail de nouvelles inventions, mais incapable de les fixer par l'écriture. A côté de lui, il y a le lettré, le rédacteur, qui nous apparaît comme assujetti à une tâche pénible, astreint à suivre une voie tracée, et imprimant à tout ce qu'il produit un caractère réfléchi et durable. Tous les deux ont collaboré à cette œuvre vaste entre toutes qui s'appelle c La Vie des Saints », et il nous importe de connaître la part de chacun dans cette entreprise séculaire qui se renouvelle sans cesse.

Nous entendons nous en tenir presque exclusivement à la littérature pieuse du moyen âge, et nous chercherons comment le peuple d'une part, les hagiographes de l'autre, l'ont élaborée. Les procédés des uns et des autres peuvent paraître à quelques-uns n'âtre pas tout à fait passés de mode. C'est une opinion à laquelle nous ne contredirons pas.

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