‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 73 sur 129 · Deprobatis sanctorum vitiéf an 8 jnillet · texte numérisé non relu

Deprobatis sanctorum vitiéf an 8 jnillet

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trouva naturellement attirée sur lui. Flavianus se le fait amener.

Le juge est assis sur son tribunal, et le bienheureux Procope est introduit. En le voyant paraître, le peuple entre en fureur et pousse des hurlements de bêtes féroces : « Voilà celui qui méprise le culte des dieux et foule aux pieds le décret de Tempereur. > Flavianus, inspiré par le démon, demande au martyr : « Quel est votre nom ?» Et le martyr : « Je suis chrétien. Mon nom est Procope. > Le juge : « Vous êtes seul à ignorer les ordres divins des empereurs, d'après lesquels ceux qui n'immolent pas aux dieux doivent être torturés et livrés à la mort ? Je ne puis assez m'étonner de vous voir, à l'âge avancé où vous êtes parvenu, agir si follement. Comment enseignez-vous les autres, alors que vous avez perdu le sens? De quel front prétendez- vous que Dieu est né d'une femme et a été crucifié ! Qui ne rirait d'une pareille invention ? Je vous avertis donc de quitter cette erreur vaine, de sacrifier aux dieux et d'adorer respectueusement l'image de l'empereur, sans quoi vous périrez dans les supplices. Que du moins les supplices de ceux qui vous ont précédé vous rendent plus sage. »

La barangue de Flavianus est suivie d'un long discours du martyr, qui l' exhorte à reconnaître le Dieu créateur. Parmi les arguments qu'il fait valoir, il y a l'avis des philosophes, Hermès Trismégiste, Homère, Platon, Aristote, Socrate, Galenus, Scamandrus, qui tous proclament l'unité de Dieu. Après

quelques considérations sur la foi chrétienne, Forateur est interrompu par le juge, qui mêle les exhortations aux menaces.

Le martyr reprend, mais avec moins de calme que précédemment, et ne ménage pas les injures. Les invectives se perdent dans une longue dissertation, après laquelle le juge fait commencer le supplice. On suspend le martyr, on lui racle les côtes, on avive ses blessures en les couvrant de sel et en les frottant d'un dur cilice. Les bourreaux lui déchirent le visage avec des ongles de fer jusqu'à le rendre méconnaissable et lui brisent les os.

Alors le juge ordonne à un certain Archélaus de décapiter le martyr; mais les mains lui tombent paralysées et lui-même expire.

Flavianus, exaspéré, envoie Procope enchaîné en prison. Le martjrr y récite xme longue prière. Le Christ lui apparaît sous la forme d'un ange et le guérit de ses blessures. Trois jours après, nouvel interrogatoire, au cours duquel Flavianus lui reproche d'avoir eu recours à la magie pour tuer Archélaus et eflfacer la trace de ses propres blessures. Puis il le fait suspendre, fouetter avec des nerfs de bœuf ; les bourreaux lui mettent sur le dos des charbons ardents et renouvellent toutes ses blessures en y enfonçant des clous rougis au feu. Le bienheureux ne cesse de parler et accable le juge de reproches et d'injures, auxquels le juge répond par de nouveaux tourments. Le dialogue se poursuit et l'on continue à enfoncer dans les chairs du martyr des pointes rougies au feu.

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Enfin, Flavianus invente un nouveau supplice. Il fait apporter un petit autel. Le martyr doit étendre la main remplie de charbons ardents ; on y jette de l'encens, c Si vous jetez l'encens allumé sur l'autel, dit Flavianus, vous avez immolé aux dieux. > Prooope reste inébranlable, et sa main demeure immobile, n pleure ; mais ce ne sont point ses souffrances qui lui arrachent des larmes ; c'est l'obstination de Flavianus. Celui-ci, confondu, prononce la sentence de mort. Le bienheureux Procope est conduit hors ville pour être exécuté. Il demande qu'on lui accorde une heure, et prononce encore une longue prière, après laquelle il reçoit enfin le coup fatal. Les chrétiens enlèvent le saint corps et le déposent en un lieu convenable.

Nous sommes loin, on le voit, de la discrète simplicité d'Eusèbe et de la pieuse admiration dont déborde son récit. La Passio JProcopii, que nous venons d'analyser, est un morceau de rhétorique froide et lourde, doht les longs discours alimentés de lieux communs et les descriptions de suppUces invraisemblables font tous les frais.

On ne peut pas dire que l'hagiographe a été amené à l'écrire faute d'être renseigné sur le saint. Il avait entre les mains, non point le résumé d'Eusèbe dans la recension de l'Histoire ecclésiastique, mais son texte développé. Cest là qu'il apprit que saint Procope était originaire d'Élia, qu'il vivait saintement, qu'il remplissait des fonctions ecclésiastiques, —

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comme il a supprimé la mention de Scythopolis, il donne à croire que c'était à Jérusalem même, — que le juge s'appelait Flavianus, qu'il mourut par le glaive. Tout ce qu'il a ajouté est de pure invention, comme, par exemple, l'épisode d'Archélaus miraculeusement frappé au moment où il va porter au saint le coup mortel, la vision du martyr dans la prison, suivie de la guérison subite de ses blessures, eniîn la scène de l'encens empruntée à l'histoire de saint Barlaam ^

On a quelque peine à retrouver sous ces ornements d'emprunt le martyr loué par Eusèbe, l'homme simple nourri de la méditation des saintes lettres, étranger aux méthodes des rhéteurs et aux subtilités de la dialectique. Pourtant, on reconnaît encore le lecteur, l'exorciste et l'ascète. Dans les légendes suivantes, la transformation se poursuit. L'austère figure du clerc de Scythopolis s'efface totalement, et l'on voit paraître un guerrier revêtu de la cuirasse, l'épée au côté et la lance au poing.

Voici, en résumé, la seconde légende de saint Procope, sensiblement plus longue que la précédente :

Dioclétien déchaîne une terrible persécution contre les chrétiens. Il envoie partout des édits. On donne la teneur de l'exemplaire arrivé à Elia. L'empereur se rend en Egypte, où il met en déroute l'usurpateur Achille ; de là il va visiter Antioche, où il reçoit du sénat une sorte de profession de foi idolâtrique.

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