Acta 88., oct., t. VI, p
2. Ali. d'Ahcoha, Origini deL teairo iiàUano^ 2* ediz., 1. 1, p. 437 ; t. n, p. 60. Cf. H. BauscH, Ber Index der verboienen Biicher, t. n, 1, 1885, p. 227.
3. Atta 88*, iul., t. V, p. 50-70 ; A. Lutôlf, 8anct Kûmmemisa und die Kummemisse der Schweiaer^ dans Qesehichtsfreund^ t. XTX, 1863, p. 188-205 ; G-. ScmniiaB, Die Kùrnmemi^bilder alsKopien des Tolto Santo von Lueea^ dans Jahreahericht der CHirrea-GeseUschafi, 1901, p. 43-50; In., DerKultua des Volto 8anto und der hl Wilgefortis in Freiburçy dans Preiburger Beachichtsblaetter, t. IX, 1902, p. 74-105. Cf. ÀnaUeta BoUandiana, t. XXII, p. 482 ; t. XXTTT, p. 128.
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rent et sainte Agnès nous sont principalement connu» par des actes légendaires et que, au contraire, plusieurs saints de la seconde catégorie sont pourvus d'un dossier convenablement documenté. Cette disproportion si fréquente et si regrettable crée une foule de problèmes embarrassants et souvent insolubles. Lorsque les actes historiques font défaut, il est possible, dans bien des cas, de suppléer à leur silence par d'autres documents et d'établir le fait du culte traditionnel par les martyrologes, les itinéraires, les monuments. Mais lorsque ce moyen de contrôle lui-même nous échappe, nous sommes dans l'impossibilité de décider à laquelle des trois classes de saints appartient celui que nomme la légende. Si nous n'avions que ses actes pour nous prononcer au sujet dp saint Sébastien, nous pourrions éprouver la même hésitation que devant sainte Martine, que l'antiquité semble n'avoir pas connue ^ ; et il n'est pas probable que l'on trouve jamais un argument décisif permettant de placer sainte Barbe et sainte Catherine dans la première ou dans la seconde catégorie des saints.
Il nous reste donc à recourir au seul principe qui puisse conduire à un classement rigoureux des actes des martyrs et des textes hagiographiques eiî général : c'est le degré de sincérité et d'historicité du
1. Pio Franchi db' Cataliebi, 8. MarUna^ dans Bdmische ^uar^ iàUchnft, t. XVII, 1903, p. 222-286.
document. En nous en tenant aux grandes divisions, voici les résultats de l'application de ce principe :
l® Théoriquement la première place revient aux procès-verbaux officiels de l'interrogatoire des martyrs. L'existence de relations de cette espèce, déposées dans les archives du proconsul, est attestée par plus d'un témoignage. Il s'agit de savoir si quelques-unes de ces relations se sont conservées.
On pourrait nous dire que ces pièces authentiques ne rentrent dans aucune catégorie de documents hagiographiques et que, dans la rigueur des termes, il ne faudrait pas nous en occuper. Mais c'est là un souci bien superflu, car il ne faut pas de longues recherches pour constater qu'aucun procès-verbal de l'époque des persécutions ne nous est parvenu à l'état isolé ; les pièces que l'on décore du titre d'actes proconsulaires sont tout au plus des compositions destinées à l'édification des fidèles et où le texte officiel de l'interrogatoire, scrupuleusement respecté, forme le fond principal du récit. Cest ainsi que le plus célèbre des documents de cette catégorie, celui que l'on s'est plu à présenter comme le modèle le plus parfait des actes proconsulaires, la Passio Cypriani, est, en réalité, un morceau composite où il faut distinguer trois documents reliés entre eux par quelques phrases du dernier rédacteur : d'abord le texte officiel d'un premier interrogatoire, en 257, à la suite duquel Oyprien fut envoyé en exil ; puis le procès- verbal de l'arrestation et du second interrogatoire, en 268 ; enfin, le récit du martyre. Dans
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la passion des martyrs Scillitains, la main de l'hagiographe est moins visible. On n'y entend parler que les martyrs et le persécuteur, et Ton assiste à l'exécution de la sentence. L'interrogatoire a-t-il été copié dans le greffe du proconsul, ou bien un chrétien assistant à l'audience l' a-t-il sténographié ? Il serait difficile de se prononcer, mais on peut affirmer que le rédacteur n'a rien mis du sien dans les paroles qu'il place dans la bouche des martyrs.
Ces interrogatoires authenthiques sont toujours admirables, et, après tant de siècles, l'émotion que produit leur lecture n'a rien perdu de son intensité. Si quelque chose pouvait gâter l'impression qu'ils produisent, ce seraient les contrefaçons maladroites que l'on rencontre trop fréquemment dans les passionnaires. Dans les scènes à effet imaginées par les hagiographes pour mettre en relief l'héroïsme de son sacrifice, le martyr pose comme au théâtre et prononce des discours académiques. Aussi rien n'est-il plus facile à reconnaître que des c actes proconsulaires » authentiques. Mais il faut en prendre son parti, il en existe fort peu.
2® Une seconde catégorie d'actes authentiques comprend les relations de témoins oculaires et dignes de foi, ou de contemporains bien informés recueillant autour d'eux les souvenirs d'autres témoins oculaires. Dans ces récits, qui ont un caractère littéraire, une place considérable est laissée à l'élément subjectif, totalement absent dans les actes purement officiels. On pourrait, cela va de soi, pousser plus
loin l'analyse et subdiviser cette catégorie d'actes en trois classes :
a) Les documents où le témoin direct parle seul en son nom ;
l) Ceux où l'auteur contemporain se contente d'enregistrer le témoignage d' autrui ;
c) Ceux enfin où l'observation directe est combinée avec le témoignage, comme dans plusieurs chapitres des Martyrs de Palestine d'Eusèbe, et dans la vie de Cyprien, par le diacre Pontius. Mais tous ces genres d'actes ont cela de commun qu'ils expriment directement, sans l'intermédiaire d'une source écrite, un témoignage vivant et contemporain.
3** La troisième catégorie est formée des actes dont la source principale est un document écrit appartenant à l'une des deux séries précédentes. Elle comprend les remaniements à tous les degrés, depuis les simples retouches de style respectant la disposition du morceau et le détail des développements, jusqu'aux arrangements libres où le nouveau rédacteur taille dans son modèle, le bouleverse, le développe, l'interpole même. Nous possédons jusqu'à sept rédactions diverses de la passion des martyrs Scillitains, et les pièces historiques qui ne nous sont parvenues que sous une forme remaniée sont très nombreuses. Un certain nombre des vies dont se compose le ménologe de Métaphraste rentrent dans la catégorie des arrangements qui ont pour source unique un document historique que le rédacteur a abrégé ou paraphrasé en toute liberté.
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Nous rattachons naturellement à cette classe les remaniements au second ou au troisième degré, ceux dont les auteurs iravaillaient non pas sur un document primitif, mais sur une pièce déjà retouchée.
40 Les actes dont le fond n'est point une source écrite, mais qui résultent de la combinaison fantaisiste de quelques éléments réels dans un cadre de pure imagination, en d'autres termes les romans historiques, constituent la quatrième catégorie. Elle est fort nombreuse, et il faut y faire rentrer notamment toute la série des cycles du Légendaire romain. Dans ces pièces, qui sont souvent un tissu de réminiscences littéraires, de traditions populaires et de situations fictives, l'élément historique est presque toujours réduit à une quantité infinitésimale. Le nom du saint, l'existence de son sanctuaire, la date de sa fête sont d'ordinaire ce que l'on peut retirer avec certitude d'un genre de composition où la fantaisie s'est donné libre carrière.
Bien que leurs auteurs ne pèchent point par excès d'imagination, je joindrai à cette classe les actes qui sont de simples adaptations. D'ordinaire, le résidu historique de ces plagiats est le même que celui des romans péniblement élaborés dont nous venons de parler ; car le minimum des retouches exigé pour appliquer l'histoire d'un saint à un autre porte nécessairement sur son nom, sa fête et son sanctuaire.
6** Après les romans historiques qui ont pour objet un personnage réel, viennent les romans d! imagination, où le héros lui-même est une création du
poète. La passion de saint Nicéphore et rhistoire de Barlaam et Joasaph peuvent servir de types.
6° n convient de mettre dans une catégorie à part les faux proprement dits, c'est-à-dire les légendes hagiographiques composées avec l'intention de tromper le lecteur. H n'est pas toujours aisé, en cette matière, de découvrir le véritable auteur de la supercherie, et il doit être arrivé souvent que le rédacteur n'ait fait qu'enregistrer une version qui circulait avant lui ; dans ce cas, il faut rattacher la pièce à une des séries précédentes ^
Nous pourrions nous abstenir d'entrer dans de plus amples explications et laisser au lecteur le soin d'appliquer à de nombreux exemples les principes précédemment posés. Aussi bien faudrait-il s'engager dans des recherches sans fin et s'appuyer sur les eflPbrts combinés d'un grand nombre pour arriver à classer rigoureusement suivant les catégories que nous venons d'établir toutes les légendes hagiographiques qui nous sont parvenues. Mais nous ne pouvons guère nous dispenser de jeter un coup d'oeil rapide sur une collection justement célèbre, qui a été pendant longtemps, pour la plupart des érudits^
1. M. A. Habnack, Die Chrànàiogie der àltchrisUichen Litteraiur bis Eiisebius, t. Il, Leipzig, 1904, p. 464-465, cite, en l'approuyant, notre classification. H propose d'y ajouter une septième catégorie, celle des < actes rédigés schématiquement et nniqnement d'après le modèle de passions célèbres >. Au point de Tue historique, où nous nous sommes placé, ce groupe rentre dans notre quatrième catégorie.
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le dernier mot de Thagiographie critique, par laquelle la ligne de démarcation entre la fable et l'histoire se trouverait définitivement tracée : nous voulons par- 1er des Acta sincera de Euinart.
Cette belle œuvre, bien conçue, quoique un peu sommairement exécutée, a rendu les plus grands services, et ce serait pure injustice de notre part de chercher à la déprécier. H est pourtant permis de dire qu'elle ne répond plus aux exigences actuelles. Tout le monde se trouve d'accord pour demander des textes mieux établis d'après la stricte méthode philologique. On semble moins préoccupé de la nécessité d'une épuration ou, pour parler avec plus de précision, d'un travail de classement à opérer dans les pièces choisies par Buinart.
Ne faudrait-il pas dire que, de nos jours, le titre à^ Actes sincères prête facilement à des équivoques ? Je ne fais aucune difficulté d'admettre que tous les actes réunis par le savant bénédictin sont « sincères >, en ce sens qu'il a entendu exclure de son recueil toutes les pièces fabriquées par des faussaires. Mais tous les morceaux de son choix ne sont point sincères en ce sens qu'on puisse les traiter comme des sources historiques pures, sans alliage de fantaisie ou de fiction. Prudence, comme beaucoup de poètes, est un sincère ; qui s'avisera jamais de traiter ses vers comme le texte d'un historien ? L'âme franche et loyale de saint Jean Chrysostome se reflète dans ses panégjnriques non moins que dans ses homélies. Faudra-t-il, pour cela, négliger de
tenir compte de son tempérament d'orateur et assimiler ses sermons aux pièces d'un procès ? Évidemment non. Mais ce que l'on admet sans difficulté à propos d'un poème ou d'un morceau oratoire, on l'oublie trop souvent lorsqu'il s'agit de récits dont les auteurs sont inconnus et dont la valeur historique doit être déterminée par les critères internes.
On s'est habitué à mettre à peu près sur le même plan tous les textes de Ruinart et à leur attribuer en bloc une autorité absolue. Il ne serait pas difficile de citer une série de travaux sur l'histoire de l'église primitive ou sur certains points de discipline où les Actes sincères sont cités pêle-mêle sans que l'on ait éprouvé le besoin de les passer au crible en vue de l'usage spécial que l'on voulait en faire. Sauf la revision récrite de Hamack \ on peut dire que les listes d'actes authentiques dressées en ces derniers temps ne témoignent d'aucun effort sérieux. Elles ne sont, avec d'insignifiantes retouches, que la reproduction des tables de Buinart '. On n'a pas assez remarqué que le savant bénédictin n'avait qu'une idée \m peu vague de la classification des textes hagiographiques. Nulle part, il n'en formule les principes, et sa règle unique paraît avoir été de donner
1. XKe Chrwolùstiey t. II, p. 463<4S2. Cf. AnùUeia BoOmmâimmmy uXXin, p. 476480.
â. Freit^schck dans KàJUXxcKy GesdbtdUè éer ÊUtkrùJiiekem LJHenthut àù Ense^ms, t. L p. dOT^Sâi; G. Kkùctb, GmdkidkU éer
XlMimmam 4» ikéoh^ eaMofi^tM^ ^ I> P> dâO-^4 ; JHtfiammmirm
^«r«A^«f I» okrétymm «# 4^ HhÊr^^ 1. 1, p. 40^4101
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sur chaque martyr le document le plus respectable et le plus ancien.
Les Acta sincera se composent de cent dix-sept articles ^ de valeur très inégale, qu'il est manifestement impossible de soumettre à un traitement critique uniforme, et qu'il faut, par conséquent, grouper en catégories.
Sur un petit nombre de saints (Irenaeus, Alexander ep. Hierosolym., Priscus, Malchus et Alexander, Mamas, Soteris), Euinart a dû se borner à réunir quelques textes épars dans le goût des compilations intitulées Sylloge chez les Bollandistes.
Pour d'autres, il a mis à profit des auteurs, historiens, orateurs, poètes, dont l'œuvre est suffisamment connue et le degré de crédibilité bien établi. Ainsi, Eusèbe (lacobus ep. Hierosolym., Symeon ep. Hierosolym., Ptolemaeus et Lucius, Apollonius, Leonides et soc, Dionysius Alexandrinus, Maximus, Martyres persecutionis Diocletiani, Martyres Palaestinae, Eomanus) ; Prudence (Hippolytus, Laurentius, Romanus, Vincentius, Eulalia, Agnes, Martyres Caesaraugustani, Quirinus, Cassianus); saint Jean Cîhrysostome (Domnina et soc, Lucianus, Pelagia, Drosis, Iulianus); saint Grrégoire de Nysse (Theodorus m.); saint Basile (Barlaam ^^ Grordius, lulitta. Martyres XL) ; saint Astère d' Amasée (Euphemia,
1. Les Acta Firmi et Euatici ont été ajoutés pax Péditeur de Vérone.
2. L'attribution à saint Basile est fausse. Y oir AnalectaBoUan- ^iana, t. XXII, p. 132.
134 Les légendes hagiographiqties.
Phocas); saint Ambroise (Laurentius, Vitalis et Agricola, Agnes, Theodora et Didymus); Enfin (Apollonins, Theodoms conf.); Panlin de Noie (Félix); Socrate (Macedonins et soc); Sozomène (Ensebius et soc, Basilius Ancyranns) ; Théodoret (Cyrillns et soc, Inventinus et Maximinus); Palladiu» (Potamiaena) ; saint Augustin (Martyres XX Africani) ; saint Vigile (Sisinnius et soc).
testent les passions isolées, au nombre de soixantequatorze, sur lesquelles devra porter, à l'avenir, l'effort de la critique. Déjà un certain nombre d'entre elles sont classées définitivement. D'autres ont reçu un rang provisoire, et il faut prévoir que quelquesunes ne sortiront jamais des limbes où les critiques ont été obligés de les reléguer, faute de savoir par où saisir leurs défauts ou leurs mérites.
On est généralement d'accord pour donner la place d'bonneur — correspondant aux deux premières catégories de notre classification — à quelques pièces célèbres, dont, malheureusement, l'énumération n'est pas fort longue : Polycarpus, lustinus, Martyres Lugdunenses, Martyres Scilitani i. Perpétua, Cyprianus, Fructuosus, lacobus et Marianus, Maximilianus, Marcellus, Cassianus Tingitanus. Si l'on fait abstraction de l'encadrement et qu'on retienne simplement l'épître aux Romains, qui fait
1. La reoensîon donnée par Ruinart, Btbl, hag. lat, n. 7531, doitr être remplacée par Bibl hag,, lat n. 7527.
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corps avec eux, les actes de saint Ignace d' Antioche doivent évidemment être rangés parmi les perles de la collection Ml ne faut pas oublier non plus la passion de saint Procope. dont on n'a pas d'abord soupçonné l'importance, faute d'y avoir reconnu un fragment du livre des Martyrs de Palestine ^, œuvre authentique d'Eusèbe.
Passons immédiatement à l'autre extrême. La Passio Nicephori et la Passio Bonifatii appartiennent à la classe des romans d'imagination. Joignez-y les actes de Didymus et Theodora ^, de Genesius le comédien, ainsi que les actes de Théodote d' Ancyre, dont le noyau est un conte rapporté par Hérodote ^, tandis que le héros du récit manque de toute attestation historique ^.
Le genre roman historique, c'est-à-dire la quatrième variété de textes hagiographiques, n'est pas mal représenté dans Euinart. On ne fera pas de difficulté d'y rattacher Symphorosa, Félicitas et Vil filii, Afra, C^cus et lulitta, Petrus Balsamus, Vincentius, Firmus et Eusticus, Lucianus et Marianus. Je ne vois pas de motif suffisant de donner une place
1. On a fait de vains efforts pour réhabiliter les actes d'Ignace dans leur ensemble. Voir Analecta BoUandiana, t. XVII, p. 362; t. XTX, p. 38.