‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 52 sur 129 · Cahies, Caraetériatiquea des saints, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Cahies, Caraetériatiquea des saints, 1. 1, p

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sa mort. Dans d'innombrables vies de saints^ l'un au moins des points de ce programme est traité par les lieux communs, et parfois la pièce entière en est un enchaînement. La profession ou la qualité du saint est aussi soumise à l'analyse. Un éTêque n'a pas lea mêmes devoirs qu'un moine, et un abbé ne pratique pas les mêmes vertus qu'une religieuse. De là, des épisodes divers. Dans la vie d'un saint évêque, par exemple, il est de règle qu'il n'accepte son élection que par contrainte ; car s'il ne résiste point, c'est qu'il se croit digne du trône épiscopal, et, s'il s'est jugé aussi favorablement, peut-on le proposer comme modèle d'humilité? S'agit-il d'un saint moine? H doit s'être distingué dans tous les exercices propres de son état, et l'on peut, sans risquer de se tromper, décrire ses jeûnes, ses veilles, son assiduité à l'orai-son et à la lecture. Et comme c'est surtout par les miracles que Dieu manifeste les mérites de ses serviteurs, on peut être sûr que le saint, quel qu'il soit^ a guéri des aveugles, fait marcher des paralytiques, chassé des démons, et ainsi de suite.

Le procédé que nous venons de signaler, tout simple et tout naturel qu'il puisse paraître, n'a pas été exclusivement employé par les hagiographes désireux de suppléer aux lacunes de la tradition. Nous avons vu que la voix populaire attribue volontiers à son héros de prédilection les gloires etles vertus d' autrui et que certaines belles aventures et plus d'une action d'éclat sont devenues le bien commun de plusieurs

personnages très divers. Les pieux écrivains du moyen âge ont souvent imité, dans leur détresse, ces emprunts delà légende et se sont permis de piller, sans scrupule, au profit de leur saint, des récits n'ayant avec lui aucun rapport. Je ne parle pas du cas, assez fréquent, où l'identité du nom a introduit dans les biographies des éléments absolument étrangers, comme, par exemple, dans la légende de saint Front de Périgueux, l'épisode d'une couleur exotique si fortement prononcée, extrait d'une légende égyptienne concernant un homonyme ^ Il s'agit ici d'empnmts qui ne s'expliquent ni par une confusion ni par une distraction de l'hagiographe. Ce sont parfois des lieux communs sur les vertus, qu'il s'est contenté de transcrire littéralement ; parfois encore ce sont des faits qui peuvent, à la rigueur, s'être répétés, racontés dans les mêmes termes ; parfois aussi ce sont des épisodes tout à fait caractéristiques, incorporés intégralement, sans plus de façon, dans une autre biographie.

Il ne faut point se presser, je n'en disconviens pas, de crier à l'emprunt sur une simple ressemblance. Il y a parfois des coïncidences vraiment déconcertantes et je veux en citer un remarquable exemple. Si on lisait que le même jour l'Eglise fait la fête de deux saints, morts en ItaUe ; que la conversion de l'un et de l'autre fut amenée par la lecture de la Vie des Saints ; qu'ils fondèrent chacun un ordre religieux

1. Voir DncHBsms, Plates épiacopaux de V ancienne Gaule, t. II, p. 132-133.

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sous le même yocable, et que ces deux ordres furent supprimés par deux papes homonymes, on pourrait se croire en droit de dire, en s'en tenant à ces traits caractéristiques, qu'un seul et même personnage a été dédoublé et qu'il est inscrit deux fois au martyrologe sous des noms divers. Et pourtant, il existe deux saints parfaitement historiques, et même relativement modernes, à qui s'appliquent toutes ces particularités. Saint Jean Colombini, mort près de Sienne, le 31 juillet 1367, ramené à la pratique des vertus chrétiennes par la lecture de la Vie des Saints, fonda l'ordre des Jésuates, supprimé par Clément IX'. Saint Ignace de Loyola, mort à S>ome, le 31 juillet 1656, fut touché de la grâce en lisant les Vies des Saints qu'on lui avait passées pour charmer les ennuis de sa convalescence ; il fonda l'ordre des Jésuites, supprimé, comme chacun sait, par un autre pape Clément. Si je rapporte ce fait, ce n'est pas pour conclure que les coïncidences de cette nature peuvent être fréquentes, bien au contraire ; car on aurait beaucoup de peine à trouver un autre exemple analogue à celui-ci; que nous avons cité à titre de curiosité.

Les naïfs hagiographes du moyen âge, obligés de suppléer par des emprunts plus ou moins légitimes à l'insuffisance de la source primitive, ne nous mettent guère en présence de cas réellement embarrassants. Leurs méthodes sont, en général, peu com-

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