‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 48 sur 129 · Venetiis, 1730, in · texte numérisé non relu

Venetiis, 1730, in

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des hagiographes du moyen âge, mis en présence de problèmes pour eux insolubles.

On vient de voir rhagiographe en présence des sources historiques. Il a fait son choix, il s'est rendu compte de ce que Ton pouvait en tirer. Comment met-il ses matériaux en œuvre ?

Ceci dépend naturellement de ses aptitudes particulières et de son goût personnel. Lorsqu'il s'agit de sources écrites, nous n'hésiterons pas à préférer celui qui les a copiées le plus servilement et les a rendues avec la plus grande fidélité, en retranchant le moins possible et n'ajoutant du sien que le strict nécessaire. On peut citer des cas où l'hagiographe s* est contenté de ce rôle modeste, et nous en avons un exemple curieux dans la collection de Métaphraste. La fameuse vie de sainte Théoctiste, écrite par un témoin oculaire, a été transcrite presque littéralement, et simplement ornée d'une nouvelle préface. Mais, comme le nouveau rédacteur — si tant est qu'il mérite ce nom — s'est contenté, dans son prologue, de débiter de belles généralités, sans prendre la peine d'avertir le lecteur de son procédé, il a réussi à embrouiller une des questions les plus importantes de l'histoire littéraire, celle de Métaphraste i. Par le fait même qu'il se présentait comme l'auteur d'une pièce remplie de détails personnels, tous ces détails

1. Nous en avons parlé dans La vie de sadnt Paul le jeune et la chronologie de Métaphraste^ dans Beoue des Questions historiques, juillet 1893.

devaient naturellement lui être rapportés et avaient pour conséquence de le vieillir d'un demi-siècle environ. Aux écrivains qui s'approprient, avec cette désinvolture, le bien d'autrui, nous appliquons de nos jours un qualificatif odieux. Au moyen âge, on se souciait assez peu de passer pour plagiaire.

La plupart du temps, on le sait, les matériaux étaient soumis par l'hagiographe à un travail de préparation et d'adaptation qui leur imprimait, en quelque manière, la marque de sa personnalité. Il les mettait en bel ordre, les revêtait de son meilleur style, mais sans s'inquiéter de leur faire perdre leur caractère documentaire, les amplifiait, les combinait de diverses façons et créait une œuvre, sinon originale, telle du moins qu'il acquérait le droit de la faire passer sous son nom.

E serait difficile, on le conçoit, de formuler les préceptes généraux d'une littérature aussi vaste et aussi mêlée. L'usage des sources et les procédés de composition peuvent être étudiés dans un auteur ou dans un groupe de pièces étroitement apparentées i, non dans l'ensemble des récits éparpillés sur l'immense champ cultivé par les hagiographes de toutes

1, 11 faut renvoyer ici k ime bonne étude de M. F, Lassîoni, Ija ToBsio Sithini o 8isti%ni^ dans B^mimsk^ QuarfalBchTÎftj t. XVII, 1903j p, i-26^ où les rapporta étroite d'une série de Passions BOnt mia en lamièrfi ' "^^^sio Laurentii, Stephani p., Kestituti, * * Sabinae^ EuBebii et Fontiani, Frooessi I ,.,... ., JaUisti, Gordiam et Epimaohi, Primi * - îôntine, Marcelli p., Pétri et MarcelUiii,

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les époques et de tous les pays. On peut, toutefois, sans leur faire aucun tort, les accuser de glisser souvent sur cette pente naturelle qui mène à embellir les récits pour produire plus d'effet sur le lecteur. Les liistoriens de l'antiquité cédaient parfois à cette manie que l'on voudrait qualifier d'innocente ^ ; ceux du moyen âge succombaient souvent à la tentation, et il est des cas certains où la comparaison des textes permet de les prendre sur le fait. Voici deux exemples fournis par des vies de saints relativement récentes 2. On se figure aisément ce qu'on devait se pemaettre à une époque de moindre culture.

Lorsque saint Bernard vint prêcher la croisade dans le diocèse de Constance, un archer de la suite du duc de Zàhringen se moqua de cette prédication et du prédicateur lui-même en disant : « Il ne fait pas plus de miracles que moi. > Lorsque le saint s'avança pour imposer les mains aux malades, l'insulteur l'aperçut et subitement tomba comme inanimé ; longtemps il resta sans connaissance. Alexandre de Cologne ajoute : « J'étais tout près de lui lorsque la chose arriva... Nous appelâmes l'abbé, et ce pauvre homme ne put se lever avant que Bernard ne descendît, fît une prière et le redressât. » Aucun des témoins oculaires ne dit un seul mot qui puisse faire

1. H. Petbr, Die geschiehtUche Litteratur uber die BSmiache Kaiaerzeit bis Theodosius I, t. Il, Leipzig, 1897, p. 292.

2. Signalés par le P. E. Michael, Gesehichte des deutschen Volkes vom dreizehnten Jahrhunderi hia zwm Ausgang des Mittddlters, t. ni, Freiburg i. B., 1903, p. 392-393.

songer à la résarrection d'un mort. Et pourtant, un siècle après, Herbert, auteur d'un recueil de miracles de saint Bernard, Conrard, auteur de VExordium, et Césaire d'Heisterbach affirment que l'archer était mort et que le saint lui rendit la vie ^

Tout le monde connaît ce beau trait de la vie de sainte Elisabeth de Hongrie couchant, dans le lit même qu'elle partageait avec son mari, un pauvre petit lépreux qui inspirait le dégoût à tout le monde et que personne ne voulait plus soigner. Le duc, irrité, se précipita dans sa chambre et enleva brusquement la couverture du lit. <: Mais, selon la belle expression de l'historien, au môme moment le Tout- Puissant lui ouvrit les yeux de l'âme et, au lieu du lépreux, il vit la figure de Jésus-Christ crucifié étendu dans son lit. » Cet admirable récit de Thierry d' Appoldia ^ a été jugé trop simple par les biographes postérieurs, qui ont transformé en une vision matérielle cette vue sublime de la foi. Tune aperuit Deus interiores prindpis oculos, disait l'historien ^. A la place où le pauvre avait dormi, vous diront les modernes hagiographes, ^ reposait un grand Christ sanglant, les bras étendus ».

1. Cf. G. HÛPPKR, Der heilige Bernard von Clavrveaux, 1. 1, Munster, 1886, p. 92, 182.

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