‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 53 sur 129 · Acta 8S,, iul., t. VH, p · texte numérisé non relu

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pliquées, et ils laissent facilement surprendre leur secret.

Voici, par exemple, comment s'y est pris un biographe de saint Vincent Madelgaire pour honorer «on patron par un morceau de littérature d'une longueur suffisante ^

Dans la préface, il commence par transcrire le prologue de la vie de saint Ermin, auquel il ajoute une phrase de Sulpice Sévère ; suit une seconde introduction, qui est mot pour mot la préface de Grégoire de Tours à la vie de saint Patrocle. Pour raconter la naissance et les premières années du saint, il accumule des réminiscences de la vie de saint Ermin, sans parler de celles des parentes de Vincent, sainte Waudru et sainte Aldegonde, et l'histoire de son mariage est littéralement extraite de la Vita Leobardi de Grégoire de Tours. Son fils Landrio embrasse l'état ecclésiastique; ceci est raconté d'après la vie de saint Gai, dans Grégoire de Tours. Ce dernier lui fournit encore la partie principale d'une vision, qui remplit un des chapitres de la vie de saint Léobard. Saint Vincent entre en religion et forme des disciples : tiré des vies de saint Martius et de saint Quintianus, de Grégoire de Tours. Il se livre à la mortification, à la prière et pratique toutes les vertus religieuses : tiré de la vie de saint Bavon. Se sentant près de mourir, il confie ses enfants spirituels à son fils Landric : tiré de la vie de saint TJrs-

1. Cette vie a été Pobjet d'une étude approfondie du P. A. Pok- OBLET, dans les Analecta BoUandianay t. XTT^ p. 422-440.

Le travail des hagiographes, 116

mer. Il est enseveli dans son monastère, où il fait sentir son pouvoir aux fidèles qui l'invoquent : tiré de la vie de saint Bavon. Un clerc aveugle recouvre la vue sur son tombeau : ce miracle est tout entier emprunté à Grégoire de Tours, qui le raconte de saint Martin. H faut ajouter encore au bilan de notre plagiaire six chapitres de la vie de sainte Waudru, qui, il est vrai, lui servait de source historique, mais qu'il transcrit mot potu: mot, et, de même, une foule de réminiscences qu'il serait long d'énumérer.

Les vies de saints remplies d'extraits d'autres vies de saints sont très nombreuses, et il en est qui ne sont guère autre chose qu'un centon hagiographique. On conçoit l'embarras du critique retrouvant les mêmes faits redits avec les mêmes mots à propos de deux saints. H se demande quelle créance il faut accorder aux vies de saint Hubert, de saint Amould de Metz et de saint Lambert, où il recoimaît des parties communes ^ On devine l'importance qu'il attache à une histoire comme celle de saint Eemacle, servilement calquée sur celle de saint Lambert ^.

Telle a été, en effet, l'indigence de certains rédacteurs, que, non contents de s'approprier telles quelles certaines phrases générales ou même des épisodes intéressants qui semblaient pouvoir faire bonne figure

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