‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 42 sur 129 · Act 88,, ian., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Act 88,, ian., 1. 1, p

4. Ibid.y p. 570. Cf. E Le Blant, Les Actes des martyrs, p. 30.

Le travail des hagiographes. 91

Nous ne pouvons omettre de signaler ici une série d'erreurs énormes, dues à la négligence des rédacteurs de synaxaires ou de martyrologes, qui avaient des procédés sommaires pour éclaircir les difficultés qu'ils rencontraient dans leur travail de compilation. Ainsi, quoi de plus invraisemblable que cette fête de saint Babylas avec les trois enfants en concurrence, à la même date, avec un autre saint Babylas et ses quatre-vingt-quatre compagnons, ayant tous deux à peu près la même histoire? L'origine de ce dédoublement est un sigle de deux lettres pris pour un nombre de deux chiffres. H suffisait d'un instant de réfiexion pour redresser cette lecture. Nos érudits ont trouvé plus commode d'allonger la liste des saints ^ Les mêmes ont inventé les trois groupes de saints Cosme et Damien, sans s* apercevoir des absurdités qu'ils accumulaient à plaisir <. A côté de pareils excès, le dédoublement de saint Martin, pour une simple question de date, peut paraître une faute vénielle ^. Il est assez probable qu'il faut assigner une origine semblable au double saint Théodore des

1. Lee deux saints Babylas dans Anàlecta Bollandiana, t. XTX, p. 5-8.

2. « H faut savoir, disent graTement les synaxaires, qu'il y a trois groupes de martyrs du nom de Gosme et Damien, ceux d'Arabie, qui eurent la tête tranchée sous Dioclétien, ceux de Borne, qui furent lapidés sous Garinus, et les fils de Théodota, qui moururent paisiblement. » Synaxarium ecclesiae Canêtantino' pêUtanaej !•' juillet, p. 791.

3. Saint Martin, évêque de Terracine (de Tours), au 10 novembre ; saint Martin, évêque de France, au 10 novembre. Synaxarivm^ p. 211, 217.

Grecs et des Latins ^ Les deux fêtes auront donné naissance à deux légendes^ et il semble bien que les lettrés soient ici les coupables. Car le peuple, nous l'avons vu, a son système à lui pour simplifier les choses. 11 lui arrive plus souvent de confondre deux personnages que d'en créer deux pour un.

Nous ne revenons pas sur les explications étranges que l'imagination populaire a parfois inventées en présence de certains monuments figurés dont le sens lui échappait ^. Les hagiographes les ont acceptées avec empressement et consacrées dans leurs récits. Si le peuple a créé la fable des céphalophores, elle a été propagée par les hagiographes, qui lui ont donné l'autorité spéciale que les simples accordent à tout ce qui est écrit.

On a fait remarquer avec raison que, très probablement, la passion de saint Eleuthère ^ a été en partie inspirée par la vue de peintures ou de mosaïques qui ornaient le sanctuaire. En particulier la scène où Eleuthère assis sur un lieu élevé prêche aux animaux qui l'entourent fait penser aux représentations bien connues d'Orphée. Et voici un détail intéressant. Le narrateur dit que les bêtes qui l'entendaient, ne pouvant louer Dieu de la voix, levèrent toutes le

1. Les Grecs font la fête d'un saint Théodore (atr aidâtes) le

8 février, et d'un autre (tvro) le 17 du même mois. Les Latins célèbrent les deux saints respectivement au 7 février et au

9 novembre.

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