Acta 88,j mai, 1. 1, p
4. On sait que cette légende a été appliquée aussi à Judas Iscariote. On peut la lire dans La Légende dorée, ohap. xly, De 8, Maihia apostolo. Voir Gbeizsivach, Judas lacharioth in Légende und 8age des M.-À., 1875; V. Istrin, Die griechisehe Version der Judas-Légende, dans Archiv fiir slavische Philologie, t. XX, 1898,
5. E. GosQum, La légende des saints Barlaam et Josaphat, son origine, dans Bévue des Questions historiques, octobre 1880; Euhk, Barlaam und loasaph, dans Abhandlungen der k, bayer. Académie, I. CL, t. XX, 1893, p. 1-88. G. Paris, Poèmes et légendes du moyen âge, p. 181-215. Sur le culte des deux saints, voir Analeeta Bollandiana, t. XXTT, p. 131.
Le travail des hagiographes. 73
peut s'attendre à ce que nos arrière-neveux se trou- Tent bien embarrassés en présence de certains romans contemporains d'un réalisme élevé et saisissant. Nos ancêtres, en pareil cas, n'éprouvaient aucune hésitation. A leurs yeux, ces beaux récits qui les ravissaient étaient de l'histoire, et les héros qui -en étaient le sujet, de véritables saints à l'égal de ceux qui jouissent d'un culte traditionnel.
Il arriva aussi — moins souvent néanmoins qu'on ne serait porté à le croire — que, les circonstances aidant, ces saints nouveaux sortirent du domaine littéraire qui les avait créés et devinrent l'objet d'un culte public. Il faut regretter le fait partout où on le constate. Mais n'est-il pas la conséquence d'une évolution toute naturelle et ne doit-il pas se produire partout où les textes hagiographiques sont acceptés sans discernement? Et il serait bien injuste, dans ces occasions, de s'en prendre à l'hagiographe ; il aurait le droit de nous retourner le reproche. Demandez-lui d'abord ce qu'il a voulu faire, et ne le jugez que sur ses intentions.
Mais à cette question l'hagiographe vous répondra, la plupart du temps, qu'il a voulu faire de l'histoire. Aussi importe-t-il de savoir quelle idée il s'était formée du genre et comment il entendait les devoirs de l'historien. Il est à peine nécessaire de dire qu'il n'avait pas là-dessus les mêmes idées que nous.
Lorsqu'on essaie de se rendre compte de la manière dont les anciens eux-mêmes comprenaient l'his-
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toire^ la naïve conception qu'en avaient les lettrés du moyen âge nous cause beaucoup moins d'étonnement. Sauf de rares exceptions, Folybe, par exemple, qui n'était d'ailleurs pas goûté du public, l'antiquité classique mettait peu de (Mfférence entre l'histoire et la rhétorique. Cicéron appelle l'histoire opus oratorium macdme et caractérise le genre de cette étrange façon : in qua et narratur ornate et regio saepe aut pugna describitur, interponuntur etiam contiones et hortationes ^ L'historien tient, en quelque sorte, le milieu entre le rhéteur et le poète, et^ de l'avis de Quintilien,il se rapproche plutôt du second: est enim (histoiidù) proximapoetis et quodammodo carmen solutum^. Et lorsqu'on se rappelle combien les rhéteurs avaient la conscience large en matière de véracité, encouragés qu'ils étaient par ce principe de Cicéron : Concessum est rhetoribus ementiri in historiis, ut aliquid dicere possint argutius ^, on mesure aisément la distance qui nous sépare de l'antiquité dans la manière d'envisager la tâche et les devoirs de l'historien ^. Ce qui est pour nous l'accessoire est mis par les anciens au premier rang. Leurs historiens ont, avant tout, le souci de l'effet littéraire; la vérité des faits les préoccupe un peu moins, l'exactitude à peine, et de la critique ils n'ont, le plus souvent, pas même l'idée. Il s'agit principalement de plaire au